Mercredi 23 janvier 2008

desjard.gifRichard Desjardins voit le jour le 16 mars 1948 à Noranda (aujourd’hui Rouyn-Noranda), petite municipalité située au cœur de la région de l’Abitibi-Témiscamingue. Sa première rencontre avec la musique a lieu grâce à sa mère, laquelle l’initie au piano avant même qu’il ne commence à fréquenter l’école. Dès l’âge de 16 ans le jeune pianiste accompagne Roger, son frère aîné, qui se produit dans les boîtes à chansons de la région. Il fait ensuite partie de divers orchestres, tout en travaillant comme scripteur publicitaire à la station radiophonique Radio-Nord.

À l’âge de 27 ans il fonde, avec quatre amis musiciens, un groupe country-rock du nom d’Abbittibbi, qui évolue principalement sur les scènes des hôtels du nord de l’Ontario en interprétant les chansons du hit-parade anglophone, de même que quelques pièces de langue française écrites et composées par Desjardins. Faute d’argent la galère des compères ne dure cependant que quelques mois… puis le groupe se sépare.

En 1976 Richard Desjardins déménage à Montréal, suivi peu après par ses comparses d’Abbittibbi… tant et si bien que le groupe renaît peu à peu de ses cendres. Abbittibbi ne se produit alors que sporadiquement dans les boîtes de nuit, pour n’en récolter que des cachets de misère. Qu’à cela ne tienne le groupe parvient à lancer un premier album intitulé Boom Town Café, qui se vend passablement bien… jusqu’à ce que le groupe se sépare à nouveau à la suite de divers problèmes vécus avec leur compagnie de disques.

Desjardins décide alors de faire cavalier seul et mijote un album de facture poétique et classique, un album où les mots prendraient leur envol à même les notes d’un piano. L’auteur, compositeur et interprète ne brusque rien et se retrouve ainsi, quelques années plus tard, avec un florilège de nouvelles chansons qu’il prend plaisir à interpréter dans les bars, les cafés ou les petites salles de spectacles, accompagné de son piano électrique. L’album Les derniers humains est enfin lancé en 1987 et tous les exemplaires de cette première création s’envolent rapidement, si bien que Desjardins se remet vite à la composition de nouvelles pièces en vue d’un second album. Enregistré à la Chapelle historique du Bon-Pasteur, à Montréal, Tu m’aimes-tu voit le jour en 1990. Dans le dessein de commercialiser son produit, Richard Desjardins cogne alors aux portes de tous les producteurs montréalais. Partout, la réponse s’avère négative. Force est d’admettre que ces producteurs ont manqué de flair, Tu m’aimes-tu s’étant écoulé à plus de 125 000 exemplaires à ce jour…

L’année 1990 marque un point tournant dans la carrière de Richard Desjardins. Invité en première partie du spectacle de Stephan Eicher au Festival d’été de Québec, le 11 juillet de cette même année, il subjugue la foule qui en redemande. À la même époque, le film Le Party (de Pierre Falardeau), dont il avait composé la musique, connaît un succès retentissant. Le Festival d’été de Québec lui décerne, cette année-là, le Prix miroir de la chanson francophone, tandis que ses pairs reconnaissent enfin son talent en lui remettant, au gala de l’ADISQ 1991, les Félix « Auteur-compositeur de l’année » et « Album populaire de l’année ».

Cet enviable succès trouve également écho outre-Atlantique. Le programmateur du Théâtre de la Ville, à Paris, l’engage en effet dans son prestigieux théâtre et Desjardins évolue ainsi devant le tout-Paris trois soirées durant. Cette première apparition en sol français n’est que la première d’une longue série, Richard Desjardins s’offrant par la suite, entre autres, le Bataclan (l’équivalent du Spectrum de Montréal) pas moins d’une douzaine de fois. À l’issue de sa tournée québécoise de 1993 il lance Richard Desjardins au Club Soda, un album enregistré devant public et comprenant plusieurs nouvelles chansons, quelques monologues, de même que certains titres datant de l’époque d’Abbittibbi.

Après avoir présenté son spectacle solo à quelque 450 reprises au Québec, en France, en Suisse et en Belgique, Desjardins effectue un retour aux sources en renouant avec ses compères d’Abbittibbi, avec qui il produit Chaude était la nuit, un album fort attendu. S’ensuit une tournée qui prouve à son instigateur qu’il avait eu raison d’y croire, cette réunion des vieux copains se voulant en quelque sorte un passage obligé avant de passer à une autre étape. Cette belle aventure a également été immortalisée sur disque avec l’album Abbittibbi live, enregistré au Vieux Clocher de Magog.

Avec son ami Robert Monderie il décide ensuite de s’attaquer au problème de la déforestation, en menant une large enquête dont les résultats seront présentés sous forme de documentaire. Le film-choc L’erreur boréale est diffusé quatre ans plus tard, suscitant maints questionnements auprès des décideurs et mettant par le fait même en lumière la situation critique de la forêt québécoise. Tout en consacrant temps et énergie à la réalisation de L’erreur boréale, Desjardins n’en délaisse pas moins sa carrière d’auteur, compositeur et interprète alors qu’il lance, en 1998, un troisième album solo (studio) intitulé Boom Boom. S’ensuit une tournée québécoise qui s’échelonnera sur près de deux ans.

À compter de l’année 2000 Richard Desjardins s'installe en France à demeure pour un an, période au cours de laquelle il donne régulièrement des spectacles un peu partout en province. De retour au pays en 2001 il part en tournée en région avec, comme seuls accompagnateurs sur scène, sa guitare et ses mots implacables. La tournée Desjardins et sa guétard le mène dans une cinquantaine de petites villes, de même qu’il mijote pendant ce temps les chansons d’un nouvel album ayant pour titre Kanasuta, son huitième album. Kanasuta, ou « Là où les diables vont danser », tient son nom d’une forêt de sa région natale épargnée à la suite de démarches entamées par l'Action boréale, organisme qu’il a contribué à fonder et qui a pour mission de surveiller l'évolution du dossier de nos forêts.

Fin septembre 2003 Kanasuta est mis en marché, au moment même où se déroule, à Québec, le XIIe Congrès forestier mondial annuel. La tournée du même nom s’est mise en branle le 27 février 2004, tournée qui s’est arrêtée dans plusieurs villes à travers toute la province et qui est appelée à continuer son chemin vers de nouveaux horizons… À écouter, davantage qu’à entendre…

Dominique Nadeau

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Discographie
Albums
Albums live
Participations
DVD
Compilations
Bandes sonores [modifier]
Filmographie
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Akinisi

" C'est quand même incroyable qu'on soit encore vivants
à cent mille sous zéro et depuis cent mille ans.
Peu importe comment le décor te programme,
c'est toujours les tropiques quand tu aimes une femme.

" Tout commença quand ils se sont perdus un jour ;
le traîneau de secours s'est perdu à son tour.
Le caribou couché dans la gueule du loup
j'ai pris de vieilles étoiles pour me faire un igloo. "

Dans la toundra
Sursum corda.

Pourquoi Alashuack me parle-t-il ainsi,
tourisme de nylon, aliène que je suis ?
Dans un ciel éclaté aux bouches des cratères
je me demande si nous sommes encore sur terre.

" J'ai bel et bien perdu la trace, me dit-il,
ne tentons pas la panique, c'est inutile.
Je suis une légende et toi t'es une affaire,
j'te donne l'éternité et tu me donnes une bière.

Dans la toundra
y a des bons gars.

Le petit point là-bas, qu'est-ce que c'est, qu'est-ce que c'est ?
Un trou dans la glace ? Un loup dans ma trace ?
Ici, c'est comme ailleurs, c'est comme la mémoire,
tout ce qui s'éloigne prend la couleur du noir.

Un météore blasé, un casino viking ?
Une armée en déroute, quelqu'un qui nous fait signe ?
Ton ennemi juré qui te voit dans sa mire
ou l'homme de pierre t'épargnant le pire ?

Dans la toundra
tu ne sais pas.

Peut-être le beau temps découvrant la rocaille,
des animaux masqués en smoking funérailles.
La pauvre kipaluk accouplée à son chien,
ils auront les yeux bleus, des dollars plein les mains.

La carcasse de l'avion, le pilote aux yeux fixes ;
la cargaison d'alcool de l'hiver de trente-six,
ils l'ont toute bue pendant que les bêtes passaient.
Rappelle-toi, petit, la mort n'arrive jamais

Dans la toundra
'est déjà là.

Akinisi, aussi, je crois que je l'attends.
Elle est passée comme une outarde au printemps.
Si tu savais combien d'années il a fallu
pour qu'elle vienne sur ma couche toute nue.

Elle est sourde et muette et secouée de transes,
elle s'en fut se marier à un mur de silence.
J'entends parfois la nuit sa prière électrique.
Quel oiseau de malheur, ô quel chant magnétique.

Dans la toundra
Kamasutra.

Vous autres, vous dites que le monde est petit ;
jamais pourtant je n'ai revu Akinisi.
Le petit point là-bas, c'est peut-être le chasseur
qui pose son fusil, le soir, près de son cœur.

S'il ramène de la viande il aura de la peau
et encore des enfants pour manger le troupeau
qui s'en va, qui s'en va, qui s'en va.
Akinisi, viens ici, dans mes bras !

C'est quand même incroyable qu'on soit encore vivants
à cent mille sous zéro et depuis cent mille ans.
Peu importe comment le décor te programme,
c'est toujours les tropiques quand tu aimes une femme.

J'ai la trajectoire, la tension et la cible.
Mon rêve a le métal des armes inadmissibles.
Je mangerai les dieux tombés à mes côtés
et je ne plierai que devant la beauté.

Je sens déjà rouler le frisson sur ma nuque,
mon âme s'envoler dans un blizzard de sucre.
Je savoure mon thé et je ferme les yeux.
Mourir de froid, c'est beau, c'est long, c'est délicieux.

Je me perdrai encore et encore, tant que
je n'aurai pas trouvé cet être qui me manque.
Pour célébrer cela, tu vas faire quelque chose ;
en arrivant au sud, tu m'envoies une rose.

Dans la toundra
ou au-delà. "

 
Les Yankees

La nuit dormait dans son verseau,
les chèvres buvaient au rio
nous allions au hasard,
et nous vivions encore plus fort
malgré le frette et les barbares.

Nous savions qu'un jour ils viendraient,
à grands coups d'axes, à coups de taxes
nous traverser le corps de bord en bord,
nous les derniers humains de la terre .

Le vieux Achille a dit:
"À soir c'est un peu trop tranquille .
Amis, laissez-moi faire le guet.
Allez! Dormez en paix!"

Ce n'est pas le bruit du tonnerre
ni la rumeur de la rivière
mais le galop
de milliers de chevaux en course
dans l'œil du guetteur.

Et tout ce monde sous la toile
qui dort dans la profondeur:
"Réveillez-vous!
V'là les Yankees, v'là les Yankees
Easy come, Wisigoths,
V'là les Gringos!

Ils traversèrent la clairière
et disposèrent leurs jouets de fer .
L'un d'entre eux loadé de guns
s'avance et pogne
le mégaphone.

"Nous venons de la part du Big Control,
son laser vibre dans le pôle,
nous avons tout tout tout conquis
jusqu'à la glace des galaxies

Le président m'a commandé
de pacifier le monde entier
Nous venons en amis .

Maint'nant assez de discussion
et signez-moi la reddition
car bien avant la nuit,
nous regagnons la Virginie!"

V'là les Yankees, v'là les Yankees
Easy come, Wisigoths,
V'là les Gringos!

"Alors je compte jusqu'à trois
et toutes vos filles pour nos soldats
Le grain, le chien et l'uranium,
l'opium et le chant de l'ancien,
tout désormais nous appartient
et pour que tous aient bien compris,
je compterai deux fois
et pour les news d'la CNN:
Tell me my friend,
qui est le chef ici?
Et qu'il se lève!
Et le soleil se leva.

Hey Gringo! Escucha me, Gringo!
Nous avons traversé des continents,
des océans sans fin
sur des radeaux tressés de rêves
et nous voici devant vivants, fils de soleil éblouissant
la vie dans le reflet d'un glaive

America, America.
Ton dragon fou s'ennuie
amène-le que je l'achève.
Caligula, ses légionnaires,
ton président, ses millionnaires
sont pendus au bout de nos lèvres.

Gringo! t'auras rien de nous
De ma mémoire de titan,
mémoire de 'tit enfant:
Ça fait longtemps que je t'attends.
Gringo! Va-t-en! Va-t-en
Allez Gringo! Que Dieu te blesse!

La nuit dormait dans son verseau,
les chèvres buvaient au rio,
nous allions au hasard
et nous vivions encore plus fort
malgré le frette et les barbares.

 
Y va toujours y avoir

J'connais pas l'nom des étoiles dans le ciel,
Ni des rivières, ni des oiseaux.
Honte à moi, trop souvent j'connais pas l'chemin
qu'y m'faudrait prendre pour être content.
J'connais pas la couleur d'un bill de vingt.
J'connais même pas le nom de mon voisin.
J'connais rien.

Mais y va toujours y avoir
d'la neige au mois d'janvier.
Y va toujours y avoir un feu de forêt
Dans l'temps des bleuets.
Toujours y avoir du vent su'l' St-Laurent.
Tu peux pas changer ça.
Chante-moi pas.

Mais y va toujours y avoir
De l'eau dedans mon vin,
'vas-tu toujours y avoir
que'qu'chose en moins
quand tout c'que t'as c't'une tranche de pain ?
Quand l'vent souffle, moi j'sais
D'où c'est qu'ça vient.
Yen a qui ont tout' pis tout' les autres, y ont rien.
Change-moi ça.

Richard Desjardins
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Mercredi 19 décembre 2007

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Khal Torabully
est né le 14 août 1956 à Port-Louis. Il s'installe à Lyon en 1976 où, après une maîtrise en littérature comparée, il entreprend un doctorat en Sémiologie du Poétique à l'Université Lumière. Khal Torabully compte 30 ans d'écriture et plus d'une quinzaine de recueils à son actif. Ses œuvres chantent la face duelle de son île natale, prise entre son enfer colonial et son foisonnement de créativité. Le poète choisit la pluralité pour décliner les possibilités sémantiques. Il teste la langue et les mélanges avec les sons, rythmes et genres pour trouver une parole qui est sienne, celle capable de contenir ses mots et ses imaginaires. Khal Torabully a également réalisé plusieurs documentaires, dont Pic Pic, nomade d'une île et Malcolm, le tailleur de visions, qui conte la vie et l'œuvre de Malcolm de Chazal. Il est un des membres fondateurs du Groupe d'Études et de Recherches sur les Mondialisations [GERM] et, avec Philippe Tancelin et Geneviève Clancy, a posé l'acte fondateur de l'Internationale des Poètes, en 2003, à Paris, avec la publication de La Cendre des mots.

Poésie:
Fausse-île, I. Port-Louis: Babel, 1981.  

Fausse-île, II. Lyon: Université Lumière (Lyon II), 1986.

Appels d'archipels, ou le livre des miroirs. Port-Louis: Babel, 1987.

Le Printemps des ombres (trilingue : français, anglais, chinois). Sainte-Marie (Réunion): Azalées, 1991.

Cale d'étoiles, Coolitude. Sainte-Marie: Azalées, 1992.

Kot sa parol la ? Rôde parole (bilingue créole/français). Vacoas: Le Printemps, 1995.

Du code au codex. Livre-objet (avec Thierry Lambert). Éditions limitée, 1996.

Palabres à parole. Préface de Werner Lambersy. Solignac: Le bruit des autres, 1997.

Dialogue de l'eau et du sel. Solignac: Le Bruit des Autres, 1998.

L'Ombre rouge des gazelles: signes pour l'Algérie. Grigny: Paroles d'Aube, 1998.

Roulis sur le Malecon: carnet de voyage cubain. Préface de Didier Mauro. Paris: L'Harmattan, 1999.

Chair corail, fragments coolies. Préface de Raphaël Confiant. Petit-Bourg (Guadeloupe): Ibis Rouge, 1999.

Paroles entre une mère et son enfant fusillé. Ancy (France): Éditions du Mont Popey, 2002.

Mes Afriques, mes ivoires. Préface de Tanella Boni. Paris: L'Harmattan, 2004.

Arbres et anabase. Matoury (Guyane): Ibis Rouge, 2005.

Aphorismes : Jour sans fin. Préface de Sarane Alexandrian. (à paraître).

Sang des poèmes noirs. Pour Senghor. (à paraître).

Roman:

L'Oeuf et la Colombe. (à paraître).

Filmographie:

Pic Pic, nomade d'une île. Chamarel Films (île Maurice), 26 minutes, 1996.

La traboule des vagues. Y/N Productions (Lyon). Soutien du Ministère de la Coopération et du Centre National de Cinématographie. Multidiffusion sur Télé Lyon Métropole (télévision câblée), 26 minutes, 1998.

Humeurs de l'Océan Indien (co-réalisateur). Orchidées Productions, 52 minutes, 1999.

Malcolm le tailleur de visions. Co-produit par Chamarel Films et Mona Lisa Productions (Lyon) avec le soutien du Centre National de Cinématographie, France. 52 minutes, monté en 2000. En compétition officielle du Festival International du Film d'Amiens, novembre 2002; Vues d'Afrique, mai 2003.

La Mémoire Maritime des Arabes. Co-produit par Chamarel Films et Productions La Lanterne (Paris) avec le soutien du Sultanat d'Oman. Versions anglaise et arabe (TV Oman). Mention Meilleur documentaire représentatif de la culture de l'Afrique de l'Est. 52 minutes, 2001.

 

I
Coolitude pour poser la première pierre de ma mémoire de toute mémoire, ma langue de toutes les langues, ma part d'inconnu que de nombreux corps et de nombreuses histoires ont souvent déposée dans mes gènes et mes îles.

À me demander si je fais partie d'une race de malaxeurs d'épices et de parfums, de soies et d'ors, de pigments de peaux et de mots.

Coolitude, mon roulis-coolie, chant d'un enracinement autant que chant d'un déracinement dans une terre faite d'autres poussières, rencontre nécessaire oùl'indien apporte son cuivre millénaire au chant du monde.

Pour dire nos voyages, nos rencontres et nos métissages incessants ; voici mon chant d'exil et de bonheur : avant d'être homme nouveau, je suis homme en devenir.

* * *

II

Coolitude non seulement pour la mémoire... mais aussi pour ces valeurs d'hommes que l'île a échafaudées à la rencontre des fils d'Afrique de l'Inde de Chine et de l'Occident.

Pour moi, la seule patrie rêvée est celle de la grande fraternité... de la réconciliation.

Coolitude : parce que je suis créole de mon cordage, indien de mon mât, européen de la vergue, je suis mauricien de ma quête et français de mon exil. Je ne serai toujours ailleurs qu'en moi-même parce que je ne peux qu'imaginer ma terre natale...

Est-ce pour cela que ma vraie langue maternelle est la poésie ?


III

Moi homme de terre âme agrair
Brahmapoutre Seine ou Congo
la cendre portée par le dernier voilier

ma personne effacée du méridien
pour te déchiffrer nouveau monde

Et je bus aux mêmes sources des prières
quand mes trois mètres de toile se froissèrent
au passage du Cap de Bonne Espérance

Je lavai la dunette briquai au sable
moi l'homme au numéro du faux-pont
je voguai sans penser à demain
Je mourus de dysenterie et de grippes
me tuai
de nostalgie pour les 2 à 3 pourcent de pertes
admises
M'habituai à vaincre les barrières
en battant cartes et tambours
Avec les latitudes je fis annin et matchan
moi l'étranger à la plaque de cuivre
brillant comme le soleil fragmenté.

En mémoire d’Izet Sarajlic

« C'est quand la vie entre dans un poème que la poésie se révèle et devient poésie. Une poésie doit trouver son auteur, pas l'inverse »,
Izet Sarajlic.

Je ne connais pas Sarajevo, j'aurais voulu être des tiens
quand tes bras étaient enfouis sous la neige rouge.
J'ai beau dire que cette ville est une bouteille jetée à la mer,
mais je ne l'ai jamais touchée et je ne peux qu'imaginer ton cimetière.
Là :
Les sépultures sont cachées derrière les murs de plus en plus hauts.
Toutes les rafales sont sourdes au pied du vieux bouleau.
J'imagine quelques photos sous des vitres, une poignée de mots
Que tu écrivis pour les morts de Sarajevo.

La patience et la foi, c'est comme la lune et le soleil Izet,
Ils s'appellent dans la lumière du zénith et rapprochent l'horizon.
Les tunnels n'abolissent pas le labyrinthe de la déraison,
Le sommeil ne chasse pas le rêve en plein jour.

J'aurais aimé vivre d'obscurités, d'opacités,
D'insistantes pensées, d'obsédantes poéticités.
Mais tu avais dit qu'après cette horreur, le poème avait quitté
Sarajevo, et il m'a fallu écrire le vide sans cesse déchiré :
« Message à tous qui croient que la guerre n'aura pas lieu...
Vivre à Sarajevo, aussi pour survivre vieux frère ».
Tu écrivis pour le prochain sniper
Derrière la tombe de l'enfant,
Pour mesurer son front à l'éclat de l'instant.

« Marché noir convoi des Nations unies cigarettes de contrebande »...
« Cité de verre » et vieille ville : Bascarsija.
Quand tu sens le café tes mots pleurent Izet.

« Ordures et décombres », « Mont Igman » :
« Tous mes souvenirs : des livres brûlés ».
Obus pour Bosniaques têtus, ta poésie est fusillée Izet.

J'ai rejeté la bouteille dans la mer des solitudes.
Restent avec le mot, ces livres dans un carton, l'apocalypse
Au quotidien, puisque le monde entier y passe, Izet.

Peux-tu parler d'humanisme en te frappant la poitrine ?
Sur quelles rives la lumière pendue de Sarajevo ?
Il faut peindre la douleur qui nous lamine :
« Hormis la mort,
il n'est rien qui ne me soit déjà advenu ».

Ta voix résonne dans le poème mort.
Mystérieusement forte et douce.
Vukovar, Dubrovnik, Mostar, Sarajevo...
Bagdad, Kaboul, Grozny, Qana...
Faut-il faire la queue sur le champ de guerre pour écrire le poème,
Maintenant que les mots sont rationnés comme l'eau 


Cet enfant
pleure
devant le carrousel,
comme l'adulte
qui comprend son bonheur
après l'avoir égaré.

L'exil n'est qu'un mensonge
pour nier le Voyage.

Parcourir la différence
à deux
pour que la lumière
rassure le fruit noir.

Et ne plus
être
possible
en dehors
de l'universelle différence.

____

La brise ne change pas la direction du vent.
L'absence du mot ne rompt pas le serment.

J'ai appris à peser le poids des consciences
Avec une graine de sésame sur mon pain.

Un mur hautain tombe de lui-même.
C'est la poussière qui le brûle à la porte des ruines.

Patiemment, siècle après siècle, j'ai poli les mots.
J'ai changé la douleur dans le visage de l'oiseau.

J'ai compris les mots de Gandhi dans le cœur de la nuit.
Je sais qu'un sage d'Orient veille sur mon œil qui luit.

____

Mère, j'ai lu un livre écrit par un homme
À la plaie béante.

Le premier chapitre débute par une terre fertile.
Il décrit le silence des oasis sous un croissant de lune.
La terre se moque de l'humeur des poètes,
L'histoire n'écrit pas la mort des étoiles.

Je tourne la page à la porte d'une ville fortifiée.
Un étranger sonne à la porte ciselée.
Il se dit persécuté par l'aigle sanguinaire du donjon.
Il ouvre sa main. Il est déjà trop tard pour lire.

Un livre n'attend pas la fin de l'exil.
Un livre n'attend pas le retour des saisons.
Un livre surprend. Il mêle l'agréable et l'utile.
Il est immensité lumineuse dans une sombre pièce.
Au flanc gauche des jardins.
Il ouvre les portes du monde au cœur des couvre-feu.
Il met en déroute les armées en manœuvre.

Aucune loi ne m'empêchera de lire et d'aimer.
Le livre de mémoire ne soigne pas l'homme blessé,
Il met du baume aux cœurs meurtris des fous.

Khal Torabully
 
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Mercredi 12 décembre 2007

(1943-) Écrivain et traducteur littéraire, Alexis Lefrançois est, depuis 1985, éleveur de chèvres angoras de race pure. De 1971 à 1973, il enseigne en techniques audio-visuelles à l’Université de Dakar, au Sénégal, où, de 1981-1986, il assiste la direction du Centre d’études des sciences et techniques de l’information et de la communication. Il assume plusieurs charges de cours, notamment en traduction littéraire à l’Université Laval en 2003.

Journaliste-pigiste auprès de plusieurs journaux et périodiques, il est, de 1994 à 1996, rédacteur en chef de la revue Astronomie-Québec. Directeur littéraire, il dirige la collection « Garamond » aux Éditions du Roseau et, depuis 1993, la collection « Miroirs » (écrivains canadiens et anglo-québécois en traduction) aux Éditions de la Pleine Lune. En 1968, en 1975 et en 1999, il obtient la bourse de création littéraire du Conseil des Arts du Canada. Il a effectué plusieurs séjours en Grèce, à Elaphonissos.

Depuis 1976, il a traduit de nombreux livres de l’anglais au français pour diverses maisons québécoises et françaises, sous le pseudonyme Ivan Steenhout. Sa carrière de traducteur est couronnée de nombreuses récompenses. Il obtient deux fois le Prix de traduction du Conseil des Arts du Canada : en 1980 pour John A. Macdonald et en 1981 pour Construire sa maison en bois rustique. En 1986, il reçoit une mention spéciale du jury du Prix du Gouverneur général pour Robe noire. Il est finaliste du Prix du Gouverneur général, dans la catégorie traduction francophone, pour Train d’enfer en 1998, Onyx John en 1997 et La Couleur du sang en 1987. En 1987, il obtient le Prix du Gouverneur général, catégorie traduction francophone, pour L’Homme qui se croyait aimé, prix qu’il obtient à nouveau en 2004, pour Les Indes accidentelles. Alexis Lefrançois est membre de l'Union des écrivaines et des écrivains québécois.

 
Bibliographie

Calcaires
, Éditions du Noroît, 1971
36 petites choses pour la 51
, Éditions du Noroît, 1972
Mais en d’autres frontières, déjà
, Éditions du Noroît, 1976
Rémanences
, Éditions du Noroît, 1977
La belle été
suivi de La tête, Éditions du Noroît, 1977
Comme tournant la page
, rétrospective en deux volumes, Éditions du Noroît, 1984
L’abécédaire des robots
, Les heures bleues, 1999
Pages tombées d’un livre
, Le lézard amoureux, 2006
L’œuf à la noix
, rétrospective, Éditions Nota bene, 2006

 

 

 

il me reste ces mots ces jeux et ces nuances

ce chant d’un autre temps ce rituel sur soi

fermé

cette musique superbement futile

ce dérisoire et froid tracé

 

il me reste l’orgueil aujourd’hui de parler

la fierté de cette longue absence et lentement

passer laisser sur ces mots éblouis de silence

et ce pas fasciné par de plus hauts soleils

la distance s’accroître

la lumière imposer la mesure et le nombre

et ce calme à celui de la stèle pareil

 

il me reste à chanter le mutisme des sables

l’ab-humaine splendeur où se déploie le jour

célébrer cet éclat des cristaux et des gemmes

dans cette nuit rocheuse où s’achève leur cours

 

il me reste à chanter d’impeccables silences

de plus lointaines fêtes et de plus blancs déserts

et plus loin que le ciel et toute indifférence

plus loin que le mépris qu’on imagine aux pierres

plus loin que tout retrait tout accord tout malaise

il me reste à chanter lumineuse la mort


*

si tu savais quand tu viens

comme ils comblent les gouffres

comme s’aplanissent les montagnes

comme ils replacent les choses

à leur exacte place

chacun comme il revient

dormir derrière son nom

couché derrière les vitres

comme si de rien n’était

comme si c’était l’automne

et l’ombre sur un parc

et dehors

            un grand jardin
 
*

la reptation d’un arbre

vers sa lumière

ne s’exprime ni dans ses mots

ni dans ses gestes

et ni dans le silence

 

ils ont cadenassé les arbres

sur des civières

ils ont assis les arbres

sur des chaises droites

 

je me souviens des oiseaux

je me souviens des enfants des oiseaux

je me souviens de ce côté des vitres

du regard bleu

            lointain
                        d’un chat
*
 

est-ce qu’un poisson ça pleure

au fond de sa rivière

est-ce qu’un moineau ça pleure

est-ce qu’un minou ça pleure

est-ce qu’un caillou ça pleure

dans le noir de sa terre

ou bedon juste nous

puis les saules pleureurs

avec les cafards sales

parce que parfois c’est triste

et les coureurs cyclistes

qui pédalent et pédalent

et se tirent le nez

sans salir de mouchoir

sans jamais s’arrêter

 
*
 

ils nous couperont les mains

nous n’écrirons pas

ils nous couperont les pieds

nous ne marcherons pas

ils nous couperont les bras

nous n’étreindrons pas

ils nous casseront les dents

nous ne mâcherons pas

 
Alexis Lefrançois
par la freniere publié dans : Les marcheurs de rêve
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Dimanche 2 décembre 2007
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Mercredi 28 novembre 2007

Max roach, drums

 

La haute main sur les orages et le velours c’est lui

et le croulement des syncopes à contretemps du cœur

lui ces battements de soleil à l’envers de la voix

sous le métal qui rêve ou contre les coups du piano

c’est lui ces cataractes d’ombre en pluie sur le silence

toutes ces mains de caresse et d’éclairs c’est un seul nègre

assis royal à gouverner le peuple des tambours

Max Roach qui prend le pouls des profondeurs impitoyable

et tête shoote ces cailloux de nuit vers la forêt

griffant la caisse claire au bout sensible des balais

comme on fouille un ciel d’eau douce au lieu de fermer les yeux

 
Ludovic Janvier
par la freniere publié dans : Les marcheurs de rêve
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autres publications:
Pour en finir avec la mort, Légitime démence, 1990

La nuit des gueux, collectif, La Plume libre, 2006

Photomaton, collectif, En Ligne Éditions, 2006

Scribulations 0-1, collectif, Éditions La Madolière, 2008





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