Derrière la ligne d'abandon

Publié le par la freniere

Il y a dans nos gestes
des marées de faiblesse,
comme si des bouffées de lassitude
assourdissaient nos efforts,
comme si la topographie de nos cicatrices
freinait nos avancées vers les frayères.
Il y a dans nos regards
des ouvrages inachevés,
comme si nos printemps disparaissaient
derrière la ligne d'abandon,
comme si nous construisions nous-mêmes
les ruines de nos aveuglements.
Il y a dans nos sourires
des malaises de cocu,
comme si nos propres culpabilités
nous susurraient des mots doux,
comme si nos amours trahies
s'enferraient dans leurs conditions.
Il y a dans nos pas
des déluges de lenteur,
comme si les traces du caribou
s'étaient fossilisées,
comme si on allumait nos pipes
à même les feux de forêts.
Il y a dans nos cris
des appétits insensés,
comme si la promesse du rivage
nous avait ouvert le ventre,
comme si nous avions accouché
d'une douleur inapaisable.

Jean-François Carrier

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