Samedi 3 juin 2006


L’arc-en-ciel renverse sa corbeille de pluie. Une framboise parfume la langue des paroles. Un crépuscule de lavande émeut les hirondelles. Les insectes murmurent : nous sommes là, nous sommes là. L’extase des galaxies participe à la fleur, aux arbres plein de sens. Chaque matin, il faut apprendre à naître, de l’infime à l’immense, de l’homme à l’infini. Chaque oiseau dans son vol participe à l’espoir.

L’enfant dans son berceau imite l’océan. Quand je regarde un saule, j’apaise la tempête. Bien avant les oiseaux, les étoiles chantaient. L’arbre et l’homme ne font qu’un au naseau d’un chevreuil. Un cri d’enfant caresse la grosse voix des montagnes. L’arrondi des collines calme la peau du ciel. Les flammes orange des glaïeuls se mélangent au pollen. Sous le toit de la peau, les globules s’étreignent.

Tout est beau ce soir. Une farine de lune prend la forme d’un pain. Il arrive que les mots soient plus tenaces que les choses, que les feuilles d’automne survivent à la neige. On retrouve au dégel des bourgeons déjà verts. Une parole gagnée sur l’ombre fortifie l’espérance. La lumière bourgeonne sur l’écorce des ruisseaux. Une eau cachée désaltère les âmes. La rosée du matin est une pleine lune éclairant les fougères.

Quand les pierres s’endorment, tous les oiseaux chuchotent. Quand les arbres s’éveillent, le ciel prépare déjà sa bolée de soleil. La rosée s’évapore dans la tasse de l’aube. Le vent dans la forêt prend la substance des feuilles. La pluie libère les odeurs dans le poil des bêtes. Le lierre s’agrippe aux murs comme une phrase végétale.

Un peu de l’arbre vole dans l’oiseau. Un peu de pluie fermente dans la graine. Funambules sonores, mes mots pratiquent le trapèze au cirque des images.

13 mai 2006

par la freniere publié dans : Prose
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Dimanche 14 mai 2006

On supprimera la Foi
Au nom de la Lumière,

Puis on supprimera la lumière.

On supprimera l'Âme
Au nom de la Raison,
Puis on supprimera la raison.

On supprimera la Charité
Au nom de la Justice,

Puis on supprimera la justice.

On supprimera l'Amour
Au nom de la Fraternité,
Puis on supprimera la fraternité.

On supprimera l'Esprit de Vérité
Au nom de l'Esprit Critique ;
Puis on supprimera l'esprit critique.

On supprimera le Sens du Mot
Au nom du Sens des mots,
Puis on supprimera le sens des mots.

On supprimera le Sublime
Au nom de l'Art,
Puis on supprimera l'art.

On supprimera les Écrits
Au nom des Commentaires,
Puis on supprimera les commentaires.

On supprimera le Saint
Au nom du Génie ;
Puis on supprimera le génie.

On supprimera le Prophète
Au nom du Poète ;
Puis on supprimera le poète.

On supprimera les Hommes du Feu
Au nom des Éclairés,
Puis on supprimera les éclairés.

On supprimera l'Esprit
Au nom de la Matière ,
Puis on supprimera la matière.

AU NOM DE RIEN ON SUPPRIMERA L'HOMME ;
ON SUPPRIMERA LE NOM DE L'HOMME ;
IL N'Y AURA PLUS DE NOM.

NOUS Y SOMMES.

Armand Robin   Les poèmes indésirables
  

 

 

 

 

 

par la freniere publié dans : Poèmes indésirables
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Samedi 13 mai 2006

Nous sommes calibrés,
millimétrés, préfabriqués.
Tout s’achète et se vend,
les rivières, les consciences,
les ordures et les gènes.
On croit tenir le monde
au bout du bras
on traîne un cimetière
dans un attaché-case.
On croit parler aux dieux
on pend la parole sans fil.

Au lieu de prendre le sentier
nous choisissons la chaise,
l’écran au lieu du ciel,
la table au lieu du pain,
la paie au lieu de la paix.
Nous préférons la peine d’amour
à la panne d’essence
et les colonnes de chiffre
au lieu des lignes de main.
Quand un enfant a soif
nous reprenons du vin
pour oublier sa voix.

L’Espagne nous ouvre ses guitares
et nous fermons la porte.
Les Haïtiens débarquent,
nous les voulons de neige.
Nous armons nos fusils
au retour des oies blanches.
Nous rejetons l’espoir
dans la poussière du cœur.
Il n’y a plus de terre promise
mais des corps à louer.
Les pleins d’essence
mettent la terre en panne.
Nous vivons à portée de fusil,
de désespoir, de bombes,
de solutions finales.
On ne protège pas le cœur
dans les abris fiscaux.

Rasés, tatoués, percés,
même les révoltés
se laissent tondre.
Au suivant disait Brel.
Nous sommes fichés, numérotés,
prêts pour les mines
et les champs de mines.
Tout le contraire du chant.
On troque le sacré
pour les machines à sous,
les voitures à dix places
et les danses à dix piasses.

Quelques pouces d’écran
nous séparent du vent
et du fumier de la vie.
Nous parlons derrière des barreaux
par peur des contagions.
Nous partageons le même pimp,
la même langue sonnante,
la langue des affaires,
la langue du mensonge
et du papier-monnaie,
celle qui calcule, qui soupèse,
celle qui fait main basse
pour faire monter les prix,
celle qui sniffe l’espérance
avec la poudre aux yeux.

Pourtant la neige tombe
sans souci des banquiers
ou des huards qui flottent.
Toutes les lignes se croisent
dans la main du métro.
Une goutte d’encre dans l’eau
dessine mon pays
et le chant des oiseaux
me donne sa parole.

Les buses avec leur tête d’oiseau
pensent plus loin que nous.
Il faut remplacer le stress
par la tristesse de Ferré,
la détresse des loups,
la prose par la poésie,
cette vieille toute échevelée,
la frime à 400 pages
par des rimes toutes simples,
sortir du dictionnaire
et faire tomber la veste.
J’écris du fond des bois
comme dans une cathédrale.
Aux banquiers qui festoient
je préfère les rats
qui grignotent le temps.

Les fleuves, les oiseaux,
les femmes traquées,
les hommes détraqués
ne veulent pas mourir.
Il faut ouvrir les stores
qui cachent la lumière,
rallumer les idées,
les rires insaisissables,
les sables insondables,
l’arôme du matin,
s’éloigner de la mort
en bateau de fortune,
réveiller les ruisseaux
et croire aux miracles.

Je ne suis pas né
en chien de fusil
du trafic des armes
ni d’une espèce sonnante,
des graines d’ordinateur
ni d’un orgasme médiatique.
Je suis né d’une femme,
du cœur d’un violoncelle,
d’une rue, d’une ville.
Je suis né de l’argile,
du silex et du feu,
de la neige et de l’herbe,
ce rien d’éternité
qui détraque les rails.


par la freniere publié dans : Poésie
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Vendredi 12 mai 2006

L’hiver en tablier

Cache des grains de blé.

Des petits pains s’amusent
Et dansent comme Charlot
Sur une assiette d’images.

Il reste un peu de neige

Rabotée par le temps.

Le lac est dans la brume
Attendant l’espérance

Sur la glace qui fond.

La souffleuse a mangé

Ma vieille boite à malle

Je vais devoir écrire

En raquettes sur la neige

Entre les pattes de loup

Et celles des lièvres.

Les bruants traduiront

Mes paroles d’amour

Sur la page du ciel.

Au passage du vent
On pourra lire mes mots

À côté des nuages.

 

 

 

par la freniere publié dans : Chienne de vie
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Vendredi 12 mai 2006

Quand nous aurons bien tué l'Irak,
Quand nous aurons pilonné hommes, femmes et enfants
Ensemble pour en faire une pâte homogène
De posthumanité,
Quand nous aurons cassé les os, bouilli le sang
Et violé tout ce qui fuit,
Mis la mouche de l'État hors d'état de nuire
À coups de pavés de l'ours dans le désert
Et prouvé notre bon droit par la victoire,
Quand nous aurons tout fini,
Écrasé, défoncé mille fois l'ennemi
Autour de son pétrole,

Il y aura comme une grâce dans l'air,
Une paix sans cri, sans murmure,
Un champ de poitrines tranquilles
Et sur toute cette mort
Nous construirons notre avenir.
Ce sera le temps de l'âme après
Les disgracieux soubresauts
Et nous attesterons en pleurant
Ta puissance, ô Seigneur !

André Brochu

par la freniere publié dans : Poésie du monde
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autres publications:
Pour en finir avec la mort, Légitime démence, 1990

La nuit des gueux, collectif, La Plume libre, 2006

Photomaton, collectif, En Ligne Éditions, 2006

Scribulations 0-1, collectif, Éditions La Madolière, 2008





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