Mon père

Publié le par la freniere

Mon père

8 février 1914…

1914… l’année finalement, où le monde entier partait pour la guerre !
Moins tapageur mon père… lui, arrivait au monde… dans ce monde !
Pour faire la sienne !
Mais lui sa guerre, se fera ici, ou plutôt là-bas… aux Îles!
Une guerre sans violence apparente, juste se battre pour demeurer en vie dans des Îles isolées… délaissées au large ! Oubliées de tous !!

Les Îles-de-la-Madeleine, et plus précisément à la Belle Anse… Sur les Caps !
Les choses étaient beaucoup plus calmes à cette époque, car les gens aux Îles du fait d’être oubliés du reste du monde, ne faisaient pas grandes vagues, étant donné qu’on ne savait même pas qu’ils existaient…
On ne pouvait pas s’imaginer justement qu’il y avait des gens qui vivaient ainsi ancrés au large, au beau milieu de rien !

Alors lui, mon père est arrivé en cette période de début de siècle… dans ce lieu !
Fils d’Eucharistie dit Scholastique, mais tout le monde, l’appelaient Céleste… sa mère et de facto ma grand-mère ! Disons que Céleste était un prénom beaucoup plus joli!
Un prénom avec des odeurs de ciel !!

Et de Hubert… Hubert Le Blanc son père !
Mon grand-père, quoi !
Mais aux Îles, tu es la fille ou le fils à quelqu’un.
Alors dans les faits, son père étant Hubert qui était déjà à Jean, et Jean était Jean à Pierre Le Blanc, et ainsi de suite. Donc de cette façon tu ne perds jamais le fil de ta provenance… ou le nord !

Alors pour savoir exactement le prénom de ma grand-mère paternelle que je vous ai énuméré plus haut, car j’étais à écrire ce billet, j’ai donc téléphoné à ma sœur Céline, la plus jeune de la famille qui a quand même 55 ans bien sonnés aujourd’hui. Et elle à son tour … m’a sonné les cloches !

«Tu vas être en r’tard !!»

En… comment tu dis ça ?

Moi dans ma tête, notre père était né le 10 février et voilà pourquoi je voulais mettre ce post uniquement le 10 au matin et Céline de me dire… «Bin voyons si tu fais ça, se ne sera pas demain, mais ça va être avant hier !!!
Ah bon ! Que je lui répondis…
Une sacrée chance qu’elle est là pour me ramener à l’ordre !!!

Pas fort l’affaire non…
Vous savez le gars qui est à côté de ses pompes… Bien c’est moi !!
Céline est en fin de compte la mémoire de la famille et par le fait même... la mienne !
Mon disque dur en somme !
Je cherche une date… je fais ni une ni deux !
Je téléphone à Céline !!

Alors voilà, notre père aurait eu aujourd’hui 106 ans… du fait qu’il était né le 8 février 1914.
Ça fait quand même une sacrée mèche !

106 ans… ça fait tout drôle de penser que ton père aurait eu 106 ans… non!

Je voulais seulement souligner l’événement, car il est d’une importance capitale pour moi et pour mes frères et sœurs … Et notre mère bien naturellement !
Sinon, sans lui et notre mère, mais ont n’est tout simplement pas là nous aujourd’hui!!

Mais voilà !
Je voulais vous en conter un peu plus à son sujet !

Alors, sa terre d’accueil, était située au large au beau milieu du golfe et naviguait de hauts fonds en bancs de sable… Ainsi du golfe Saint-Laurent, il arriva dans notre univers, la même année comme je vous le disais plus haut… que le monde partait pour la guerre, celle dite mondiale. La première… «La Grande Guerre de 14».

En effet un jour, dans la même suite d’idée, j’ai demandé à ma mère comment ça s’était passé pour eux aux Îles, du temps de la crise en 29 et les années qui suivirent ? Elle me raconta qu’au début des années 30, c’est là que le monde extérieur c’était finalement, rendu compte qu’il y avait des gens trappés là… au large oublié de tous… depuis toujours !
Suite à ce constat, un beau jour la Croix rouge, débarqua dans ses Îles… savez comme on voit dans les reportages et les films concernant les pays du tiers monde…
Débarquant avec de la nourriture et des médicaments ! Et aussi avec quelques douceurs !!

Elle me conta que pour la première fois de sa vie… elle avait pu goûter à du chocolat et à une orange. Fantastique non ! Quand je repense à ça, je crois bien que ça venait de leur enfance, ce réflexe de ne pas être malade et ça c’est perpétué jusqu’au temps de ma jeunesse à la Côte-Saint-Paul, car nous avons été constamment habité par ce manque chronique d’argent. Donc, chez nous jeune, on n’avait pas le droit d’être malade… Tout simplement, parce qu’on n’avait tout simplement pas les moyens de l’être !

Alors on ne l’a jamais été !
Ou si peu !!!

Ma grand-mère maternelle de son côté, m’a aussi raconté un jour, vers la fin de sa vie, du temps où elle habitait avec nous à Verdun, qu’un hiver, ils avaient été isolés causé par la rupture du câble sous-marin pour le téléphone ! Donc impossible d’informer le reste du monde, qu’ils étaient en détresse… Ça se passait en 1910. Alors, par trois fois, les gens des Îles, avaient envoyé la «Malle»… ou le courrier si vous préférez… dans une barrique vide en bois avec un gouvernail et muni d’une voile à la mer durant l’hiver. C’était des barriques vides de mélasse !

Envoyé à la dérive, avec le message de faire suivre le courrier qui avait été mit dans des cannages de métal à l’intérieur, afin de le garder au sec… Et si jamais quelqu’un arrivait à intercepter le baril en question !!! C’était indiqué : «Prière de mettre le courrier à la poste et de faire suivre» !!

Il y eut une fois que ça avait fonctionné, lorsque le baril alla s’échouer sur les côtes de l’Île-du-Prince Édouard ! Poste Canada après ça, a bien fallu qu’il corrige le tir et commence à s’occuper d’eux ! Le baril en question se nommait «Le Ponchon» ma grand-mère avait envoyé du courrier à chacune des 3 tentatives !

Tu sais quand tu viens au monde dans un pareil appareillage à entendre et écouter ton père, ta mère, ta grand-mère, ainsi que tes oncles et tantes, te raconter des histoires de tempêtes, de noyades, de presque famine… Ben, disons que tout le reste devient très relatif, lorsqu’on te parle de misère, tu prends ça avec un bémol et un grain de sel. Mes ancêtres et mes parents ont vraiment connus la misère… la vraie ! Ma mère, lorsque qu’un de ses enfants ou de ses petits-enfants ou de ses arrières petits enfants, disent qu’ils ont un problème parce que leur cellulaire, ou internet est ceci ou cela, et ne fonctionne pas… Alors, elle se retourne et nous dit !!! «Pareille comme nous autres aux Îles dans l’temps» !! Après on relativise un peu l’affaire ! Il n’y a qu’elle pour nous ramener à la réalité… q

Que je l’aime donc !

Mais revenons à Occida !

En passant, comme me le faisait remarquer ma mère, le prénom de mon père fut trouvé selon elle à travers les lectures de mon grand-père.

Car ce n’est vraiment pas un prénom ordinaire, autant aux Îles, qu’ailleurs.
Occida !!!
En effet, j’ai toujours connu mon grand-père Hubert le soir venu dans le lit, avec un livre à la main, , autant chez lui aux Îles, tout comme chez nous durant les hivers qu’il passait à Montréal...

Il lisait beaucoup…
Pas fréquent pour un homme à cette époque et de son âge…
Il était quand même né à la fin des années 1800 !!
Pas rien…

Pour la lecture… je dois retenir un peu de lui, en fin de compte… !

Donc, mon père fut le seul enfant demeuré vivant de la première femme d’Hubert.
Hubert à Jean, son père, comme les gens là-bas, se prénomme entre eux.
Nous sommes tous de quelqu’un !
Moi je suis, Pierre à Occida… Occida à Hubert… Hubert à Jean… de la Belle Anse.
Le côté pratique de l’affaire, on sait exactement d’où on vient…

Et aussi de qui… soit de Céleste Fougère, sa mère… sa mère a lui…
Et d’Hubert à Jean… mon grand père !!

Dont je suis un descendant, tout comme mes frères et sœurs à travers notre père !

Bonne journée à tous !!

Pierre Leblanc

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