Les arbres boudent quand l’homme les regarde. Ils ne s’habituent pas au carnage des fleurs. Ils gardent leurs secrets du côté de l’écorce. Les bêtes aussi bougonnent devant les abattoirs. Écartelées sur des écrans, les images ont épuisé leur sens. Je dois recoudre un à un les mots de la tendresse, redémarrer le cœur à chaque bruit de bombe. Je dois trouver la clef à chaque porte close, nourrir le coucou d’un battement d’horloge. Chacun cherche une main pour remplacer la sienne. Les narcisses s’inclinent sur des images aveugles.
J’écoute ce que dit la forêt. Je corrige quelques feuilles sur la dictée des arbres. Je donne ma parole au silence des pierres. Le manteau des nuages s’égoutte sur le sol. Le cheval de l’eau piétine les ruisseaux. La terre nous écoute d’une oreille profonde mais nous restons muets. Les chiffres ont remplacé les mots. Nous n’avons plus de nom mais le masque des foules. La musique des yeux se perd dans le bruit.
Les passants n’écoutent plus la vie mais les dernières nouvelles. Les morts sont moins morts à la télévision. Les guerres sont plus loin. Le sang n’a pas d’odeur. Ma vie est un départ qui n’a jamais eu lieu, une question mal posée. Mes pas résonnent dans un sac trop vide. Mes os craquent de peur dans leur tiroir de chair. Je suis comme un enfant qui perd le sommeil au milieu de son rêve. Il voudrait tant savoir ce que c’est que la nuit.
Je trace sur la page l’ombre d’encre des mots. Je traque l’alphabet dans un couloir d’échos. Le chant des oiseaux niche à l’oreille du vent. Quand je regarde l’eau, les yeux d’un dinosaure me fixent quelque fois. La soif cherche encore le souffle du big-bang. Qu’avons-nous fait pour être là ? Les arbres comme nous ignorent-ils qui ils sont ? Sur la chemise de l’été, les abeilles recousent les boutons d’or avec le fil du pollen. Je cherche dans le feu le secret de la source.
J’écris avec ce que j’ignore, ce que je ne vois pas, ce que je sais, ce que je vois. Je cherche ce qui manque dans ce qui est déjà. J’écris avec la mort tout autant que la vie, le désespoir des mains, l’espérance des gestes, les caresses invisibles et les électrons libres dans l’écart des choses. Je cherche l’éternité dans le fouillis des heures, ce qui reste de ciel dans le regard des taupes, ce qui monte du vide et redevient rempli. J’écris en rêvant pour libérer les mots de la grammaire du temps. Je cherche la lumière dans la nuit sans réponse. Au point où tout finit, quelque chose d’autre commence.
21 avril 2006
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’automne est froid
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