Cela existe

Publié le par la freniere

Cela existe

CELA EXISTE

 

Je voulais être domestique. Cela existe.
Mettre et desservir la table.
Comme monte sur l’estrade le supplicié
et en descend le bourreau.
Maintenant, entre les degrés de l’échafaud
darde le soleil, le même soleil,
comme si on n’y avait monté personne
qui ne fût redescendu. Je voulais être silence
et estrade. Monde coincé entre les marches.
Personne et rien. Espoir de fin de semaine.

FABLE

Il était une fois
un loup solitaire
plus seul que les anges.
Il advint qu’il entra dans un village.
Il tomba en amour avec la première maison qu’il a vu.
Déjà, il aimait ses murs
les caresses de ses maçons.
Mais les fenêtres l’arrêtèrent.
Dans la salle étaient assis des gens.
À part Dieu personne jamais ne les avait
trouvé si beaux
comme cette bête enfantine.
Alors la nuit, il entra dans la maison.
Il s’arrêta au milieu de la salle
et ne bougea plus de là, plus du tout.
Il resta toute la nuit, avec de grands yeux
Jusqu’au matin quand il a été battu à mort.

LETTRES, LIGNES

Mériterait une mort paisible
tout scribe qui dans la nuit
prend plume et se penche sur le papier.

Janos PilIinzky (1921-1981)

MÊME DANS L’OBSCURITÉ, Orphée/La Différence, 1991.

POÈMES CHOISIS, Gallimard, 1982.
Tous traduits par Sarah Clair et Lorand Gaspar.

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