Vendredi 22 février 2008


Il y a des hommes sur la terre qui se demandent où aller.

Il y a toujours des enfants qui rient, des enfants qui pleurent,

des femmes qui ont faim, des hommes qui ont soif.

Il y a des hommes qui crèvent la baudruche des rêves.

Il y a des marionnettes qui ne tiennent qu’à un fil,

des répondeurs pour les appels solitaires,

des caravanes perdues qui cherchent le désert.

Il y a des voyageurs qui ne partent jamais,

des banquiers prédateurs qui volent à notre secours

des laissés pour compte sans un dernier recours.

Il y a toujours des morts à l’appel du drapeau,

des hommes innocents derrière les barreaux,

des milliards d'otages sous les courbettes du fric,

des hommes déracinés sur la carte du monde.

Il y a des vraies larmes sous le masque d’un voile,

des blessures cachées derrière les apparences,

des doigts trop courts pour la grande main du pain.

Il y a des emmurés dans leurs propres ténèbres,

des rêves d’aventure que le salaire étouffe.

Il y a des hommes sur la terre en quête d’une source

qui ne soit pas un Dieu, un pays, un veau d’or.

Il y a des hommes sur la terre qui se demandent quoi semer.

Il y a des hommes aussi qui ne demandent qu’à s’aimer.


par la freniere publié dans : Poésie
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Mercredi 20 février 2008

J’écris pour l’inconnu

qu’on heurte dans la rue.

Au seuil de l’horizon
j’ai rompu les amarres,
remis le miel aux fleurs,
l’idée hors de sa cage
et l’oiseau dans son œuf.

Mon cœur tapi dans un cahier
bat d’un sang d’encre bleue.
Les lettres du mot pain
laissent des miettes de faim
sur la blancheur des pages.
Le mot couteau courbe sa lame
sur le ventre du c.
La table des matières
laisse entrevoir ses rides.

Dans les moments de joie
il faut de la tristesse
pour y croire vraiment.
La fin d’une caresse
est le début d’une autre
de plus en plus intime.

Je laisse une livre ouvert
su hasard des pages,
le signet d’un sourire
griffonné d’absolu,
une poignée de graines
pour les semeurs à venir.

À la rencontre des secondes
j’y cherche l’infini.




par la freniere publié dans : Poésie
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Mercredi 20 février 2008

(…)

Après tant de mots lus, après tant de mots dits,
sous ma peau de vieil homme je ne suis qu’une ébauche.
Nous ne vivons jamais que le temps qu’un feu brûle,
que l’été d’un bourgeon dans l’arbre qui le porte.
Dans l’espace ou le temps ne serais-je toujours
que l’homme qu’on conduit à son propre silence,
que celui qu’on convie à la noce des autres,
l’amant qu’on éconduit de sa propre parole?
Ce ne seront ces mots que des ombres de plus
sur la page où s’enfuit ce qui reste à écrire.
Ce ne seront ces phrases que des mains sans caresse
où s’engloutit le chant d’être à soi sa clôture.
Ce ne seront ces pages que le reflet des choses
dans les yeux d’un aveugle,
un poème sans fin que rature le temps.
J’habite ma peau nue comme un habit d’emprunt
et mes amours anciennes me servent de béquilles.
Séparé de chacun par ma propre parole
je resterai l’absent sur les photos de famille
plus longtemps que les yeux ne le verront jamais.
Séparé des objets par les mots qui les nomment
je m’éloigne de moi comme un fruit de sa fleur
qu’on ne peut plus cueillir sans en blesser le cœur.
Je me perds à chercher la durée dans les mots.
Le mot fleur se fane sans même laisser d’odeur
et le mot fruit pourrit sans connaître la faim.
Le mot fin se termine avant que de s’écrire.
Me restent dans la gorge le hoquet de mes rimes
et ce roman d’amour que je n’ai pas fini.
(…)


par la freniere publié dans : Poésie
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Mercredi 20 février 2008


Quand la terre monte en neige
le fleuve des oiseaux
ralentit son allure.

Les images respirent
par la buée des mots.

S’il n’y a plus de feuilles
aux branches de l’espoir
il reste la lumière.



par la freniere publié dans : Poésie
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Vendredi 15 février 2008

Un poème sans début
sans drapeau sans patrie
un poème sans habit
un poème sans montre
sans images à montrer
un poème sans maître
un poème sans maison
sans raison sans un sou
un poème parmi d'autres
ni plus haut ni plus bas
un poème sans porte
sans escalier de secours
un poème sans toit
un poème sans murs
un poème sans moi
sans foule sans personne
un poème sans terre
un poème sans ciel
un poème sans pont
sans rivière sans eau
un poème sans nom
un poème sans fin
un poème sans but.




 
par la freniere publié dans : Poésie
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autres publications:
Pour en finir avec la mort, Légitime démence, 1990

La nuit des gueux, collectif, La Plume libre, 2006

Photomaton, collectif, En Ligne Éditions, 2006

 

 

 

 

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