Entourés de mots

Publié le par la freniere

Nous vivions entourés de mots. Je les cherche aujourd’hui dans le bruit numérique, le vortex des ondes, le brouhaha du vide. Je tente un dernier coup de patte avant de replier les vertèbres du verbe, un dernier coup de gueule, un ultime coup d’aile. Les hommes, les sentiments, les choses se prolongent entre eux et l’on ne vit jamais qu’une seconde, fusse-t-elle d’éternité. J’appartiens à mon âge comme la boue sous la pluie, la terre sous la neige, le fromage qui coule, la fleur qui mûrit. J’appartiens aux samares qui préparent la sève, aux abeilles qui s’amarrent au pollen,  aux ailes des oiseux qui échancrent le ciel, au décolleté plongeant des collines, au soupir du vent, à la gloire des papillons, à la patience des insectes. Je veux escalader tout ce qui nous sépare, mordre à la vie comme à la pomme, ouvrir d’une oreille les serrures des cigales, montrer de la lumière à ceux qui ne voient pas, remplacer les idées par un poids égal d’âme, secouer les puces du présent. Si la vie ne tient qu’à un fil, je veux y faire des nœuds, pour me souvenir ou y grimper. Les morts que l’on garde en mémoire marchent plus vite que les vivants. Le jappement d’un chien suffit pour avancer, le regard d’un enfant dans la haie des fenêtres, l’étirement d’un chat sur le perron des portes, les grenouilles le soir dans l’étang noir de vie. Le matin respire entre la motte de beurre et le pain frais. La forêt perdure dans le bois de la table faisant craquer ses nerfs. Une simple caresse est une preuve de la main.

 

Jean-Marc La Frenière

 

        

 

 

 

 

 

 

 

 

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