La gueule des loups

Publié le par la freniere

Je ne craindrai plus la gueule des loups à l'heure où les chiens poussent des soupirs aux pieds de leurs maîtres.

Je n'entretiendrai plus la tendresse vouée aux amis qui depuis longtemps ont oublié mon nom.

Mon image coule dans la tranquillité de leur indifférence, chaque année en eau plus profonde je dois la puiser.

Chacun sa parcelle d'hexagone ou de terre étrangère et la distance sauvegarde la vie privée de fraternité.

Ainsi vont les jours dans leur normalité, l'oubli de l'autre au coeur des chaumières brûle assez de feu pour cuire le pain du quotidien.

Les grands absents sous leur cape de silence emportent la pure lumière par les chemins où se dépouillent les chênes.

Cette même lumière ouvre le cahier où l'écolière de toujours note et tache ses pages car elle a effacé le devoir de sagesse de ses afflictions morales.

Lucide, la mine graphite brouillonne le noir et l'éclat de la vie car aucun souvenir ne la quitte. La mémoire vient de l'écoute des hommes et de l'amour que l'on porte aux personnes, aux lieux et au temps traversés avec eux. Le souvenir prolonge le dialogue des amitiés intarissables.

On me dit que je garde l'écoute des mots que jamais personne n'a entendu, ils tintent pourtant par toutes les fêlures des coeurs qui ont trop ou pas assez donné.

Où poser son souffle pour que la présence sur Terre entre en résonance avec le cosmos ? Le réel n'offre que ses mirages ou le tranchant de la lumière pour attirer l'éveil, parfois il suffit de tenir son attention sur l'ombre d'un arbre couché dans la lumière projetée d'une fenêtre.

Carmen Penn Ar Run

photo:G. Pennarun

photo:G. Pennarun

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