Poème champêtre

Publié le par la freniere

Les sanguinaires étoilent les faïences de l’aube,

le lait des porcelaines que lapent quelques vaches.

Sur la tôle rouillée des granges ancestrales

le miracle des toits accueille de vieux chats.

Ils mangent du soleil en s’étirant la queue.

 

Le vent déballe sa valise et les cailloux s’enlisent

dans la boue des ruisseaux.

Des insectes s’immiscent dans le bleu des lavandes,

la rouille des fougères, le vert des bosquets.

Les tulipes se balancent dans le hamac du vent.

Les pissenlits jaunissent les espadrilles blanches,

les bas de pantalon et les doigts des enfants.

 

Je me contente de peu sur la table du jour,

un quignon de pain sec, un verre à moitié vide,

un cahier d’écolier que je noircis de mots,

un livre de poèmes dont je corne les pages.

On meurt petit à petit dans la flore et la faune,

les roches millénaires, l’humus du présent

et  les os des cadavres qui engraissent les plantes.

 

Un peloton de nuages pédale dans le ciel.

Mon crayon les imite en vélo d’encre noire.

Je sautille en danseuse dans la course aux voyelles,

le circuit des consonnes.

Dans mes poèmes de campagne,

les arbres racontent leur histoire d’amour.

Les oiseaux piaillent, s’épivardent

et volent de branche en branche en nuée de cédilles.

 

Il arrive que les bêtes enseignent aux abrutis

et que les arbres nous apprennent à vivre.

J’ai fait toutes mes classes à l’école buissonnière.

J’ai appris mes leçons les rames à la main,

les outils de jardin et les crayons à mine.

Les outardes répandent les nouvelles du monde

avant de nidifier au pays des pingouins,

des maringouins et des dauphins.

 

La pluie arrose les sillons

et la résine pleure dans les nœuds des écorces.

L’haleine de bière précède la marche des ivrognes.

Le vin porte à la tête et leurs idées titubent.

Même si je bois de l’eau,

je zigzague avec eux un peu par habitude.

Je mouille de verjus la gosier de la soif.

 

Fuyant les autoroutes, je vais à pied ou à vélo,

en mobylette ou en Vespa quand la chance le permet.

Les escargots s’éveillent avec la rosée.

J’écris volontairement des phrases démodées.

Pillant les dictionnaires avec une langue verte.

je crache sur les pages de mauvais calembours.

Quelques rimes s’immiscent dans la prose des jours,

quelques mots en anglais, en colibri, en yack,

quelques sacres en joualvert.

 

Quand la nuit parle aux chiens, ils jappent aux étoiles.

Les mots de mes poèmes se font la courte échelle

et sautent à la marelle sans atteindre le ciel.

 

Jean-Marc La Frenière

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