Le bleu de la nuit crie au secours

Publié le par la freniere

Le bleu de la nuit crie au secours

LE BLEU DE LA NUIT CRIE AU SECOURS (Extraits)
« Et nous lisons dans des bibles reliées
De peau et de sang
Que le désert rassemble une dernière fois
Tous ces enfants.
»

Léonard Cohen

Labouré par le chant des origines
déjà jeté sur ces terres brûlées
qui connaissent mon pas depuis toujours
juste avec le sang libre dans mes veines

j’essaie vainement d’exorciser cet ange
de foudre et de menaces
qui saccage seconde après seconde
l’espace entre mes épaules

La pierre digère mon cri
le vent disperse mes sources
Absence je suis le poème que tu écris
sur la paroi inquiète des oiseaux

Où êtes-vous mes feux capitaux ?
où dormez-vous mes rennes de fable ?
le secret vainqueur a le dernier mot
qu’être demain sinon le forçat intraitable !
*
j’avoue je me mets à table
je ne nie rien. Je suis
vraiment coupable
suffit de regarder mes mains
qui tremblent comme neige sous la lampe.
j’avoue. Je ne demande
pas la pitié. A genoux
vous ne me verrez point.
en moi le cadavre raidi
m’empêche de remuer.
Messieurs d’hermine rouge
une seule chose à déclarer
j’avais la vocation de l’innocent.
*
j’ai dit troupeau le vent a déchiré ma moëlle
j’ai dit fleuve l’enfance a mis les voiles
j’ai dit amour cent couteaux ont violés ma voix
j’ai dit Terre. La planète a flambé entre mes doigts
j’ai dit Femme le désert s’est assis sur mes genoux
j’ai dit Soleil. La nuit a frappé les trois coups
j’ai dit victoire. C’était l’abîme et son aile de sang.
*
Infatigable j’erre
parmi les fleurs où le cobra
enfouit ses œufs de lumière
que le condor gobera
avant designer Goya
le ciel où saignent cent lunes

Ailleurs figure de proue
je prends la vague amère
ivoire brûlé d’un seul coup
j’illumine la farouche matière
Vingt fois chaque jour
Par la magie des mots
j’épuise le sublime amour
Et je change de peau
croyant feinter le ver
travailleur et solitaire
qui explore mes os
Mon sexe mes yeux mon sang

Envoyé spécial du néant.
*
A un certain moment du chemin
les morts nous habitent subitement
Etrange cargaison d’yeux et et des mains
qui ne supplient pas, se taisent, écoutent peut-être

on les couvrirait de feuilles qu’ils ne diraient rien
on les disputerait qu’ils regarderaient ailleurs
vers une terre pacifique où leurs racines plongent

Tant de morts me ralentissent me font chair triste
tant de morts à défendre contre les clous du gel
tant de morts bleus de paix et d’harmonie
tant de morts lavés par les grandes eaux du silence
*
A force d’attendre
j’oublie qui j’attends
Oiseau où femme
blessure ou bûcher

je scrute la plante
j’exige son secret
avec des gestes humbles
des mots qui apaisent

vague me parvient
cette rumeur de métamorphose
qui travaille mes mains
au plus obscur

j’épelle ton visage
O futur inscrit
dans le pas d’aujourd’hui
dans l’absence éprouvée

dans le silex d’un cri
qui résonne au fond
dans cette humide patrie
des regards et des mots

Ce peu de mort
qu’obstinément je fouille
repousse mes limites
jusqu’au soleil du fenouil

jusqu’à ce mystère
vivant aérien
Un merle qui retient
le monde dans son chant

Au miroir sévère
je ne déserte pas
la cendre dans la voix
doucement prolifère.
*
abîme je me ferai aile
pour distancier la douleur
à travers un nouveau ciel
habité par les voyelles
et les soleils rameurs

nuit je m’éveillerai aurore
jacassant sur la pierre
dans mon sang de feu vert
on entendra peu à peu se taire
les voix herbeuses des morts

silence je me ferai parole
essentielle comme l’outil
j’aurai des amours de rossignol
et des gloires d’épi
fanfares entre les épaules

je n’irai plus à l’ordure
à l’eau pourrie, à la souche éteinte
j’habiterai la rosée qui tinte
l’enfant sur le chemin de l’école
j’aurai plein les poches la monnaie d’azur

compagnon des vieilles planètes
j’aurai aussi du temps
puisque les mots promettent
l’or et la durée, l’île et la fête
à celui qui naquit fragment

puisque les mots promettent
de leurs grands yeux innocents
puisqu’ils disent aimer le poète
roi nu démuni souffrant
éternel forçat de la quête

puisque les mots promettent…
ou font semblant
murmure une voix secrète
entre deux rire brefs
derrière les rideaux du vent.
*
Vains mots
la morsure m’enracine
dans le noir terreau
où la mort fulmine
après mes pauvres os
où la pensée rumine
flamme de couteau
Vains mots
l’abîme m’éveille
tue mes soleils mes oiseaux
froidement sans remords
Vains mots
dépouillés de tous les ors
vagues oripeaux
indiquant le nord
où errent les grands troupeaux
mal dans leur peau
des exclus de l’aurore.

 

André Laude


 

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