Le silence

Publié le par la freniere

Le bois des planches, il faut le poncer dans le bon sens. Le temps fait sa patine comme on patine sur la glace d’un ruisseau. Les animaux, il faut les caresser dans le sens du poil. Pour ce qui est des hommes, c’est le contraire. Beaucoup d’entre eux préfèrent la soumission à leur indépendance, la chaîne d’un salaire aux aléas du temps. Le silence est plus qu’une ellipse et l’aposiopèse, plus que la pause et le demi-soupir. Le silence est plus qu’un trou entre les mots, les gémissements, les cris. Il y a plus de silence que les mots qu’il soutient. Dans un monde de plus en plus bruyant, il nous garde vivant. Il faut apprendre à l’écouter. Il nous renseigne sur tout, la texture de l’âme et celle des pensées, la qualité du cœur et celles de l’amour. Il nous fait voir l’invisible. Il est à la fois nos yeux et nos oreilles, notre langue et nos lèvres. L’écoute est la conscience du monde, l’arrière-fond du présent. Il y a longtemps que les mystiques le savent, que les poètes le disent, que les oiseaux le chantent, que les bêtes le dansent, que les enfants l’écoutent.

Si je fais l’éloge du silence, c’est que j’aime les mots. Ils se complètent comme l’ombre et la lumière. Le silence fait taire ou parler, du silencieux des armes aux muscles des micros. Les hommes s’imbibent l’un de l’autre comme un buvard sur une phrase. Mes derniers poèmes seront dans le recueil d’un cercueil. Chaque phrase peut devenir silence, chaque phase, chaque page, chaque étage, chaque étape. Chaque cheval peut hennir en silence. Les choses que l’on cache sont les fleurs du silence. Elles éclosent la nuit dans le terreau des rêves. En écrivant ces lignes, je sais où je me tais, où je me terre, où je m’enterre. La bouche sous le bâillon, le silence tient bon.


Jean-Marc La Frenière

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