Le choix de la saison

Publié le par la freniere

Les solutions étaient désertes. Nous ne voulions jamais voyager en enfance. Pas cette enfance de pauvre, ces paysages de trottoirs. Nous rêvions de ce monde, ce monde à inventer comme on entre en musique. Un jour le temps est là. Un jour, et me voilà moins droit. Je me souviens, de loin en loin, de l'amoureuse fausse. J'ai glissé ma sourdine dans les cordes vocales, histoire de vider, seul, ma dernière habitude.

Le monde est dérangeant, il motorise tout, même la littérature. La musique ? Je n'en parle jamais depuis que le Do mineur montre des défaillances.
Les voisins de la bulle d'à coté ont des sourires de façades, je dis bien, des sourires sur la façade. Ils disent vouloir donner aux errants des leçons de bonheur. Quand le vent est trop froid et que le temps se fige, je vais, le regard dur, coller l'aube naissante. J'ai la plus douce collection d'aubes. On me jalouse je le sais. Sournoisement, je bois à leur envie. Personne ne viendra. Je vais guetter encore.

Les autres, savent-ils que je les perce ? Machin, quand il décline son identité, sa qualité, il avance le torse comme pour te défier. Cette misère d'attitude me fatigue. Je n'existe aujourd'hui que dans cette solitude bien comprise. Une autre fois des cavales bleutées broutent dans mes mains juste sur le liseré de ma frontière. Elles ne reviennent pas. J'ai oublié la mer en tant que draperie, il ne me reste d'elle qu'une idée de musique. Je garde mon chemin, je travaille l'écrit, le seul endroit où ils ne vont jamais regarder. Coincé entre les bouts du temps, je m'obstine à fleurir dans mon jardin d'hiver.

L'invitation lointaine des désirs, des plaisirs de paraître reste encore vivace dans le choix des saisons. Je ferais suivre d'un "suivi de..." comme dans les recueils de poèmes. L'édition en sera limitée et sur le compte de l'auteur. Ainsi, la trace, celle que le vent efface en première intention, gardera de moi les trois points de suspension. Encore une vilaine histoire à se raconter. A chacun son sérieux, chacun son papier blanc.

Quand tu n'es pas venue, j'inventais les couleurs d'une nature lente, je préparais quelques renoncements triés sur les qualités du froid, je m'étais engagé sur le poids de ma voix. Tu n'as rien vu. Je ne crois en rien, pas même au personnage outragé que j'aimais. Le vocabulaire au poil ras, est secoué d'un rire sur mon point de repère.
Il est temps maintenant d'aller rentrer mes liens. Là-bas de lourds nuages menacent mon théâtre. L'âge s'est déplacé d'un triste pas feutré. Le spectacle est en bas, dans mes velours d'amour.

Dans une nuit plus blanche que les autres nuits, le signataire du message s'est perdu. Le texte s'est ouvert sur un fragment d'oubli, une transparence de secours.
Nous avions commencé par être ensemble et puis le temps s'est dérobé. A cet instant, c'est vrai, j'ai passé le seuil du seul à seul. De faux débats en vrais silences, une panique pacotille s'est installée. Aux occasions d'être moins sourd, j'ai répondu par des retards sur des misères de papier.
Des percussions intimes annoncent le danger.
A l'attentive finition, je me serai tout pardonné.

Robert Cuffi

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