Une semaine de cent ans

Publié le par la freniere

Une semaine de cent ans

Je scrute la beauté des visages sur les pierres des Cent-Ans, la ponctuation du monde dans la vitesse du torrent, la musique de l’air dans la rumeur du vent, les clapotis dans les replis de l’eau, la rosée du matin sur les lauzes ancestrales. Tous les mots semblent avoir de la boue dans la bouche. Le sens patauge entre deux phrases. Ça sent la terre et le vieux bois. Les oiseaux excités par l’orage sont fous comme des balais. Ils voltigent et se mettent à planer. Les pierres d’un barrage surgissent devant l’eau comme si la force d’un géant les avait culbutées. Après la pluie, c’est la danse des insectes. Les fourmis en bleu de travail sont penchées sur le sol comme sur une ligne de montage. Un bataillon d’abeilles embrasse le jardin. À l’école des plantes, le rêve d’un très bien n’effleure pas les fleurs. Elles poussent comme elles peuvent. On entend l’eau glisser sur le toit de la grange. Les étourneaux tournoient quand le soleil revient sécher l’herbe des champs. Les hirondelles piquent du bec vers leur maison de glaise après avoir tracé des majuscules sur le ciel…

Jean-Marc La Frenière

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