Mardi 20 juin 2006

pour Jean-Michel Sananes

Djamal Benmerad est journaliste professionnel de métier et a collaboré en Algérie à plusieurs journaux dont Le Matin en qualité de Grand reporter et à Alger républicain en qualité de rédacteur en chef, ces deux journaux étant par la suite dissous par le régime algérien. A ce titre, il fut amené, avec d'autres journalistes et démocrates, à s'opposer au projet théocratique des islamistes et à l'ordre ultra-libéral et liberticide des militaires au pouvoir. Il fut l'un des premiers signataires de l'"Appel à la Résistance" contre ces "deux têtes visibles de l'hydre" et à troquer sa plume contre une arme  feu pour rejoindre en Kabylie d'où il est natif les groupes naissants des "Patriotes armés". A la suite du kidnapping et de la délivrance de l'un de ses fils et après avoir été victime d'un attentat raté en décembre 1998, il s'exila en Belgique où il vit actuellement en qualité de réfugié politique.
Il a publié dans la clandestinité ce qu'il appelle des cercueils poétiques dont "La céramistes et le poète", "Tracts pour rêver", "On ne meurt bien qu'en Algérie." Les éditions Enal lui ont publié "Chant d'impatience" tandis que Le Matin lui a édité un essai socio-politique intitulé "421".
L'auteur vient de mettre en chantier un ouvrage politique qui porte le titre, provisoire, "Islamisme, l'enfer des musulmans" où il tente de démontrer et expliquer que les musulmans sont les victimes de l'islamisme, d'une part, et de l'islamophobie, d'autre part.

 

Credo

Je ne suis pas l’être d’alphabet
ni cette colonne verbale

qui répond aux mots des uns

avec les mots des autres
mais simple goutte d’ivresse tombée

sur une nappe de musique

locataire d’un manuscrit

que traque l’indifférence

LES POETES

Artisans au verbe indésirable
amants que la folie guette
la chair lacérée

par la laideur contemporaine

les poings meurtris

par les murailles de la nuit
ils persévèrent ils persévèrent
à répandre de l’huile
sous la trajectoire imbécile

                                     du réel

DISAIT L’AUTRE

Ecrivant balle au canon

le sang noir sur l’asphalte

et le sac sur l’épaule

je me heurte aux murs gris
d’un polygone étiolé

 

« Reste, me dit Abouda

on ne meurt bien qu’en Algérie »

UN PEU DE TOI

Cet enfant que tu regardes mourir

sur ton écran couleur
à partir de New York
Saint Petersbourg
Paris
Damas

ou Johannesburg...
Cet enfant que tu regardes mourir

sur ton écran couleur

c'est un peu de New York

un peu de Paris...
qui se meurt ici à Bentalha

Et ce sang que tu vois couler
sur ton écran couleur
ce sont les larmes de Moïse

de Jésus

et de Mohamed
qui giclent de la gorge tranchée

de cet enfant que tu regarde mourir

ici

à Bentalha

INFIDELITE

J’ai trompé mon colt

le temps d’un poème
qui rime avec
tel camarade tué

dans une cage d’escalier

REPORTAGE I

En arrivant j’ai trouvé
tes cahiers d’écolier

avec un poème perdu dedans
A trop le lire je souhaite
à trop l’entendre je souhaite
mourir
moins lentement que toi

mon enfant

Toi mon enfant

dont la tête a roulé dans la poussière
mon enfant

dont la tête a roulé

moins vite

que notre honneur dans la poussière

de Guernica à Bentalha

CECITE

Avant j’étais aveugle
A présent je ne vois plus rien

CALIBRE

ils comptent

une à une

les vertèbres de nos jours
pendant que nous crions :

« Mezghenna *
ceux qui vont mourir te saluent ! »

mais ne t’inquiète pas

mon amour
les vertèbres des nos jours

font du neuf millimètres

(*) Mezghenna : nom berbère de l’Algérie

DELIRE

A présent il faut faire vite

écriture impatiente
car embarquée
sur une fièvre trop pressée

J’ai choisi d’en faire
un moment privilégié
de l’action vitale

Pour ne pas chanceler

à l’heure où l’on égorge
                        
mes frères

VOCATION

Ils passent leur temps à mourir

dans une cage d’escalier

à la sortie d’un stade

ou à l’entrée d’un poème

Ainsi en est-il d’Imazighenes (*)
chaque fois que l’un tombe
le suivant se présente au guichet de la mort

Mais vous verrez désormais
ils ne feront pas que mourir

(*) Imazignènes : vrai nom  des berbères

UN FENNEC EN OCCIDENT

Dans ma course folle

vers ce mirage d’hiver

un sirocco mortuaire
vint à ma rencontre

Qu'étais-je donc venu
dans ce désert conquérir ?

Moi qui désormais connais

les pitons tranchants du brûlant exil
je reprends la folie et le délire
                           des grands navires

L’ ADIEU AUX LARMES     

 

J’ai découvert soudain

d’autres rêves que ceux partagés

d’autres réalités que la béatitude

Alors moi l’impie
moi l’ami
des libraires

et des pêcheurs de Bougie
de Bretagne
et de Sicile
je pars

parjure et par vaux
à la recherche d’un vers qui rime au vin

et d’une idée hospitalière

…Et si ma vie est trop longue
je lui fais un ourlet

REPORTAGE II

Les paupières des morts
refusent de se fermer

La vierge n’a plus de corps
mais la haine immaculée

Les frontières du village

sont barbelées de silence

fêlé

par le murmure des survivants

A quelques douleurs d’ici

d’autres villageois creusent

leur propre tombe
avant
la venue des assassins

L’ HEURE D’ALGER

Je rentre dans ma ville

à l’heure des aurores ambiguës
à l’heure des peurs
à l’heure où des solitudes

ne s’accouplent même plus

à l’heure où conspirent
les turbans tachés de sang

à l’heure des gares désertes
à l’heure où s’aiguisent les lames

à l’heure où j’ai mal au cœur d’Alger

REPIT

Il fait beau
Aujourd’hui ressemble

à un jour sans morts

(les journaux)

 

 

 

 

 

 

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Mardi 20 juin 2006

J'ai ramassé un gant sur le bord du trottoir. Il est encore tout chaud. Il cherche une main, un geste, un semblant d'ombre à protéger du froid. Les lignes d'une main font bouger ses plis.. Quelle aventure y lire sans le lutrin d'une paume pour soutenir la vie ? D'après la finesse des doigts, ce doit être un gant de fée tombé d'une bonne étoile. Ce n'est sûrement pas un gant jeté pour un duel. Sa peau est trop douce et rouge d'émotion, du rouge des amoureux ou celui des framboises.

 

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Mardi 20 juin 2006

ODANAK

Bien avant l’arrivée des premiers colons dans les Cantons de l’Est, les Amérindiens avaient découvert ce territoire. En effet, les Abénaquis qui occupaient au départ le Maine et s’étendaient dans le New Hampshire, le Nouveau-Brunswick et jusque sur les bords de la Nouvelle-Écosse émigrèrent dans la région vers 1680 pour fuir les persécutions des Anglais.

Selon les archéologues, cette société autochtone serait demeurée près de la rivière Saint-François et du lac Aylmer mais aussi près des villes qui allaient devenir plus tard Weedon, Lennoxville, Sherbrooke, Magog ou encore Brompton. En effet, les recherches archéologiques entreprises dans ces secteurs ont permis de découvrir des éclats de silex ainsi que des objets faisant partie de la vie quotidienne des Amérindiens comme, par exemple, des couteaux, des grattoirs et des pointes de lance.

Par ailleurs, les noms autochtones de certains endroits bien connus aujourd’hui dans les Cantons de l’Est comme Mégantic (lieu où se tiennent les poissons), Massawippi (eau profonde), Memphré-magog (grande étendue d’eau) et Coaticook (rivière à la terre de pin) montrent les traces évidentes du passage de ces nations. Toutefois, les Amérindiens n’ont pas toujours eu ici de résidence fixe, mais ils ont tout de même séjourné auprès des cours d'eau en différentes saisons de l’année.

La présence de ces autochtones sur le territoire est aussi perceptible par les légendes entourant le pin solitaire. La première de celle-ci veut qu’après une bataille entre un Iroquois et un Abénaquis, ce dernier l’emporta et scalpa son ennemi sur un rocher se trouvant dans le Saint-François à l’embouchure de la rivière Magog. L’autre légende, cette fois-ci beaucoup plus romantique, prétend que ce même rocher est le tombeau d’une jeune Amérindienne.



Le rocher du pin solitaire, au milieu de la Saint-François. Fonds Andrée Désilets. La Société d'histoire de Sherbrooke IP154RPN32D1


L’histoire raconte que deux promis, Robert Gardner et Aline Morton étaient prisonniers à Saint-François-du-Lac. Ils réussirent à s’échapper, mais épuisée, la jeune femme mourut dans les bras de son fiancé. Celui-ci l’ensevelit sur le rocher et en guise de stèle funéraire il y planta un petit pin avant de mourir lui-même épuisé. Le pin solitaire n’existe cependant plus aujourd’hui.

En effet, il disparut en 1913 alors que deux ivrognes «le sectionnèrent en rondelles ; ils vendaient les tranches du mystérieux conifère comme souvenir à raison de 25 cents pièces, afin de se procurer de quoi boire ». Aujourd’hui encore nous pouvons voir ce rocher (notre photo) qui inspira tant de légendes, le pin solitaire ayant fait place, pour sa part, à une petite croix blanche.

Plus tardivement dans l’histoire de notre région, à l’ouverture des Townships de l’est à la colonisation du XIXe siècle, plusieurs Abénaquis délaissèrent ce territoire de chasse pour se tourner vers d’autres espaces. Toutefois, certains d’entre eux demeurèrent ici. En effet, le gouvernement entrepris de subventionner l’agriculture chez cette nation, mais ces derniers préférèrent développer une toute autre industrie, celle de paniers qu’ils allaient vendre aux États-Unis. Toujours au XIXe siècle, l’idée de développer des réserves amérindiennes sur le territoire canadien apparaîtra.

Par la création de ces espaces, le gouvernement voulait en fait occulter la présence autochtone mais aussi intégrer les différentes nations à la population canadienne. La région des Cantons de l’Est verra ainsi, au cours de cette période, l’apparition de la réserve abénaquise dans le secteur de Coleraine. Celle-ci, cédée en 1882 à la nation abénaquise par les autorités gouvernementales, sera fermée moins d’une vingtaine après sa création, soit en 1901. Cette situation est d’ailleurs conforme à la politique d’assimilation prônée par le gouvernement fédéral.

En effet, ce que l’on cherchait à l’époque c’était de «tasser» les Autochtones sur des réserves pour ensuite vendre le territoire concédé ou encore diminuer sa superficie pour les besoins des colons avides de terres nouvelles. Ce qui obligeait, croyait-on, les autochtones à s’assimiler à la population blanche. Toutefois, on sait bien aujourd’hui que cette tactique ne s’avéra que peu lucrative. En fait, la nation abénaquise est toujours présente au Québec, le village d’Odanak en étant la preuve vivante.

Maryse Bilodeau (Université de Sherbrooke)


http://www.mediat-muse.qc.ca/edu_abenakis.html

http://www.indianamarketing.com/nations/!odana-f.htm

 

par la freniere publié dans : Paroles indiennes
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Dimanche 18 juin 2006

La parole est peu sûre. J’écris au bord du vide. J’écris avec mes rides sur le fard des visages. Je cherche la lumière au plus ras du poème, la vertèbre qui manque pour nous tenir debout, la paupière du cœur ouverte sur la mer. De la patience de l’os à l’impatience du frisson, de l’âme à l’excrément, je traverse ma vie jusqu’à la part maudite. Dans la noirceur des grottes, je traîne la parole comme une ampoule au bout d’un fil. Mes pieds s’emmêlent au poème pour avancer dans l’homme. Mes mains parmi les mots prolongent les caresses. Pour traverser le désert, un peu d’eau dans la paume me sert d’oasis. Le radeau d’un visage dans la mer d’une foule, un oiseau sur un banc, une frêle brindille sur le ciment des villes me servent de repères.

J’oppose la courte-paille d’un mot aux comptes à rebours. Je suis un fil de salive dans les entrailles du monstre, un bec d’oiseau qui refuse les miettes. On ne nous laisse à voir que le brouillard des mots mais nous en ferons tout, un brouillon de soleil, une page d’azur. Il faut encore écrire, parler malgré les simagrées et s’arracher la peau sur un chemin de ronces. J’avance vêtu de mots, de breloques en voyelles, d’un alphabet d’argile pour les analphabètes. Je hisse un drapeau vierge où se dessine l’aube. D’une simple caresse nous refaisons les fleuves et la forme des arbres. Les pupilles du rêve regagnent leur planète mais laissent des images.

La révolte est un loup qui se mange la patte pour se sortir du piège. Dans l’indomptable et le précaire, nous avançons boiteux mais plus debout qu’un arbre. Quand la mer est étale, la vague vaut la source. Adossés contre l’épaule du néant, de la trace d’un ongle au plissement d’un œil, d’une syllabe à l’autre, les mots remplis d’émois, les os bourrés d’espoir, nous continuons d’aimer. Dans la fumée des bombes, les gaz d’échappement, le crachin des usines, on respire malgré tout. La poésie tape des mains sur ses cuisses lyriques. Elle parle pour le pain, la liberté, le feu.

L’oiseau du cœur s’envole de sa cage d’habit. Je cherche entre deux mots l’équilibre du monde. Je demande le feu, une simple allumette, une poignée de main. Je demande la vie, la paix, la beauté, un tissu d’arc-en-ciel sur le dos des hivers. Je demande la lune, un petit bol de rires au bivouac du cœur, la mie blanche des mots. Je demande à aimer sans mourir chaque matin.

par la freniere publié dans : Prose
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Samedi 17 juin 2006

S'il faut être un muet,
je chanterai sans bouche
sans mémoire sans mots.
Je chanterai quand même
avec mes doigts de pied
sur les racines amères,
avec mes ongles sur les murs,
avec mes dents sur le silence.
Même sans fleurs
sans feuilles sans racines
je chanterai la sève.

Je chanterai le pain

avec la faim au ventre.
Dans la Cour aux Miracles
je chanterai l'espoir
avec des moignons.
Je chanterai la nuit
au bord d'un monde pâle,
les couleurs inventées
dans les yeux des aveugles.

Même sans bras

sans mains sans rien
je brandirai le poing
aux banquiers de service,
je ferai l'accolade
aux mendiants du cœur.
J'accompagnerai sans ailes
les oiseaux de passage.
J'arracherai la mort
aux râles narcotiques.
Je mettrai en chanson
les ronflements du temps.
J'ajouterai du soleil
aux noires parenthèses,
des lucioles aux nuages,
de la chair aux statues.
Je creuserai la soif
jusqu'à trouver la mer.

Le cœur en bandoulière,
un chardon sous la dent,
les chevilles brisées
j'arracherai les clous
au corps de l'accolade,
les menottes aux enfants,
le mazout à l'azur.
Sans grammaire sans point
j'enfoncerai ma langue.
Jusqu'à la lettre z.
Sans barrière sans joint
je rêverai plus loin
que l'alphabet des formes.

J'accrocherai des syllabes
sur le banc de la nuit,
bercerai l'horizon
dans le couffin des mots.
De la paillasse au septième ciel
je creuserai mon lit
dans l'orgasme du monde.
Avec mes trous dans le sang,
mes larmes et les vôtres
je pisserai debout sur les ordinateurs.
À tâtons sous les fleurs
je redresserai du cœur
la tige de l'espoir.

Même sans nom
sans morale sans but
je chanterai plus fort
que le bruit des canons.
La bouche pleine de terre
je chanterai encore
au milieu des racines.

 




 

 

par la freniere publié dans : Poésie
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