Pardon à René Char

Publié le par la freniere

Pardon à René Char

mon maître, tandis que je coule
vers Armand Sully Prudhomme


 

Un grand poète se remarque à la quantité
de pages insignifiantes qu'il n'écrit pas. Il a
toutes les rues de la vie oublieuse pour distri-
buer ses moyennes aumônes et cracher le
petit sang dont il ne meurt pas.
R. C.

 

1
Cette écritoire, cette fresque,
Pour tout dire ce drap sale,
Fallait-il en faire la voile
De mon radeau amiral ?

Et cette plaie mauresque
Fallait-il en faire un blason
Au lieu d'aller à l'hôpital
Guérir ou presque ?

Fallait-il ouvrir mes poubelles
Avec ces morceaux de cervelle
Plus ou moins blancs

Et ces syllabes qui se traînent
Comme des chiennes
Vers l'horizon ?

2
La colère et le tact,
Cet éclair dans un bol,
Ce volcan tenu exact,
Cet équateur dans ce pôle.

Tout Rimbaud, tout Antonin
Dans l'aphorisme sans transe.
Et moi dans tout mon purin :
"Qu'est-ce que René Char en pense ?"

Ai-je truqué le mystère
Douce poésie malade ?
Pourra-t-il dans cette terre
Encore pousser un arbre ?

C'est bien mauvais (oui Robert),
Certains disent que ça sent,
Il aurait suffi pourtant
D'ouvrir le balcon sur la mer...

J'habite une cave.

3
Qu'es-tu, arbre à la renverse, Racine moelle et sang
De l'éclair arborescent ?

4
Silence.


Jean Sénac

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