L'espace de la perte

Publié le par la freniere

L'espace de la perte

Encouragé par René Char et Henri Michaux, Pierre-Albert Jourdan fut aussi notamment l'ami de Claude Vigée, Gustave Roud, Yves Bonnefoy, Philippe Jaccottet, Lorand Gaspar, Kenneth White, Paul de Roux, Roger Munier, Anne Perrier, etc. Il les accueillit dans la revue Port-des-singes qu'il créa en 1974 (huit numéros dont un posthume) et dont le titre fut choisi en écho au « Mont Analogue » de René Daumal.

Après avoir été connue d'un cercle restreint, l'œuvre de ce poète secret est révélée après sa mort, rassemblée en deux tomes par le poète et écrivain Yves Leclair aux éditions Mercure de France.

Publications

  • Gerbes, 1959
  • La Langue des fumées, Paris, France, Éditions José Corti, 1961
  • Fragments : 1961-1976, 1979
  • L'Angle mort, 1980 ; réédition avec un avant propos de Philippe Jaccottet, Trans-en-Provence, France, Bibliothèque du Double, Éditions Unes, 1984, 58 p.
  • L'Entrée dans le jardin, 1981
  • L'Approche, préface de François Bott, Trans-en-Provence, France, Éditions Unes, 1984, 80 p.
  • L'Espace de la perte, Trans-en-Provence, France, Éditions Unes, 1984, 88 p
  • La Marche, Le Muy, France, Éditions Unes, 1985, 56 p.
  • Histoire de Matt, ours bilingue, avec des illustrations de Bernard Jeunet et une présentation d'Yves Leclair, coll. Neuf, L'École des loisirs, 1987.
  • Les Sandales de paille, édition et notes établies par Yves Leclair, préface de Yves Bonnefoy, Mercure de France, 1987
  • Le Bonjour et l'adieu, édition et notes établies par Yves Leclair, préface de Philippe Jaccottet, Mercure de France, 1991
  • The Straw Sandals: Selected Prose and Poetry1, édition bilingue (anglais-français) et traduction établies par John Taylor, New York: Chelsea Éditions, 2011.
  • Exercices d'assouplissement, éditions Voix d'encre, 2012
 
L’avenir en loques
Toujours les choses se dérobent et laissent
le regard errer sur cette nappe de clarté
dont la douceur n’est que l’approche de la pierre
pour de violentes noces imparfaites.
Et l’entaille demain à la mesure du corps entier,
de quel cri s’éveillera le chemin ?
 
Sous les paupières d’amande
glisse le fruit des larmes évaporées,
dur sommeil, long soleil de la besace des pauvres.

 

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À la rencontre d’un pin

La parole chargée de guérir a dressé cette ruine
de quelques chardons bleus, de poussière et de vent ;
ce chemin où la mort, empoignée par tant de mots,
comme un figuier portant ses fruits dans un vieux mur
et l’embellie de lierre sur la porte fanée,
se referme sur le devenir joyeux,
le lointain, très lointain murmure
d’un pin amoureux.

 

****

N'emporte pas un lourd bagage pour tes excursions. Juste une pointe de lucidité à tes souliers. Car cela monte beaucoup pour tes artères. Comme bagage emporte une fleur d'amandier, cet ongle bref sur la douceur de l'air.Rien de moins étroit pourtant. Fleurs de l'air...Non pas rêveries trompeuses mais lent accomplissement mené jusqu'à la perfection. Pas une seule fausse note. C'est cela qui bouge en toi : une aérienne mesure de perfection. Pour te rejeter dans les ténèbres de l'esprit maniaque, pour que tu puisses prendre ce recul et les fleurs naissantes de l'amandier sont la poudrière qui fait tout sauter.

Au milieu des débris, levant les yeux, tu sais quel été glacial contemple, impassible, ce remue-ménage. Mais tu restes en opposition. Il faudrait beaucoup d'amour pour pouvoir entrer dans cet atelier de lumière, un amour dévorant, se dévorant. Et que le bagage soit bien léger pour que tu puisses traverser ce paysage, sans le bouleverser, sans te bouleverser. Et qu'une seule lumière vous éclaire et vous foudroie. Amande double.

Pierre-Albert Jourdan

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