Comme un iris en fleurs

Publié le par la freniere

La terre des ruelles se nourrit de chats morts.  Le vol des oiseaux apprivoise le ciel. Les robes mal fermées des nuages attirent les regards. On voit leurs petits seins bronzés et leurs jambes parfaites. Les fleurs dévissent leur flacon de parfum. Le bonheur est fait de petites choses, des miettes de pain pour les oiseaux, des os de poulet, des gouttes de pluie, des gouttes de lait dans une tasse à café, des nuages de brume, des pétales de roses, des pédales de vélo, des pédalos qui affrontent le lac, des gestes maladroits dans un décor de pauvre. Je cherche la tendresse, un peu d’herbe et de foin, l’ornière de l’âme qui traverse la route, les souvenirs enfouis dans un trou de mémoire. Les enfants se cachent derrière les tombes et les trous de serrure. Ils apprennent la vie à l’école buissonnière. Le rêve est si petit. Je trempe mon crayon dans un pot de couleurs. J’ai le soleil dans l’œil comme un iris en fleurs dessinant des abeilles.

Du train où vont les choses, le monde sera plus beau quand l’homme n’y sera plus. La terre sera plus riche, la mer moins polluée. Redevenus sauvages, les bêtes seront moins bêtes. Écrire, c’est se couvrir le corps des vêtements du mot. Écrire, c’est parler aux étoiles, c’est défricher le ciel, c’est déchiffrer les galaxies. Chaque pierre est un mot. Le paysage a des ratures sur la peau, un sac sur le dos. Chaque homme a son lopin de poussière, chaque arbre sa langue, chaque aube sa parole, chaque ombre sa lumière.

Il ne me reste plus que mon espoir et mon crâne fendu comme un rocher Perçé. Tous les mots se répandent en éclats de miroir. Tous les mots se répondent sur des lèvres de sel. Les plus lointaines galaxies sont toujours à deux pas, le monde entier plus petit que la main.

Jean-Marc La Frenière

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