
L’arc-en-ciel renverse sa corbeille de pluie. Une framboise parfume la langue des paroles. Un crépuscule de lavande émeut les hirondelles. Les insectes murmurent : nous sommes là, nous sommes là. L’extase des galaxies participe à la fleur, aux arbres plein de sens. Chaque matin, il faut apprendre à naître, de l’infime à l’immense, de l’homme à l’infini. Chaque oiseau dans son vol participe à l’espoir.
L’enfant dans son berceau imite l’océan. Quand je regarde un saule, j’apaise la tempête. Bien avant les oiseaux, les étoiles chantaient. L’arbre et l’homme ne font qu’un au naseau d’un chevreuil. Un cri d’enfant caresse la grosse voix des montagnes. L’arrondi des collines calme la peau du ciel. Les flammes orange des glaïeuls se mélangent au pollen. Sous le toit de la peau, les globules s’étreignent.
Tout est beau ce soir. Une farine de lune prend la forme d’un pain. Il arrive que les mots soient plus tenaces que les choses, que les feuilles d’automne survivent à la neige. On retrouve au dégel des bourgeons déjà verts. Une parole gagnée sur l’ombre fortifie l’espérance. La lumière bourgeonne sur l’écorce des ruisseaux. Une eau cachée désaltère les âmes. La rosée du matin est une pleine lune éclairant les fougères.
Quand les pierres s’endorment, tous les oiseaux chuchotent. Quand les arbres s’éveillent, le ciel prépare déjà sa bolée de soleil. La rosée s’évapore dans la tasse de l’aube. Le vent dans la forêt prend la substance des feuilles. La pluie libère les odeurs dans le poil des bêtes. Le lierre s’agrippe aux murs comme une phrase végétale.
Un peu de l’arbre vole dans l’oiseau. Un peu de pluie fermente dans la graine. Funambules sonores, mes mots pratiquent le trapèze au cirque des images.
13 mai 2006
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