Pouvoir mourir

Publié le par la freniere

Je viens de lire le cinq à sept du néant de Jean-Michel Sananès. Je m’accorde à ses mots comme on accorde un violon. Le pire n’est pas la mort, c’est de pouvoir mourir. Je m’accroche au stylo comme un oiseau à la branche d’un arbre, comme une main prise au bras d’un camarade, une prise de bec d’un pivert sur l’écorce d’un chêne. Je déboutonne la chemise des mots sur le torse du sens, la poitrine du silence, les épaules du printemps. Les feuilles apparaissent peu à peu. Suivront les fleurs et les fruits. Les oiseaux font leur nid où les œufs vont éclore. Dans l’invisible se prépare l’activité de naître. Le langage est toujours collectif, de l’intime au public. Le langage n’est pas un remède au malheur ni un outil de bonheur. C’est une pilule de magie, un comprimé d’espoir. Il a des rides de joie sur un visage de douleur.

Parler n’est pas seulement ouvrir la bouche, c’est ouvrir les yeux, les bras, le corps tout entier. Ce n’est pas seulement bouger la langue, mais aussi les muscles et les tendons. Le langage reproduit l’étreinte et l’enfantement, les couleurs et la musique. Le langage montre son vrai visage entre les cuisses de la réalité. Le langage est dans les mains qui frappent, les jambes qui martèlent, le tissu verbal des mots. L’acquisition des mots et l’innéité des gestes nous permettent de devenir humain, de passer du corps à l’âme, de penser avec la tête et le langage, de faire des liens entre l’utérus et l’amour, les cicatrices et les tatouages. Le langage est l’espace même du silence. Nous n’avons pas toujours parlé.

Jean-Marc La Frenière

 

 

 

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