La communion des saints

Publié le par la freniere

En automne, les arbres se déshabillent et s’habillent de pluie. Rien ne nous interdit de rire ni la douleur ni la peine, ni la rumeur du cœur, ni la souffrance de l’âme. Rien ne nous interdit les larmes, ni le vide du cerveau, le désespoir des couilles, la peur des couillons ni le sein des choses. J’essaie de manier les mots avec tendresse et précaution. Il y a tant de sources, le fleuve peine à reconnaître l’eau. Je n’ai plus la force ni la faiblesse de partir. Je n’ai plus que des mots. Le sang circule de la tête aux pieds, de la joue au baiser, de la caresse au corps. La phrase étire ses voyelles entre la maturation des racines et la fulgurance des fleurs. Le poème cherche se syllabes entre la crasse et le pollen. Le monde entier s’agite dans les mains réunies. Je dessine au crayon les yeux de la mémoire chargés de souvenirs, les joues rouges du temps, les rides du visage. Je marche dans une flaque de larmes où l’horizon prend pied. Ce qui ne s’explique pas se vit.

Il n’y a d’éternité que celle de l’amour. Je rêve un crayon à la main. La mort ne laisse pas ses souliers à la porte. Elle marche avec celui qui marche. Elle va pieds nus avec celui qui vit nu. Elle déchausse les hommes qui s’alitent. Chaque chose demande des mains nues, des pas de cerfs-volants, des ailes de papillon. Chaque visage réclame des yeux neufs au lieu de vieilles lunettes embrouillant l’horizon. Chaque arbre veut des feuilles. Chaque fleur exige un fruit. Chaque étoile morte claire ce qui vit. Chaque atome d’atome cherche l’éternité. Chaque pas ouvre des routes, chaque mot un poème. Chaque parole souligne le silence. Chaque geste nous apprend quelque chose.

L’arbre croit et décroit dans la sève qui relie les bourgeons à la branche, la chair des fleurs aux perles de rosée, l’eau de source à la poussière des heures, le feu de camp à la cendre. Le nez défriche les odeurs dans la fraîcheur de l’air. Les mains remuent parmi les choses. Les yeux picotent sous le sel des larmes. La langue bouge dans les mots. Les bras pagaient comme des rames de chair. Les pas roulent comme du gravier dans le ruisseau des routes.

D’hier à demain, quelque chose brûle en moi, de stères de souvenirs, des billots de mémoire, des bûches d’érable, des planches du passé. De la cave au grenier, des idées montent vers le ciel. Je glisse sur la rampe dans l’escalier du rêve. J’ai besoin d’amour comme l’arbre a besoin de bourgeons, la terre de semences. J’ai besoin d’amitié comme la montagne d’un torrent. La cendre du jardin garde le souvenir des pétales, les lignes de la main la mémoire des gestes. Mes pas de vieillard gardent mes rêves d’enfant. Je cherche quelques mots parmi des tonnes de sable, l’or fin d’une phrase, un oasis nain, un pansement pour l’âme, un bout de fil suturant la plaie vive des hommes.

Les anges et les démons s’enlacent. Dracula rejoint le Christ ressuscité. Ils sont du même sang. La communion des saints est un acte de vampire.

Jean-Marc La Frenière

 

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