Mardi 31 janvier 2006

Humberto Ak'abal

poète maya guatémaltèque

Souvenir

De temps en temps je marche à reculons
c'est ma façon de me souvenir.

Si je ne marchais qu'en avant
je pourrais seulement te dire
comment est l'oubli.

Le jaguar

Parfois je suis jaguar
je cours dans les ravins
saute sur les rochers
grimpe la montagne

Je regarde au delà du ciel
au delà de l'eau
au delà de la terre.

Je discute avec le soleil
joue avec la lune
arrache quelques étoiles
et les colle sur mon pelage.

Tout en remuant la queue
je me jette sur le pré
toute langue dehors

Aujourd'hui

Le jour s'est levé près de moi
puis il est sorti pour aller me chercher

Je courrais les chemins et les sentiers
jusqu'à ce qu'il me trouve

assis sur un bord de mousse
au pied d'un cyprès
discutant avec la brume
en essayant d'oublier
ce que je ne peux pas.

A mes pieds
des feuilles,
rien que des feuilles.

Heures matinales


Dans les hautes heures de la nuit
les étoiles se déshabillent
et vont se baigner dans la rivière.

Les hiboux les désirent
les petites plumes sur leur tête
se dressent.

 

 

 

La rivière.

Agenouillée sur la natte
penchée sur la pierre
ma mère lave
lave
lave.

Ma petite soeur
couverte de feuilles de saule
dort dans sa corbeille.

Et moi,
assis sur le tas de paille
je regarde comment passe l'eau
et comment reste la rivière.

traduction: aaron de najran

par la freniere publié dans : Paroles indiennes
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Mardi 31 janvier 2006

Je ne crois pas en Dieu,

aux tours d’ivoire,
aux mains propres.
Je crois aux lieux communs,
à la neige noircie,
à la grippe, à l’espoir,
à l’infini du temps.
Je crois aux cafés tièdes,
à la fée des étoiles,
aux poils de mon loup
sous la blouse du brouillard,
aux enfants turbulents,
aux serveuses appuyées
sur le comptoir du soir.

Je ne crois pas en Dieu.
Je crois aux femmes légères,
aux hommes trop lourds,
aux cœurs en mille miettes
et à ceux qu’on recolle
avec un bout de soleil,
aux bouteilles à la mer
et aux tapis volants,
aux sapins qui se cachent
à l’arrivée de Noël,
aux porte-feuilles vides
et à l’or des mots,
à l’eau bleue des voyelles
qui parlent en poisson.

Je ne crois pas en Dieu,
aux banques, aux cinémas.
Je crois aux dents cariées,
aux chicots qui s’agrippent
au bord d’une falaise,
aux bras d’épouvantails
qui caressent la nuit
et parlent aux oiseaux,
aux journaux qui s’abonnent
à leur ancien feuillage
et refusent la une.
Je crois aux métaphores,
aux météores, aux mythes,
aux ongles de la pluie
sur le dos du bitume,
au landau qui descend
l’escalier des horreurs.

Je ne crois pas en Dieu.
Je crois aux trous noirs,
aux trous de mémoire,
au blanc des yeux,
aux trous d'hommes,
aux tours d'écrou,
aux pneus du souvenir
dans les fossés de campagne,
aux cris des ambulances
avec l'oreille dans le plâtre,
aux îles somnambules
dans le dortoir du fleuve,
à l’entêtement des clous
dans la tête du marteau.

Je ne crois pas en Dieu.
Je crois à la marée,
à la mauvaise conscience,
et aux soupirs de chat,
à la mauvaise haleine
et à l’ail des bois,
aux tags en colère
sur les murailles grises,
à la fragrance des étoiles
et aux tasses ébréchées.
Je crois à l’homme
et son métier de vivre
une journée sur dix
quand il sort les vidanges.


par la freniere publié dans : Poésie
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Lundi 30 janvier 2006

À Jean-Marie

 

C'est une vieille table en bois, à tenons et mortaises. Ses jambes sont en merisier et son ventre en érable. On voit encore des entailles d'espérance faire suinter le sucre. Quand on y parle, les mots soutiennent le pain et tiédissent la soupe. Chacun met son grain de sel dans la salière du coeur, son grain de poivre pour épicer le temps. J'y dessine l'azur et j'y mange les mots. J'écris le pain, le vin à même l'amitié. Les taches d'encre s'emmêlent à celles des blessures, celles du vin aux épluchures du sens. Les paumes y laissent des pépins et les regards des oeufs qui éclosent en images. Quand elle laisse une écharde, c'est pour semer ailleurs une patte ou un rire, dans une nouvelle maison ou la besace des errants. Mes enfants déjà cultivent d'autres tables pour mes petits-loupiots.
(...)


paru dans Parce que, Chemins de plume, 2007



 

par la freniere publié dans : Prose
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Lundi 30 janvier 2006

Ton cœur piquait
Sous sa chemise de paille.

J’ai encore une brindille

Incrustée sur la voix.

Elle me ramène l’odeur

Des pique-nique sans fin

Sur le bord du ruisseau.

Son eau s’appelait Rose

Sans qu’on sache pourquoi.

La fraise de ta langue

Tachait mon espérance
Du rouge des enfants.

J’ai tes éclats de rire

Dans mes rimes en casseaux,

Tes éclairs de génie
Dans mon cœur en orage.

J’ai laissé mes pupilles
Se perdre dans tes yeux.
La nuit me sert de regard
Où j’avance à tâtons
Vers l’horizon qui fuit.
J’ai laissé mes guenilles

Se pendre sur la nuit.

Elles flottent sans défense

Et cherchent ta présence.

La pluie seule réveille

Mon corps à ciel ouvert.

Je fais semblant de croire
À tes eaux qui reviennent
Caresser mes cailloux.

J’ai allumé la lampe

Devant ta chaise vide.

Le bruit de chaque pas

Réveille notre chien
Mais ce n’est jamais toi
Qui frappe à la porte.

Tu veilles dans la lune

Et me lances des mots.

Je monte dans la phrase

Pour les cueillir au vol.

Sur la page d’azur

Je signerai ton nom.

 

par la freniere publié dans : Chienne de vie
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Lundi 30 janvier 2006

poème nahualt

un enfant à sa mère

quand je meurs
enterre-moi sous le foyer
quand tu pleureras
si on te demande pourquoi
tu diras c'est la fumée

par la freniere publié dans : Paroles indiennes
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Ed.Chemins de Plume 156, Corniche des Oliviers-V 30 - 06000 Nice

 

autres publications:
Pour en finir avec la mort, Légitime démence, 1990

La nuit des gueux, collectif, La Plume libre, 2006

Photomaton, collectif, En Ligne Éditions, 2006

 

 

 

 

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