Mercredi 10 mai 2006

Il n'est pire débauche que la pensée.
Livrée à ses ébats elle prolifère comme la mauvaise herbe
sur les plates-bandes des pâquerettes.

Pour ceux qui pensent, rien n'est sacré.
L’impertinence d'appeler un chat un chat,
le libertinage des analyses, l'obscénité des synthèses,
la chasse sauvage à la vérité nue,
le tripotage lubrique de questions délicates,
l'accouplement des points de vue - c'est leur marotte.

En plein jour ou à la nuit tombée
ils forment des couples, ménages à trois, petits cercles.
Peu importe le sexe et l'âge des partenaires.
Ils ont les yeux brillants et les joues empourprées.
Ici l'ami déprave l'ami.
Des filles dénaturées débauchent leur père.
Le frère pousse sa sœur à la luxure.

Pour eux, le fruit défendu
de l'arbre de la connaissance
n'a pas le même goût que la chair rose des magazines illustrés,
pornographie innocente somme toute.
Les livres qui les amusent n'ont pas d'images.
Seule diversion - une phrase particulière
soulignée du doigt ou au crayon.

Horreur des postures dans lesquelles
avec une simplicité si débridée
l'esprit parvient à engendrer l'esprit !
Même le Kama-Sutra n'en connaît pas de telles.

A ces petits rendez-vous on ne fait - que du thé.
Les gens sont assis sur des chaises et remuent les lèvres,
jambes croisées chacun pour soi.
De la sorte un pied touche le sol,
l'autre se balance librement.
De temps en temps seulement quelqu'un se lève,
va a la fenêtre
et scrute la rue
à travers les rideaux.

Wislawa Szymborska, Dans le fleuve d’Héraclite
, traduction Isabelle Macor-Filarska, Maison de la Poésie Nord/Pas de Calais, 1995

par la freniere publié dans : Prose
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Mercredi 10 mai 2006

Achète été indien

 

(Constamment l’administration cherche à racheter les terres indiennes au mépris des traités signés au XIX siècle)

Voix de l’ordinateur

Vingt-six millions, quatre cent cinquante mille, cent quatre-vingt-neufs dollars pour ces pays à l’ouest du Shoshone. Qui dit mieux ?

Voix d’homme

Est-ce un tombeau d’uranium pur qu’ils veulent nous bâtir sous les étoiles du Nevada ?

N’est-ce pas assez d’avoir tué vingt-deux nations indiennes avec leurs forts, leurs saints, leurs dieux ? N’est-ce pas assez d’étouffer nos langues, notre honneur, nos rêves ?

Leur marée de sang n’a laissé ici que ces villes perdues avec leurs baves d’argent et leurs secrets rayés.

Voix de femme

Soyez maudites pour votre avidité Ashdown et Jungo, Aura et Adélaide, Arabia et Unionville, Olinghouse et Como, Reckland et Candelaria, Reveille et Tybô, Ione et Templute, Sprucemont et Bullion !

Voix d’homme

Ils avaient pourtant signé à Ruby Valley en 1863. Mais leur désir creuse notre détresse tandis que leurs torches s’enfoncent plus avant dans les mines.

Déloyaux et vils ils ont détruit nos pins hérissés, les plus vieux arbres du monde, ils ont fait de nous un peuple de spectres et de fous, hallucinés par l’alcool, intoxiqués par leurs légendes.

Désintégrés, nous résisterons par la tendresse des fleurs du désert, par nos mesquites, par nos lacs de sel, par notre désolation.

Voix de femme

Soyez maudites Edgemont et Delano, Alpha et Victoria, Cornucopia et Osceola, Belleville et Delamar, maudites de solitude, villes possédées de nuit, prostituées endormies dans les draps de l’aube.

Voix d’homme

Acharnés depuis leurs tours de verre de New York et de Los Angeles, ils convoitent sous leurs masques et à leur mesure ce pays qui boit nos larmes comme il but jadis le sang de notre peuple.

Ils prêchent sans fatigue leur liberté, leur ordre, leur évangile de l’énergie.

Préparez-vous des rentrées supplémentaires pour vos Noëls, rois mages d’Atlanta et de San Francisco qui avez soudainement l’argent si facile.

Nous descendrons des monts, le cœur dévasté, dans le tonnerre de la colère, car nous étions un peuple voici cent cinquante ans, ô sainte Carbide, patronne des colonisateurs !

Voix de femme

Maudites soient vos villes, Johnnie et Carrara, Bullfrog et Rhyolite, Goldyke et Hannapah, Rawhide et La Panta , Seven Throughs et Gold Acres, Rio Tinto et Tenabo, villes qui gonflent dans les cauchemars, livrées aux créosotiers, aux serpents et aux vents.

Voix d’homme

Nous ne voulons pas, sous nos dents-de-lion en fleurs, de vos fusées MX à trente-trois millions de dollars pièce (prix janvier 1980), ni de vos camps, ni de vos châteaux vert-de-gris, ni de vos chevaux de frise et de vos barbelés. Celui qui porte l’argent porte la guerre. Nous refusons l’aumône de 26.450.189 dollars, calculés au prix de l’acre en 1872 – car la terre Shoshone n’est pas à vendre, césars de l’uranium, pharaons du charbon. Que l’âme de notre peuple vous soit à jamais inaccessible ! Que nos pistes conduisent vos villes dans la Vallée de la Mort , rongeurs d’or de Smoky Valley et de Ruth, affamés d’argent des mines de Tonopah et de Pioche, avaleurs de plomb, de zinc, de quartz, de gypse, connaisseurs d’uranium, gros mangeurs pour tout dire !

Voix de femme

La danse de l’atome continue depuis les bébés-soleils de Nellis !

Voix d’homme

Jamais désir ne fut si cruel et si froid !

Voix de l’ordinateur

S’ils ne mangent pas cet argent – ils n’auront rien – ces idiots – ces pestes !

Voix d’homme

Le bureau des Affaires indiennes est un cheval de Troie.

Voix de femme

Nous sommes à Shoshone depuis dix mille ans !

Voix d’homme

Nous résisterons avec nos frères de Pitt River en Californie, avec les Hopis et les Navajos de l’Arizona, avec les Mohicans d’Akwesame, avec les Iroquois du nord de l’État de New-York, avec les Sioux du Dakota du Sud qui défendent aujourd’hui les Collines Noires, demeures de leurs dieux, nous résisterons avec les Apaches, les Algonkins, les Cheyennes, avec tous les peuples indiens.

Voix de femme

Si pauvres que nous soyons, nous luttons avec les armes du bon droit !

Voix d’homme

Le secret de ces pays est à nous !

Voix de femme

Que l’été indien embrase la liberté !

Voix d’homme

Son feu est le multiple de l’homme.

 

Vincent-Marc Karénine

par la freniere publié dans : Paroles indiennes
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Mardi 9 mai 2006
ant d’épines sans fleur,
Tant d’appels sans voix,
Tant de rires sans joie,

Tant de routes sans pas,
Tant de gestes sans main,
Tant d’habits sans personne,

Tant de rivières sans rive,
Tant de lits sans galet,
Tant d’homme sans amour,

Je cherche un bout de pain
Qui ne soit pas à vendre,
Une porte s’ouvrant
Sur une poignée de main.
par la freniere publié dans : Chienne de vie
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Mardi 9 mai 2006

Peu importe aux oiseaux le regard des statues. La pointe d’un roseau découpe la rosée. Je n’écoute pas l’argent des riches. Je vis mon cœur au-dessus de mes forces. Je n’ai jamais tourné le dos mais le voilà qui marche devant moi. Il a la taille de l’enfant que je voulais rester. La pluie mélange les couleurs, les odeurs et les sons. J’entends le bruit de l’eau dans le regard des fleurs.

J’ai récité le nom des chiens, des oiseaux, des étoiles mais je n’ai pas connu la mer. Mon enfance a les traits d’une rivière à barbottes, d’une colline incurvée comme une plante de pied, d’un grand champ de maïs aux barbes de vieillards. J’ai connu des fous rires sous l’aisselle d’un clocher, des mille-pattes grattant le torse des statues, des retailles d’hostie au goût de pain léger mais je n’ai pas rencontré Dieu. J’ai même connu la mort sans voir la lumière.

J’ai connu les galets qui ricochent dans l’eau, la folle avoine de l’aube, les mille petits riens, les hommes à la plaine, les femmes à la peine, leurs larmes à tête d’épines mais je n’ai pas trouvé l’espoir sur le comptoir des banques. J’ai compris les insectes, les fougères et les cendres mais je n’ai rien appris dans les murs d’une école. J’ai crevé les ballons, les chimères, le placenta du ciel mais je n’ai pas tissé le temps avec l’aiguille des horaires. J’ai recousu les routes avec mes pieds nus. J’ai déclaré la haine à toutes les frontières mais j’ai passé l’amour en fraude.

Je t’apporte mes mains qui n’attendaient que toi. Je te déclare la vie, la tendresse, l’amour. Je te déclare la lumière dans les greniers de l’ombre. J’ouvre mon cœur comme une paupière et ton visage m’éblouit. Qu’importe que la pluie ne change pas la mer si nos vagues s’emmêlent. Si je n’ai plus de mots, je te donnerai les lettres, les voyelles, les couleurs. Je te donnerai ma peau pour imprimer ta main. Je te donnerai la pluie cicatrisant la terre, la vérité du bois dans le craquement des poutres, la saveur des fraises amadouant les ronces.

Mes yeux ne voient pas mes yeux mais je les vois par toi. Tu recueilles ma force comme on le fait de l’eau. Je reçois ta lumière. Je te donne ma voix pour ne plus qu’elle se perde. Je t’écris sur une tranche de pain, sur le bord d’un lit, dans l’eau bleu des ruisseaux, sur la pente des toits, sur les gouttières aveugles déversant la lumière. Je t’écris sur mon loup et même sur une page arrachée d’un cahier. Je t’écris à tue-tête, à tue-cœur, à tue-mot. Je t’écris dans mes veines avec le pouls du coeur, le sable d’un chenal, le méplat des labours. J’ai l’âge de ma première dent, mon premier cri, mon premier mot. Je suis né lorsque tu es venue te blottir contre moi. Les mots je t’aime entre tes lèvres sont une source pure.

Je ne vis plus à côté de mon corps. Allongé contre toi, je me tiens debout, le cœur plus près des lèvres, la tête dans le ventre et les yeux dans les mains. Ta lampe brille à chaque étage de la nuit. Elle monte toujours plus haut. Un sablier de pluie arrose les secondes. Nous nageons dans un temps liquide comme des atomes fous, des oronges en prière, des abeilles suçant le pollen solaire, des insectes fécondant l’humus et libérant l’odeur. Tu es la braise du regard sous mes paupières gonflées de neige, le sourire des fleurs dans mon pommier bourru, le sang qui rêve, la chair qui chante et l’air que soulève le tremplin d’un oiseau. Je saisis tes caresses comme une poignée d’eau qui n’en finit jamais de déverser son or.

J’ai marché longtemps sans savoir où aller. J’ai erré dans les mots sans leur trouver de sens. J’ai croisé sur mes vagues une terre en gésine. Il y a deux collines. Mes mains en sont le ciel. Il y a une grotte accueillant ma semence. Les pommes sont des lettres d’amour. Les pommiers sont des postiers aux bras musclés de rêve. La pomme de l’éden était la chair des mots. Il a suffit d’un feu pour traverser le noir, d’un cri pour apprendre à parler, d’une main sur le cœur pour préparer l’étreinte, d’une seule caresse pour inventer l’amour. L’océan grandit sans augmenter ses vagues ni sa crinière salée. L’amour s’agrandit de ce qu’il rend plus vaste. Tout flotte librement, de la patience des racines aux rafales du vent.

Je me suis perdu trop longtemps. Je ne savais pas que je cherchais ta voix. Je refais ma route peau à peau à travers tes caresses. J’écoute le berger dans la laine des moutons. J’ai choisi la beauté, les mots d’enfant, la bête idiote de l’espoir, la lucarne au milieu des aveugles. Je saisis le grain de sable sous les doigts pour comprendre le monde. J’écoute l'hirondelle des sables qui guette les marées. Le sable résonne dans ma tête tout autant que les vagues. Aucun soleil ne voit son ombre. Je vois partout à travers toi.

Tes doigts courent sur ma peau, en larmes ou en fleurs. Le même fond des choses nous sert de racines. Le même ciel nous guide. Nos pas sur le sol ajoutent au son des blés, au silence des pierres, aux cailloux dans la voix. Je sens la sève sous l’écorce, les sources sous la neige, la saveur du soleil au bout de l’horizon. Je réapprends la vie. J’apprends tout avec toi, la fleur d’amandier, le revers des choses, le sens métaphysique des choses, la parole des anges.

Tu es le pain pour moi, le vin et le levain. J’ai les mains chaudes d’un boulanger, l’angoisse d’un ruisseau qui aperçoit la mer, la tendresse d’un loup qui renifle la louve. Un jour ou l’autre, les vignes paysannes s’emmêlent aux houles maritimes. Nous nous comprenons à demi-mots, demi-caresses, à toute tendresse. Tu es la nuit qui chante dans les nuits qui croassent, la clef de sol parmi les nuits qui feulent, une lumière sans morsure, un feu qui ne laisse pas de cendres et ne s’éteint jamais.

Lorsque j’étais sur le point de faner, tu as noté pour moi l’adresse du jardinier dans le carnet des fleurs. Sans vraiment nous connaître, nous nous parlions déjà. Je collais des étoiles sur la carte du Tendre. Je ne sais pas les noms des rois, la vitesse des vagues, le poids des étoiles mais je sens tes caresses à des milliers de kilomètres. Je ne sais pas compter mais je sais l’infini, tes collines sauteuses, tes bras de pluie, tes yeux de mer, le goût des mangues à la naissance de tes jambes, l’odeur du soleil sur une plage rousse, la paupière du cœur ouverte sur la vie. J’accompagne à l’oreille ta rivière souterraine. C’est pour toi que je vis au-dessus de mes forces. C’est pour toi que je parle bien au-delà des mots.

J’ai ton nom dans mon nom disséminé partout. Je l’ai constamment tatouée sous la peau, sur la ligne des arbres et la fenêtre ouverte. Chaque goutte de pluie prend la forme de ton corps. Tu m’enserres partout. Nous nous aimons comme l’herbe et la pluie. Le temps n’est que nos mots agrandissant l’espace. Nous sommes contemporains de l’amour. Nous sommes infinis. Je n’écris pas je t’aime, je le fais. La vie se perd, la vie s’en va mais chaque jour qu’on aime est comme un premier jour.

 

 

 

par la freniere publié dans : Prose
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Mardi 9 mai 2006

Les pas des mots sur la page qu'on prend pour des chiures de mouche, les passagers clandestins qui cherchent une terre d'accueil et finissent en cabane, le passage des oies blanches qui ponctue les saisons mieux qu'un calendrier, les traces d'un passage qu'on laisse sur la route (et oui les miettes et autres récurrences), les passages qu'on souligne dans un livre, le passage des ans qui féconde les rides, le passage du Gulf Stream où les courants sont chauds, celui du Cap Horn où les voiliers démâtent, le passage du vent sur les braises encore chaudes...

Le passage des canyons sur les sandales du vent du temps où les bêtes comprenaient notre langue, le passage des Bédouins, les caravanes inconnues sur les sables nomades, le passage de l'ombre à la lumière, de la sève à la feuille, la graine qui s'éclate jusqu'à la conséquence du fruit...

Les notes de passage qui ne servent à rien et ne sont qu'une chaîne (à proscrire), si loin que porte le regard le passage d'un oiseau qu'efface l'infini, les passions, les peurs, un petit pas de plus, la forme que prennent les voyelles en passant d'une langue à l'autre, les passages à gué, la présence du ciel dans une goutte de pluie, du désespoir à l'espoir les nœuds qui se délient, les pierres qui se délitent, les yeux qui s'ouvrent et les mains d'un bébé découvrant l'horizon, le fleuve d'Héraclite visité par les mots, la vie qui bat jusqu'à la mort et peut-être au-delà...

La moitié du chemin qui rapaille ses pas pour un dernier élan, le passage des trains dans le regard des vaches, les rendez-vous manqués qui s'ouvrent une gare, le passage des poissons dans l'eau bleue d'un regard, les mésanges en hiver, les foins zygomatiques dans le chant des prairies, les mots qui visitent la pierre, la goutte d'eau, la plus petite feuille, le passage des couleurs de la phrase au doigté, celui du rire aux larmes, de la pensée au geste, de la porte au grand air, la très belle épouvante et ses chevals de feu, la course de la biche dans la forêt des mots, la traversée de Brocéliande, des dictionnaires entiers de phrases qui attendent dans une seule goutte d'encre...

Les passages à vide, les épaves sur l'eau, le passage des vagues entre le fond du fleuve et les rives qui fuient, les astres migratoires, cette flamme vaincue par sa propre chaleur, et l'autre qui résiste malgré le vent du nord, je cherche le passage bien plus haut que la vie, celui que l'on franchit avec des petites choses plus grandes que leur tout, l'autre côté de la mort, la petite fêlure sous le revers des mots, la cicatrice ouverte à même le couteau…

La grande marche sans Mao, les escaliers de secours, les barreaux de l'espoir sur l'échelle d'un bas, une seule maille au filet, le passage des doigts sur la peau du tambour, les cordes d'une guitare, les cheveux du printemps, tout se passe toujours autrement que prévu, seuls les passages restent les mêmes qu'on les prenne à l'envers ou dans le sens du temps, pour les grandes questions j'ai des petites réponses et des mots pathétiques pour taire le malheur, le passage du silex à l'âge du plastique, de l'étrange à la norme, on emporte toujours un secret dans sa tombe, où donc vont les choses qu'on ne regarde plus, grimacent-elles dans notre dos, une chaise quittée fait craquer notre absence et l'on croit aux fantômes, l'abîme nous entoure, on ne peut y tomber, les années passent et nous restons à peine plus vivants que dans l'eau matricielle...

Passage en trombe, passage de travers, passage des glaciers, passage des torrents dans les ravins abrupts, traverse d'animaux, transhumance, passage d'écoliers aux rêves en bobèche. Le passage du feu d'une tribu à l'autre a forcé l'animal à prendre la parole. Il faut beaucoup d'espoir pour traverser l'hiver. Le passage des saisons. Le passage des gestes par la porte des mains. Le passage des abeilles dans les jardins secrets. Demande à l'arc-en-ciel ce qu'il attend de toi. Le soleil a fini par se prendre pour l'ombre.

Le passage des Perséides n'éclaire pas le ciel mais l'intérieur des yeux. Le passage des mots de la prose au poème ne change rien au conseil des ministres, à la mode, à la crise des valeurs mais le seul passage d'un amibe a créé l'univers. Des cœurs battent dans les oeufs, des images apparaissent où il n'y avait rien, tant de mots se bousculent sans connaître la langue. Il a suffi de rien pour faire un monde et l'homme voudrait tout pour aimer. Ce sont les mêmes mains qui protègent la tête chez le singe ou chez l'homme mais chez l'homme la pointure des souliers a remplacé le pas, l'épaisseur du porte-feuille la légèreté de l'âme. Le ronflement des machines lui sert de pensée. De temps à autre seulement quelqu'un se lève et pisse dans le vent.

Le monde n'est jamais prêt pour la naissance d'un enfant. Ceux qui arrivent les mains vides ont tout le reste à donner. Oh oui pour les passeurs de mots, les passeurs de rêves ! Il faut passer le mot. Il faut passer le rêve par le trou d'une aiguille.

À l'école de la nuit les étoiles s'allument pour le passage d'Andromède. Ceux qui s'aiment, ceux qui souffrent, ceux qui répondent aux arbres et parlent aux oiseaux sont comme des enfants dans un cocon stellaire.

Le bleu sur la mer est le passage des vagues, le rouge dans les veines celui du cœur, le noir sur la neige celui des pas. Le brun et l'or dans les feuilles est le passage du temps et leurs mouvements celui du vent. Le jaune sur le ciel est le passage des étoiles. La couleur du silence est le passage de l'absence. Toute la vie le désir m'a porté.

L'indéchiffrable sourire des montagnes laisse passer des larmes, ruisseaux, ravins, torrents et quelques oiseaux d'eau qui arrosent la plaine. Même en rêve, on n'a pas encore entrevu toutes les dimensions du possible. Les lignes de la main s'échappent à la recherche du bonheur. On en retrouve des bribes dans les toiles d'araignée, les tricots écossais, les jardins de Lurçat. La seule limite de l'homme, c'est l'homme. Il faut sans cesse ouvrir le passage.

 

 

 

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