La lettre sur mer

Publié le par la freniere

Le temps menace la ville
d'un canon de rides

Tu m'écris que les arbres
étranglent les oiseaux
et que la mort fait mouche
sans jeu de mots
le bilinguisme entre les cuisses

Je ne sais plus si dehors
ma passion atterrit en catastrophe
ou si...
trois points suspensifs
La lumière s'est changée en cris
le vent blessé est introuvable

J'ai pris tous les risques
sans drapeau blanc
jusqu'à la cime des mots

Ville absolue dans l'éphémère
ville abrutie dans le mal-vivre du poème
ville pour l'anecdotique vie
sans importance
sans porte de secours
sans porte de sortie
vie portée à vue par la mer
sous poids de barbelés.

LETTRE DE LOIN

Attention ! Camarade
la poussière te marche
sur les pieds

Dans tes actes et ta pensée
ne dors pas du sommeil
des énigmes

Prends les livres en otage
pour ne pas te voiler d'incohérence
te mentir à voix basse

Et même quand la mort se glisse
furtive
dans la tête d'une mouche
pour mieux tracer l'épure du temps
agis

Agis
Muscle ta passion
Brûle les feux
Le pain est ton abri

Attention ! Camarade
l'habitude prend nos mains
sur mesure
N'aie pas le sens de l'habitable

Camarade
ta journée-lumière
n'a pas de fin

-Georges Castera (1936-2020), L'encre est ma demeure, Actes Sud, 2006

Photo de Guy Marchamps.
 
 
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