Je pense

Publié le par la freniere

Matin pierreux, paroi à escalader, paroi de jour aride et froid toute saison. Je pense au rosier rose ancien de La Bastide, grâce désuète, velouté pastel tendrement penché sur un temps de beau jardin. Je pense aux mains fraîches du noisetier aux fronts d'étés exhubérants, au fauteuil à bascule accueillant l'ombre et nos fatigues, aux longs doigts odorants des lavandes contre les murs de pierres sèches, aux hortensias pompons soyeux, aux seringas laiteux parfum subtil, aux iris améthystes courtisant les talus, aux lilas chambres mauves d'abeilles ivres, aux fleurs des lauriers-roses poison innocent entre les graviers blancs, aux pivoines dentelles légères. Je pense aux oliviers argentés tranquille bienveillance, aux cerisiers candides bouquets de mariées, aux nénuphars diaphanes clignant des yeux au vert bleuté des transparentes libellules, aux vols désordonnés des graciles papillons jaunes, au jasmin enlaçant les grandes roses trémières, aux rouges des verveines petites lampes allumées à l'autel des heures, aux géraniums arrogants et candides dans la traverse des chats. Et, parlant de chat, je pense à la vieille Haïdée dormant immortelle au fond du parc. Et puis, prenant l'éphémère par la taille, je pense à nous, nos pas mêlés qui épousaient l'éternité.

 

Ile Eniger

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