Ou vont les rêves quand la nuit tombe

Publié le par la freniere

À Julie, Fabian Cerredo, Réginald Pavamani, Jean Dauby, André Laude, Yves Martin, Jacques Gasc, Pierre Courtaud, Michel Merlen, Claude mon frère...
Mes amis, mes compagnons de ces longues nuits interminables et formidables lors des samedis de la Revue et des soirées Poésimage à Savigny-le-Temple 77 dans les années 1980 Mes amis, mes camarades de PoéVie et de tous ces combats que nous n’avons jamais gagnés. Mes sublimes déserteurs. Vous, que j’ai tant aimés, vous êtes encore là, omniprésents, vagabondant entre les pages de ce carnet qui m’accompagne tard dans la nuit.
C’est comme dans une maison où la table d’hôtes brouillonne encore de vos paroles, de vos rires, de vos colères, de nos illusions.
C’est vrai que vous n’êtes pas des morts discrets et fréquentables. Toujours à douter de tout. De véritables acrobates qui sautent à pieds joints sur toutes les banalités de cette époque de perroquets, de moutons de Panurge. De temps à autre, vous sifflez l’armistice pour une bonne bouteille de Côtes du Rhône Valréas.
Je la boirai jusqu’à la lie, d’un seul trait, pour me rapprocher de vous.
Je me souviens de cette jeune fille, déjà vieille, affalée sur le canapé. Il y a bien longtemps qu’elle a tiré sa révérence. On s’attendrait à la voir surgir entre deux sommeils, avec ses dents de gourgandine, gantée de noir, en délicieuse chasseresse à la chevelure interminable.
Mes vénérables soiffards de première communion, il m’arrive, de vous imaginer, debout sur une estrade, en illusionnistes inattendus et maladroits, tirant une longue langue de belle-mère apprivoisée. Aux premiers prétextes, vous renversiez les verres, marmonnant, les uns plus haut que les autres, vos fausses querelles phénoménales, tel des anges gardiens de la fontaine des Saints-Innocents.
Vous êtes ces petites choses envahissantes qui me raccrochent au mur délabré des vivants.
Cette nuit, je ne dormirai point. Je resterai en état de veille, la porte grande ouverte, au cas où l’envie vous prendrait de passer par là.
Avant que ne gronde de nouveau
L’orage dans ma tête
 
Richard Taillefer. Texte extrait de "Où vont les rêves quand la nuit tombe" Editions Gros Textes, La petite porte. 2020
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