Jean Prévost

Publié le par la freniere

Jean Prévost

Jean Prévost est un poète liquidé par les nazis dans le maquis du Vercors le 1er août 1944. Au tout début de son entrée en résistance, il avait écrit cette lettre- poème à sa femme Claude...

 

Claude, si la guerre incertaine

Un de ces beaux matins m'emmène

Les pieds devant,

N'écris pas mon nom sur la terre

Je souhaite que ma poussière

S'envole au vent.

Pas d'étendard avec ma chiffe

Que l'officiel et le pontife

Taisent leur bec;

Vous-mêmes, ce matin d'épreuve,

Mes trois enfants, et toi ma veuve

Gardez l'oeil sec.

Pas un regret ne m'importune.

Je suis content de ma fortune.

J'ai bien vécu.

Un homme qui s'est rempli l'âme

De trois enfants et d'une femme

Peut mourir nu.

Veux-tu que mon ombre s'égaie

Qu'un canot à double pagaie

Porte mon nom,

Qu'il ait un mât, voile latine,

Le nez léger, l'humeur marine

Et le flanc blond.

Tu sais comment j'aimais la vie.

Je détestais la jalousie

Et le tourment.

Si les morts ont droit aux étrennes

Je veux qu'au bout de l'an tu prennes

Un autre amant.

Jean Prévost

(en mer, 12 juin 1940)

tiré de "derniers poèmes"

aux éditions Gallimard

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