Arpenter le doute

Publié le par la freniere

Ils sont là,
planqués dans les pauses,
tapis à l'ombre des virgules.
Sous les épines des non-dits,
ils aiguisent leurs murmures
à la manivelle.
Chaque seconde qui claque
voit l'éternité exploser en silence
et les débris du temps perdu
chuchotent de vieux airs
au parfum de cèdre.
Dans les reflets des parenthèses,
à travers l'absence des uns
et l'oubli des autres,
par la déchirure des frissons
comme par le boulet des chairs,
ils abordent les détours
comme on panse une blessure,
avec un mélange de crainte
et de résignation.
Chaque cicatrice cache son lot de foudre.
Chaque renaissance connaît
l'intimité du deuil.
Chaque éclair porte en lui
une charge de colère
maquillée de joie.
Ils sont là,
dans les grondements sourds
de la vie souterraine,
arpentant le doute en claudiquant,
et laissent dans leurs sillages
des traces de boue scintillante.
Tous les crépuscules
se chamaillent l'aube.
Tous les matins s'ébrouent dans l'attente.
Et les regrets veillent au grain.

Jean-François Carrier

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