Toute soif de pouvoir, cet appétit de posséder, n'est qu'un désir parcimonieux. Elle ne veut que l'habit, pas la vie qui l'habite. Un rêve trop étroit n'est jamais qu'un carcan. Un papillon s'étouffe dans un poing trop serré. La parole est un animal. Quand elle cesse d'être un loup dans la forêt des hommes, elle devrait se taire. La parole est un arbre. Tout n'est jamais perdu. Ce que nous voulons dans la vie doit sûrement être là. Ce que nous disons. Ce que nous aimons. L'empêchement d'aimer n'abolit pas l'amour mais le rend nécessaire. Dans la vie, ce ne sont pas les évènements qui comptent mais les sentiments. Je n'écoute jamais les bulletins de nouvelles. J'attends les commentaires des oiseaux. Je syntonise les étoiles. Nous sommes tous les pétales d'une fleur absolue.
Certains naissent d'un regard. Ils passent toute leur vie à regarder. D'autres naissent d'un coup de poing. Les genoux en sang, les jambes flageolantes, ils essaient sans cesse de se relever. Les morts sont bien plus que des anciens vivants. Ce que l'on dit n'est jamais ce qu'on dit. C'est autre chose qu'on entend. Ce que l'on fait n'est jamais ce qu'on veut. L'infini est toujours à venir. J'accroche un sourire sur la figure du sommeil, l'ombre d'un rêve dans l'éclat de ses yeux. On ne sait pas voir. On ne sait pas parler. On se tait. On croit dire le monde alors qu'il nous tait. Tout bouge avec la pensée. Tout est mobile. Il arrive que la nuit s'habille en blanc, que les pas continuent quand la route s'arrête. Quelque chose manque toujours. Il doit y avoir quelque part un endroit trop petit pour tout ce qu'il contient, les caresses oubliées, les mots tus, les promesses perdues. Je plie mon cœur en quatre pour ne pas qu'il explose. Les mots ne disent jamais tout ou bien ils disent trop. Ils laissent des cheveux sur la soupe, des bouts de bois sur la route, des poils sur la langue, des voyelles muettes. À force de regarder dehors, on n'est plus dans son corps mais dans le paysage.
Où allons-nous ? Le monde se soucie de sa dernière chemise mais il oublie sa première dent. De magazine en magasin, la mode ne sera toujours qu'une camisole de force. Trop d'idées noires encombrent le dessous de ma casquette. J'ai un poids sur le dos, un trou dans le cœur, trop de rides sur l'âme, un galet sur la langue. Je suis le vieil homme et l'enfant, une minuscule faille dans l'écorce des jours. Pour supporter l'instant, j'ai besoin d'absolu. Je mêle du Bobin aux lignes de Cioran et mêle Guillevic avec Autin-Grenier. Sur les chemins de boue, j'allège mes souliers d'un air de Mozart. Il y a des jours où ma tête est aussi transparente que l'air. La nuit déverse des pelletées d'images dans un trou du cerveau. Une troupe de voyelles a déserté la guerre. Elles reviennent affamées au sexe de la terre. Je les accueille sur ma page d'un grand cru d'encre noire. Sans amour, le monde s'éteindrait. Il n'y aurait plus d'étoiles mais des néons. Il n'y aurait plus de soif, plus de faim. Sans amour, tout ne serait que vanité. Le moindre pas d'insecte, le moindre vol d'oiseau, le moindre cri de bête nous apprend la vie mais l'essentiel nous échappe. Face à la mort, nous sommes démunis.
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