Le moindre petit rien

Publié le par la freniere

Je reconstruis la vie à partir d’un visage, la fleur à partir d’un pétale, le monde à partir d’un lieu. Je trousse un quatuor à partir d’une clef. Qu’il soit midi ou tôt le matin, tous les enfants naissent dans la nuit. Qu’ils soient dans l’humus ou la terre, tous les légumes poussent sous la pluie. J’écris du corps en veine à l’âme en peine. Je ne plains pas ceux qui n’ont pas de souliers, mais ceux qui n’ont pas de pieds. Je crains ceux qui n’ont pas de langue ni de mots. Ce sont les pas qui marchent, les routes qui titubent. Ce sont les mains qui bougent, la langue dans la bouche. Ce sont les yeux qui voient, l’amour qui transcende le sexe. Ce sont aussi les hommes qui spolient, pillent et polluent, les hommes d’affaires qui mènent le monde, les banquiers qui comptent la monnaie, les soldats qui obéissent aux ordres, les polices qui matraquent les noirs, les sud-américains, les poètes, les peaux-rouges. Les théoriciens sont ceux qui sapent en lapant l’eau des bénitiers, ceux qui enculent les mouches, comptant les poux sur le crâne d’un œuf et les cheveux sur les têtes pelées. Ils prennent les idées pour des sentiments.

Ce sont les yeux qui voient et les oiseaux qui volent.  C’est l’enfance qui fabrique des arbres en plasticine, des pots de grès, des pages à pois et des moteurs en bois. Ce sont les bouches qui remuent les lèvres. Ce sont les images qu’on voit et le silence qu’on entend. La page  boit de l’encre, la toile des couleurs. C’est un veau d’or que les hommes adorent, prenant les banquiers pour des prêtres, les ayatollahs pour des sages, les guerriers pour des saints.  Ils se nourrissent encore du sang des abattoirs.

Les mains sont pleines de pouces, la peau du corps est pleine d’échardes. L’enfance est pleine de jouets, la nuit pleine de rêves, la bouche pleine de mots. La mer est pleine du sel dont on fait les naufrages, la plage pleine de sable, la terre pleine de rides où toquent les semences. Dans les corps en amour, l’âme a la chair de poule, les doigts pleins de caresses. Le moindre petit rien fait de la poésie.

Jean-Marc La Frenière

 

 

 

 

 

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