Dans le défaut du monde

Publié le par la freniere

J’écris dans le défaut du monde, les défis, les déroutes. Quand j’entends les oiseaux, j’ai le goût de siffler. Même en foule, on reste familier de l’intime. Les étoiles cartographient le ciel et servent de lumière. Elles éclairent en vieillissant. Le feu grésille encore dans la grisaille des cendres. Il nous faut divaguer, c’est la seule terre promise, l’éden érémitique du temps. En écrivant ces phrases, je redessine le visage des choses. L’appel de l’espoir répond à la parole. Ouvrant les lèvres de la plaie, certains jours font mal. La vie n’a besoin que du chant d’un oiseau, du couac d’une trombone, d’une thrombose du cœur, du murmure des feuilles, du grincement d’un gond. Les cailloux qu’on ramasse sont des mots qui lapident le ciel. Des nuages y paissent en troupeaux des mirages. Je décris par les mots l’expérience charnelle du temps. Il en coute cher de gribouiller le silence, de ne pas s’avilir, de garder son âme propre. Ma pensée vagabonde. Ma tête marche avec mes pieds. Mes phrases bougent avec mes gestes et se prolongent en mains.

La peur d’être perdu accélère mes pas, la peur d’être lâche, la peur bleue des orages, la peur du noir et des fantômes, la peur des enfants au milieu de la nuit, la peur des chaînes er des cadenas, la peur d’avoir soif dans les sable du désert, la peur du naufrage au milieu de la mer, la  peur des migrants sur leurs rafiots d’enfer, la peur de gitans qu’on empêche de voyager, la peur du sang, la peur des coups et des blessures, la peur de souffrir et celle de mourir. Dans ma tête, je traverse la forêt, des arbres au tronc fendu comme des fesses, des torrents comme des ventres, le doigts crochus des pommiers, des arbustes chétifs, des pins, des sapins comme des pèlerins de bois mendiant de la sève, la soif des coudriers qui trouve des fontaines.

Jean-Marc La Frenière

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