Certains mots

Publié le par la freniere

Certains mots possèdent une force et un pouvoir dont ils n'ont pas conscience
Ils peuvent être parfois des flèches décochées par un archet maladroit ou assassin
Ils peuvent être d'autres fois l'essence de l'amour
Les mots peuvent tuer celui auquel il reste un peu de vivance et ressusciter celui qui agonise.
Il suffit d'un mot haineux lancé avec force pour briser le silence, d'un mot tranchant comme une lame pour entailler la lumière qui se perd dans les vagues de la nuit,
Mais il suffit d'un seul mot d'amour pour toucher l'infini,
Un mot gorgé d'azur pour embellir la grisaille qui nimbe nos vies

Les anges tournent les pages du ciel de leurs ailes grandes ouvertes.
Ils iront se laver dans un grand bain de soleil avant d'aller souper ce soir dans la voie lactée.
Ils viennent me parler de l'origine des temps, du futur déjà passé, de cette pluie endormie dans le mitan des nuages et de la beauté de l'invisible alors que je reviens juste de quitter les songes cauchemardesques d'une nuit hivernale où les mots s’entretuaient dans leur délire de puissance.

Ces mots n'étaient que des mots bateaux, de ceux qui , en rade d'inspiration, avaient jeté l’encre sur des feuilles de papier en rames abandonnées sur le lac de la solitude dont les eaux étaient des illusions lunaires.
La nuit est une petite mort qui fauche les blés dressés ou les frêles tiges de blé en herbe qui n'ont pas eu le temps de grainer –
Jongleuse de mots, chiffonnière d'idées, glaneuse de mystères, grappilleuse d'infini, ravaudeuse de nuages, tisseuse de silence, remmailleuse du temps, transcendeuse de faux réel, rempailleuse d’idées toute faites, je suis dans la lignée de ces galvaudeuses, gribouilleuses et rentrayeuses de mots, ces mots qui traînent sur des feuilles rouillées par le temps et que le vent d’automne a entraînés vers cet hiver qui est devenu mon nouvel univers.
Je suis suffisamment folle pour être amoureuse du vent et m'épivarder dans une vie crochetée en mailles serrées, laissant filer certaines d'entre elles pour apercevoir la lumière dans mon tricot ajouré.
J'écris même lorsque je ne retrouve pas la plume que j'avais rangée sans ma valise de vagabonde de pensées.
J'emprunte alors celle de l'oiseau moqueur.
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Barbouilleuse de papier j’ai répandu recto-verso une encre opaque pour recouvrir les lamentables jérémiades des humains et j’ai imbibé d'espérance chacun des mots, les traçant à l'encre transparente, cette encre que l'on nomme sympathique ou invisible.
Repasseuse de pensées froissées, ramassées au bord du chemin que je suis, je me promène dans une roulotte tirée par un cheval imaginaire et bien souvent je me perds dans des sentiers sinueux, découvrant au détours des tortilles, des arbres, des fleurs et des oiseaux tout enguenillés qui me demandent de raconter ce qu'était leur vie avant que l'homme ne soit venu détruire l’Éden dans lequel ils vivaient.
Ils espèrent que je saurai les revêtir de mots qui cacheront leur dénuement.
Sorcière hurlant avec le vent, grondant avec le tonnerre, chuchotant avec la pluie, chantant avec le temps et le réchauffant en allant cueillir des rayons de soleil qui enflamment les mots comme le font les allumettes.
Heureuse lorsque les oiseaux viennent me rendre visite revêtus de leurs nouveaux affiquets.
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Je m'arrête alors pour m'ancrer à un arbre et m'encrer de sa sève.
Mais à la fin de l’hiver, si le flux de la sève est trop faible, je pendrai mon âme au bout des branches dénudées et si fragiles.
Je ne crains rien, les âmes mortes n'existant pas.
Je ne redoute rien, je sais qu’une âme silencieuse me soutient.

® Yvi Marlin

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