Vendredi 16 juin 2006

Ce matin, mon regard est celui d’une fleur, un iris de soleil, une pupille de pluie sous une paupière d’arc-en-ciel. Je réponds au vent par la voix du pollen. Un bruit de mer dans les feuilles m’emporte vers le large. Les oiseaux rament sur les branches. La sève ricane sous l’écorce comme l’enfance d’un vieillard se cache dans ses rides. Je vis sur la galerie comme un tamia rayé picorant l’absolu. Ses grands yeux sont des noix qui brillent dans la nuit. Les miens sont comme l’eau accueillant le soleil. Ils plissent dans les vagues.

Est-ce que le chant m’entend quand j’écoute les notes ? Lorsque les mots viennent à manquer, j’ai comme l’impression de rapetisser du cœur. J’écris avec mes doigts sur l’écorce des arbres. Je suce des cailloux pour retrouver l’enfance. Je grimpe dans les branches pour écouter les feuilles. Mon crâne en goguette fait craquer ses neurones. Qu’importe que les plombs sautent, je traverse la nuit à la lueur des lucioles. J’arpente le réel sur les échasses du rêve.

Qu’on tire la chasse ou le chevreuil, c’est la terre qu’on blesse. Dans ce monde sans soif que celle du profit, on coupe l’eau d’érable avec le sel de mer. On prend pour un poème le slogan des affiches. On brode les poupées avec du fil de fer. On brade l’absolu pour une once de morphine. On assassine un cœur pour une jambe en l’air. Si l’homme savait aimer, la terre aurait moins mal. Le ciel a beau sourire sur les ordures ménagères, c’est comme si c’était pas vrai. On sait mal voir ce qu’on aime dans le factice du décor. On sait mal dire ce qu’on tait dans le bruit des radios. On ne vit plus, on joue sur le verre des écrans. Peu importe les répliques, on y perd son âme.

Le train du temps roule de travers. Les nuages bringuebalent sur des rails tordus. J’ai l’air fou dans mon trou à chanter pour des pommes, à répondre aux grenouilles, à prier pour les pierres, à laver le silence avec l’eau du cœur, à brandir un silex au milieu des moteurs. Je sers d’épouvantail aux revendeurs de chars, de repoussoir aux banques mais d’espoir aux oiseaux. Je porte la sagesse comme un habit de pauvre, comme un habit d’emprunt qui me serre le cœur. De plus en plus mes gestes apprennent à l’habiter.

Les gros camions tirent avec eux l’espace mais rapetissent les routes. Des tonnes de hamburgers broutent les brosses d’herbe et les grands champs de trèfle. Le monde continue. On se demande pourquoi. Sur un vélo d’espoir, je promène mon cœur dans un panier d’osier qu’on accroche aux poignées. C’est un vieil air de blues qui tient lieu de pédales. Quelque chose de fleuri m’attire quelque part comme un peu du vivant qui survit à l’argent, l’automne avec de beaux érables, l’écriture silencieuse des monts, les bicoques d’oiseaux qui cherchent à séduire, les mots désemparés devant les yeux d’un faon.

Le bruit léger du temps est devenu pesant. On transporte l’espace avec de grosses machines. J’ai l’air fin dans mon coin avec ma vieille brouette, ma pelle et mon crayon, comme si la poésie allait encore de soi, comme si l’amour avait sa place, comme si les heures étaient de paille. Je reste un paysan au milieu de la ville, un coureur des bois sur une ligne de métro. Si maman me voyait, elle parlerait de fraises égarées sur la neige, de citrouilles en hiver. Elle tricotait si bien les fougères de laine.

13 juin 2006

par la freniere publié dans : Prose
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Vendredi 16 juin 2006

  • « Le rire est une chose sérieuse avec laquelle il ne faut pas plaisanter. »
  • « La raison du plus fou est toujours la meilleure. » (Extrait du spectacle Sens dessus dessous)
  • « Même avec Dieu, il ne faut pas tenter le Diable ! » (La chute ascensionnelle)
  • « Il m’est arrivé de prêter l’oreille à un sourd... Il n’entendait pas mieux ! »
  • « Rien, ce n’est pas rien ! La preuve, c’est que l’on peut le soustraire. Exemple : rien moins rien égale moins que rien ! » (Parler pour ne rien dire)
  • « Une fois rien, c’est rien ; deux fois rien, ce n’est pas beaucoup ; mais pour trois fois rien, on peut déjà s’acheter quelque chose, et pour pas cher. »
  • « Moi, lorsque je n’ai rien à dire, je veux qu’on le sache. » (Parler pour ne rien dire)
  • « – Remarquez, si on fait l’amour, c’est pour satisfaire les sens. Et c’est pour l’essence qu’on fait la guerre ! 
– Les gens préfèrent glisser leur peau sous les draps pour le plaisir des sens que de la risquer sous les drapeaux pour le prix de l’essence. » (Faîtes l’amour, pas la guerre)
  • « Mon pied droit est jaloux de mon pied gauche. Quand l’un avance, l’autre veut le dépasser. Et moi, comme un imbécile, je marche ! »
  • « – Mais pourquoi courent-ils si vite ?
– Pour gagner du temps ! Comme le temps, c’est de l’argent... Plus ils courent vite, plus ils en gagnent ! » (Où courent-ils ?)
  • « Monsieur, ce que j’admire en vous, c’est que vous avez le courage d’être vous-même ; avec tout ce que cela comporte de ridicule ! » (Le sens du ridicule)
  • « Quand j’ai tort, j’ai mes raisons, que je ne donne pas. Ce serait reconnaître mes torts ! » (À tort ou à raison)
  • « On a toujours tort d’essayer d’avoir raison devant des gens qui ont toutes les bonnes raisons de croire qu’ils n’ont pas tort ! » (À tort ou à raison)
  • « – Est-ce que les histoires que vous racontez ne vous empêchent pas de dormir ?
– Si, mais comme ce sont des histoires à dormir debout, je récupère ! » (Le vent de la révolte)
  • « J’ai un ami qui est xénophobe. Il déteste à tel point les étrangers que lorsqu’il va dans leur pays, il ne peut pas se supporter ! » (Xénophobie)
  • « Si ma femme doit être veuve un jour, j’aimerais mieux que ce soit de mon vivant. » (Extrait du spectacle Sens dessus dessous)
  • « Je crois à l’immortalité, et pourtant je crains bien de mourir avant de la connaître. »
par la freniere publié dans : Glanures
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Vendredi 16 juin 2006



À Émile Bellet

L’inapparent prend forme sous le pinceau du peintre. L’image s’enracine dans l’humus des gestes. Des questions pointent sur la toile que la forme résout, que la couleur appelle, ombres puisées à même l’ombre, faisceaux d’éclairs dans la nuit. La terre rêve d’étoiles, le ciel de racines.

Des lignes infinies ordonnent le chaos. Dans l’arbre qu’on dessine, le souffle des racines anime le feuillage. D’infinis tremblements agitent l’horizon. L’axe de vie renoue avec l’origine. Une simple rature absorbe le silence. Les bords du monde se touchent dans un point de lumière. Une poignée de temps se répand sur la toile.

Sous le pinceau du peintre, le monde s’imagine. Il n’est jamais qu’une âme répandant sa couleur. Une lumière intime ordonne ses reflets. Tant de rouges et de bleus redressent l’horizon. En remuant les doigts, un homme de couleurs défriche l’absolu sans ouvrir la bouche. La musique des formes s'écoute avec les yeux. 


par la freniere publié dans : Glanures
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Vendredi 16 juin 2006

Tu es si loin là-bas
je t’envoie par écran
un vol de mésanges,
la nacelle du rêve
sur l’océan du lit,
des fleurs sur l’oreiller
pour te mordre l’oreille,
un grand vent de couleurs
dans les voiles du gris,
un décolleté d’oiseaux
sur la ligne d’horizon,
le rire des mulots
grignotant le malheur,
l’ovale du bonheur
découpé dans l’espoir,
une tache de soleil
sur ta chemise de nuit,
un casseau de baisers
éclaboussant tes jambes,
les moutons du sommeil
qui broutent les pilous.
Un vent rose tricote
la colline aux fougères.
Le désir est une épaule
où je retrouve un sens,
une main de lumière.


 

par la freniere publié dans : Poésie
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Mardi 13 juin 2006

J’ai parcouru la nuit
la route sur l’épaule.
Ma tête en baluchon
laisse échapper des rêves
comme des pas de lutin.

Chaque mot coûte au cœur
un battement de plus.
Chaque pas est un risque,
un péril, une phrase
pleine de voyelles en herbe.
Chaque ligne des mains
unit le vol d’un oiseau
à la trame d’un nid
pour l’éclosion des gestes.

J’ai traversé la vie
en reniflant les mots,
l’herbier des veines,
les poils sur la page.

J’ai les cheveux qui meurent
sous le vent des années,
la dent creuse,
la soif comme un verre.
Je n’ai plus le temps
de vêtir les mots,
je vous les offre nus
adossés contre l’homme,
la misère et la vie.

Je tire la corde raide
jusqu’à saigner des mains.
J’écris avec ce sang
sur la brûlure des paumes,
ses lignes boursouflées.

Comme un enfant qui dort
je cache mon espoir
dans la maison d’un poing.
Les vieux rêvent de naître.

Je cherche un banc de mer
pour reposer mes vagues,
la bouche d’un pain
pour embrasser le blé.

 


par la freniere publié dans : Poésie
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autres publications:
Pour en finir avec la mort, Légitime démence, 1990

La nuit des gueux, collectif, La Plume libre, 2006

Photomaton, collectif, En Ligne Éditions, 2006

Scribulations 0-1, collectif, Éditions La Madolière, 2008





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