Claire Brétecher

Publié le par la freniere

Claire Brétecher

« C'est ma préférée. C'est une pionnière; c'était la seule dans les années 1970 à faire ça! » Richard Boivin, ancien professeur de littérature et de bande dessinée au Cégep de Chicoutimi, est un véritable admirateur du travail de l'illustratrice et auteure de bande dessinée Claire Bretécher. Il retrace avec Jacques Beauchamp le parcours atypique et exceptionnel de cette grande dame du 9e art.

Toute sa vie, l’illustratrice Claire Bretécher a dessiné avec beaucoup d’autodérision la gauche bienpensante dont elle fait partie. C’est le sujet de prédilection qui l’inspire pour ses nombreuses créations. Richard Boivin explique que Bretécher a toujours fait un véritable travail sociologique en s’inspirant directement d’un univers très précis, soit celui de la petite bourgeoisie. « C’est la vie qu’elle décrit et la vie de tous les jours. C’est la dame qui mange une salade au restaurant, c’est l’intellectuelle qui râle contre les médias qui contrôlent tout, mais qui doit passer à la télé pour vendre son livre qui s’intitule Contre les médias. Elle s’intéresse aux contradictions de la gauche. »

Détail de la couverture d'un album d'Agrippine de Claire Bretécher

Détail de la couverture d'un album d'Agrippine, de Claire Bretécher

Photo : Claire Bretécher

L’œuvre de Bretécher

En 1969, l'illustratrice a participé au journal Pilote, où elle a créé l'anti-héroïne Cellulite. « C’est son premier grand coup. Elle fait maintenant partie de la bande, elle travaille avec les plus grands; Goscinny, Uderzo, Gotlib. Elle arrive avec un personnage comme Cellulite et ça fait tordre de rire tout le monde », raconte Richard Boivin. C’est à ce moment que sa carrière a été lancée. Quelques années plus tard, elle a quitté la revue et a participé à la création de L’Écho des savanes avec les auteurs Marcel Gottlieb, dit Gotlib, et Nikita Mandryka, dit Mandryka. C’est en 1973 qu’elle a été engagée par l’hebdomadaire Le Nouvel Observateur, pour lequel elle a créé la série Les frustrés, une planche qu’elle a fait paraître chaque semaine pendant plusieurs années.

« Elle a un style très dépouillé, on dirait des dessins faits sur des coins de table, à la dernière minute. C’est son style. Mais elle a un sens du récit incroyable. »

Même si Claire Bretécher s’est toujours défendue d’être féministe, car elle « avait horreur du militantisme », l’illustratrice a évolué dans un univers d’hommes dans lequel elle s’est intégrée de façon très naturelle. « Elle avait une façon de prendre sa place », explique Richard Boivin. Pourtant, la dessinatrice a été à l’avant-garde de son époque en abordant avec humour certaines questions concernant le féminisme, la libération sexuelle, la famille et l’adolescence.

Parmi les personnages forts de Claire Bretécher se trouve Agrippine, une adolescente qui a tous les défauts. « Elle est instable, impulsive, boudeuse, fantasque, snobinarde, révoltée, renfrognée, rancunière et elle est Parisienne en plus! Elle a aussi un langage "agrippinien". C’est très déstabilisant », explique Richard Boivin.

À ceux qui ne connaissent pas l’univers de cette grande illustratrice, il suggère de découvrir en premier lieu Le destin de Monique, au moins un album des Frustrés et puis l’album Agrippine et l’ancêtre.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article