Mercredi 7 juin 2006

* La vie est un cycle sans fin. Chacun de nous est responsable de ses propres actions. Elles nous reviendront. (Betty Laverdure - Ojibway)

* La couleur de la peau n'y change rien. Ce qui est bon et juste pour l'un est bon et juste pour l'autre, et le Grand Esprit a fait de tous les Hommes des frères. (Bouclier Blanc)

* Choisis bien tes mots, car ce sont eux qui créent le monde qui t'entoure. (pensée des Navajos)

* Ma main n'a pas la même couleur que la tienne, mais si je la transperce, cela me fera mal. Le sang qui coulera de ma main sera de la même couleur que ton sang. Nous sommes tous deux enfants du Grand Esprit. ( Ours Debout - Chef Sioux Oglala)

* Nous sommes tous des fleurs dans le jardin du Grand Esprit. Nous partageons les mêmes racines, nos racines nous ramènent à la Terre Mère. Son jardin est beau car les couleurs des fleurs sont différentes et elles représentent des traditions et des cultures différentes. (Grand-Père David Monongye - Hopi)

* Les collines seront toujours plus belles que les buildings en pierre. La vie en ville est artificielle. Peu de gens sentent la véritable terre sous leurs pieds, voient pousser les plantes si ce n'est dans des pots ou s'avancent assez loin des réverbères pour saisir le véritable enchantement d'un ciel parsemé d'étoiles. Quand on vit loin des choses que le Grand Esprit a créées, il est facile d'oublier ses lois. (Tatanga Mani)

* O, Grand Esprit, aide moi à ne jamais juger un autre avant d'avoir chaussé ses mocassins pendant au moins trois lunes (Sagesse amérindienne )

par la freniere publié dans : Paroles indiennes
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Mardi 6 juin 2006

Enfant, j’appuyais mon échelle sur l’air. Aujourd’hui, j’ai besoin d’un mur, celui des mots ou des idées. Il y a toujours un cynique pour scier les barreaux, un jaloux pour crever les ballons, un frustré pour piétiner les roses. Je dessinais le ciel avec les doigts du vent. Il me faut une image supportant les images. Sur l’échiquier du paysage, les yeux sont les fous. On voit toujours trop tard les fossiles sous les pieds, les feuilles déjà mortes. J’ai la tête pleine de mots. On me parle et j’entends les images. Les arbres ont mis leurs masques verts pour cacher le mouvement des racines. Je croise en écrivant le vrombissement des trains et le chant des cigales, la carte du voyage et les pas sur le sable.

Des milliers de petites choses voyagent dans les pas. Nous sommes seuls dans les villes. Nous sommes plusieurs dans un seul, ceux qui n’osent pas dire je t’aime, ceux qui le disent sans le penser, ceux qui se croient seuls et que l’on aime, ceux qui existent sans y croire, ceux qui enseignent sans savoir, ceux qui se taisent par respect. On ne rêve pas, on est rêvé. Le réel n’est qu’un rêve qui tourne au cauchemar. Je me réveille dans les mots pour me laisser rêver. Je rêve parfois que je suis mort. Je fouille dans l’armoire pour y trouver ma vie.

Certains regards se brûlent sous la tension des yeux. Le paysage calciné doit se refaire une chair, une chaise où asseoir les montagnes, une cimaise pour accrocher la lune. Si l’écriture et la ville sont des sœurs, je m’apparente plutôt au murmure d’un ruisseau. Mes veines sont des racines qui creusent vers le haut, des pseudopodes foisonnants transformant les charognes en bleu diamantaire. Mes bras sont des branches agrippant le soleil. J’ai la mémoire pleine d’eau. Je traîne dans mes pas mon Richelieu d’enfance, un bras du Saint-Laurent, cordon ombilical impossible à couper.

Les étoiles sont vivantes. Elles parlent comme des mères. La terre n’est pas moins nue que l’écorce des arbres. Il m’arrive d’écrire lentementalement comme le loup lèche ses plaies. J’écris aussi plus vite, comme les fleurs avant l’orage. Il y a tant de bruit au fond de ma tête. Je ne sais plus où donner de la sève dans une forêt d’érables. Le vent m’offre le gîte, l’espoir le couvert. J’écris à main levée. Une robe d’images dénude l’absolu. Un fil de soie découd les mailles du réel, laissant un trou de mémoire dans la toile d’araignée du temps.

J’écris avec de l’encre de pluvier sur le buvard du ciel, le sucre du bonheur parfumé à l’érable. Il arrive que les mots coïncident avec la vie. La mort nous oblige au bonheur. La pierre cherche sa place entre les ronces et les pétales. La lune retourne la marée comme une terre en gésine.

par la freniere publié dans : Prose
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Lundi 5 juin 2006

J'attache de la valeur à toute forme de vie, à la neige, la fraise, la mouche.
J'attache de la valeur au règne animal et à la république des étoiles.
J'attache de la valeur au vin tant que dure le repas, au rire involontaire, à la fatigue de celui qui ne s'est  pas épargné, à deux vieux qui s'aiment.
J'attache de la valeur à ce qui demain ne vaudra plus rien et à ce qui aujourd'hui vaut encore peu de chose.
J'attache de la valeur à toutes les blessures.
J'attache de la valeur à économiser l'eau, à réparer une paire de souliers, à se taire à temps, à accourir à un cri, à demander la permission avant de s'asseoir, à éprouver de la gratitude sans se souvenir de quoi.
J'attache de la valeur à savoir où se trouve le nord dans une pièce, quel est le nom du vent en train de sécher la lessive.
J'attache de la valeur au voyage du vagabond, à la clôture de la moniale, à la patience du condamné quelle que soit sa faute.
J'attache de la valeur à l'usage du verbe aimer et à l'hypothèse qu'il existe un créateur.
Bien de ces valeurs, je ne les ai pas connues.

Erri De Luca

Oeuvre sur l'eau   PoésieSeghers

par Erri de Luca publié dans : Poésie du monde
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Dimanche 4 juin 2006

 


Je retrouve la rue au milieu du poème, celle qui mène au cœur sans faire de détours. Je retrouve la vue au milieu des images. Je vis encore dans les caresses de ma mère, dans le pollen des étoiles, dans le silence bleu des mots. J’habite une île de beauté au milieu de la vie. Je laisse dériver la chaloupe des mots. Plus rien ne presse. J’écoute sous l’écorce une chorale de sève.

Je plonge mon regard dans le grand invisible. Je pêche la lumière dans un filet d’images. Debout dans un rêve partagé, je traverse l’autre côté du réel. Le rêve de la pierre se fait fleur et froment. Le soleil se lève à l’horizon du temps. La musique des bras déroule son écharpe. J’habite une île heureuse. Je sors de ma tête pour entrer dans son cœur. C’est ce que j’aime qui existe.

J’ai vu la mer et l’eau du ciel, l’enfance buissonnière aux lèvres de juin, les oiseaux s’envoler à l’altitude du cœur, le coton des forêts, les jupes végétales. J’ai vu l’espoir jeter les dés sur la table du temps, le désespoir jeter les gants, les orties déchirer les tréteaux des montagnes, les papillons voler dans les fleurs bleues du lin.

Je fais le moins possible mon sale métier d’homme. Je préfère m’amuser chez les gnomes, muser avec les fleurs, m’user les yeux sur un soleil en comptant ses pétales, musarder chez les fées en laissant sur la neige des traces de yoyo, des sillages d’arc-en-ciel. Je préfère écouter le vent et le bruissement des feuilles, me taire devant le vide, crier devant l’horreur comme une main tendue, interroger les poils et la pluie sur la peau, dessiner l’absolu dans un regard d’insecte, faire face à la fatalité jusqu’à nager debout dans la foetalité.

Dans l’écriture, le geste de la main continue la parole et l’encre lève l’ancre. Il y a toujours une mer interrogeant ses vagues, la lumière du vol dans l’ombre des oiseaux. Derrière nos visages, les rides s’entremêlent. Je marche vers une île pour apprendre la mer. Devant l’écran, j’appuie sur la touche comme on lève la terre. Mon doigt est une pelle à mots. La parole repousse les guillemets des choses.

Les gestes sont des vagues dans l’océan des mains. Les mots d’oiseaux s’écrivent dans les nids. Il suffit d’une goutte d’eau pour agrandir la pluie. J’écris comme un enfant assis par terre s’amuse d’un brin d’herbe. J’écoute respirer la couleur des planètes. J’avance vers la vie avec des mots trop lents pour en saisir le sens. L’absolu est un chien que l’on siffle, une image qui craque derrière le silence. Le lin du temps s’accroche aux chardons. La graine mise en terre pèse plus lourd qu’un arbre.

3 juin 2006

par la frenière publié dans : Prose
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Samedi 3 juin 2006


Dans le désert des masques, je me tiendrai tout à côté des phrases, les phrases qui démasquent, les mots porteurs de sens, les voyelles qui me rongent le sang. Je fermerai ma voix au temps des arpenteurs, aux gargouilles sans nom qui prennent le micro et magouillent en coulisse. Malgré tous leurs soupirs et leurs vêtements d’apôtre, leur visage n’est plus qu’un immense trou muet. Je ne fermerai pas les yeux à la grimace du soleil. Des questions sans réponse tendent la main au coin des rues. J’ai pour carnet l’espace tout entier. J’ai la lumière pour écrire. Je ne sais plus si je me trompe d’époque ou si l’époque m’a trompé. Je ne veux rien d’un monde qui hisse des drapeaux, qui arme les enfants et s’accroche à l’argent. On vend déjà la lune aux pierrots, des faux cailloux aux petits poucets et des poupées gonflables aux amputés du cœur. Les ruisseaux du désert ont la couleur des larmes, du pétrole et du sang.

Pourtant la graine s’abandonne au vertige de croître. Le bourgeon rêve d’être fleur. La main rencontre les épines et retrouve son sang. Au sommet des montagnes, la pierre épouse l’air. L’éclair dans la nuit unit les éléments. Il y a toujours un pont traversant les deux rives, un soleil sous la pluie, une source sous la neige, les couleurs d’un tableau qui rapiècent le temps, des arpèges inconnus s’envolant d’un piano, la braise d’un sourire sous les larmes noircies, l’espoir d’un enfant dans un ventre de femme.

(…)

par la freniere publié dans : Prose
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autres publications:
Pour en finir avec la mort, Légitime démence, 1990

La nuit des gueux, collectif, La Plume libre, 2006

Photomaton, collectif, En Ligne Éditions, 2006

Scribulations 0-1, collectif, Éditions La Madolière, 2008





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