Annie Le Brun

Publié le par la freniere

Annie Le Brun
Je suis d'abord un animal, et quelquefois un animal qui pense. Et c'est justement le fait de penser qui ne rend pas les choses si simples qu'on veut nous le faire croire aujourd'hui. Du moins en ce qui concerne cette fameuse différence. Car on oublie trop que notre bisexualité se manifeste non seulement réellement, mais aussi symboliquement. D'où cette continuelle tension dialectique qui est le propre de la pensée, d'où cette tension qui caractérise le fait de penser comme le mouvement qui porte à envisager les contraires. En pensant, on se nie déjà symboliquement dans la mesure où penser c'est commencer par prendre conscience de l'autre. C'est une activité très trouble, la pensée. Dès qu'on pense, on devient androgyne.”

 

« La langue est un organisme vivant et qui, comme tel, se nourrit de ce qu’elle absorbe. Mais un organisme dont la vitalité dépend de ce que ce pouvoir d’absorption devienne ou non puissance de transformation. (...) C’est alors que la langue apporte à la pensée le surcroît d’énergie qui permet à celle-ci de s’aventurer au-delà d’elle-même, générant entre deux infinis la perspective parfaite de Dante, la mathématique sensible de Novalis, les ouragans fondateurs de Shakespeare, les lumineuses ténèbres de Sade... Mais autant la langue peut être cette marée fécondante, autant elle peut s’altérer jusqu’à devenir eau stagnante au risque de se laisser gagner par les pires formes de pollution. » 

Annie Le Brun
 
André Masson: Au coeur de la forêt

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