Campagnes

Publié le par la freniere

Campagnes

De loin on la sentait venir, déserte et rauque
sous la danse d'un soleil tragique,
elle n'avait pour silence que la face
muette des marais
et pour couleurs les chemins roux
et les herbes calcinées...

Après-midi, elle brûlait au soleil
comme un royaume surgi de la mer,
alors elle était elle-même,
elle à n'en plus finir,
elle à ne plus contenir...
On l'entendait venir
pierrailles rudes sous les pas,
on l'entendait s'enfuir, par bonds cabrés
et par saccades,
hurlant contre le ciel viride et clair,
corps à corps,
rythmes et danse parallèles !

Hors du temps, exilé
déjà elle n'avait plus de fin et plus de commencement,
elle était l'anneau de sortilège
qui flambe au doigt de Dieu.
Comme je te sentais alors
pluie drue des lumières violentes
neiges saoûles d'extases inouïes
sur les champs nus et les pierres
brûlées du cimetière !...

En toi l'ennui devient musique,
joie grandie, rage et sanglots obscurs,
entre les dents...poussière...
En toi la mort devient l'extase exaspérée,
bateau flambant aux lèvres ardentes du soleil,
comme un orchestre qui grimpe
et qui se brise au ciel
dans un embrasement de sons !

Terre de la mort lumineuse et mystique,
je ne peux plus te ressusciter en moi
comme un calvaire qui tremble de vent.
Je t'ai assez portée, crois d'ébène et de sang,
tous les vents te déchirent et t'effeuillent
ma steppe, mon visage, mon rire
et maintenant tu n'es plus
qu'un lambeau clair
d'espace !

Anne-Marie Smal (1929-2007), Chants et gestes pour les croix invisibles, Vermaut, 1947

 
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