Mardi 1 juillet 2008
Nous n'étions qu'un atome
sous la peau de la terre.
Nous en sommes le chancre,
la blessure, la mort.
Nous sommes le venin
qui empoisonne l'âme
et ronge les racines.
Les animaux nous fuient.
La pluie qu'on tient en laisse
finit par éclater.
Faute de survivants,
l'avenir s'étiole
sans un remords de l'homme.

Il continue de vendre
ce qu'il pille à la terre,
à fabriquer des bombes
de plus en plus puissantes,
à tricoter des chaînes
pour les fleurs trop sauvages.
Il ne conte plus, il compte
non pas les os des morts
mais le moindre caillou
qu'il peut vendre au désert,
ni les banquises qui fondent
ni les nuages qui meurent
mais le prix du pétrole
et le cours de la Bourse.
Il remplace le temps
par une grille horaire
et laisse dans l'espace
un grand vide à combler.
Au nom de la logique,
d'un drapeau, d'une idée,
d'un dieu omniprésent,
il brûle un à un
les rêves de bonheur.

Je continue d'écrire
malgré les arbres morts.
Avec mes phrases mal équarries,
la sève sémantique
sous l'écorce des lettres,
je creuse de ma vie
un sillon dans la langue
pour y semer l'espoir.

 


 

par la freniere publié dans : Poésie
ajouter un commentaire commentaires (1)    créer un trackback recommander
Samedi 28 juin 2008

Je n'ai jamais pu laisser un mot seul sur la page. J'ai peur qu'il se noie dans la mer du silence, qu'il se mette à pleurer ou qu'il s'ouvre les veines. J'ai quitté mon enfance pour la chercher ailleurs. Je ne veux pas des mots qui vivent d'écriture, de phrases attelées au formalisme comme des nœuds de cravate étouffant l'envergure, des mots régentant le sans-borne, des mots en queue d'aronde parmi les noeuds qui pètent. Je les veux plein de chair et goualant de vie, encore mal équarris, des mots sans patelinage, des mots sans fausse équerre pour se tenir debout, des mots en poil de loup, de batèche en batoche, de la mésaise à la richesse des mélèzes, de la menuaille au mésavenir de l'homme, de barouette en garouine, de délire en dérouine et de glaces en dérive, d'autres mots plus sonores, plus secrets, des mots sans fioritures, sans sucre, sans médaille, des mots sans mignardise, sans mignonerie, des mots de mataouin, les mots des ouaouarons qui chahutent à côté, des mots qui suintent, qui chuintent et qui ressuent comme des ressorts d'abeilles, des cuisses de grenouilles, des élans de chevreuil, des patarafes sueuses, des pourcils danseurs, des mots d'écorce fine sous le calfat du temps, des mots qui dodelinent, se dodinent, se dodichent, des mots qui font du feu dans l'opulence de la neige et parlent sans licou.

Il y a longtemps que je n'écoute plus les rongeux de balustrades, les suceux de fric et les vendeurs de chars. Quand l'hiver se dégraye de ses mitasses de feutre, je syntonise plutôt le beau chant des mauvis, la moinaille en prière dans la nef des arbres. Je rêve de soleil sous les yeux clos des fleurs, de lune sans quartier et d'étoiles filant la toile de l'azur. J'ai réglé ma montre sur les battements du cœur, les choses à raconter, les pas des bêtes sauvages et les images que l'eau dessine sur la pierre. J'écoute dans l'orchestre des feuilles, du mascou au sorbier, le hautbois d'un pivert, le basson d'un hibou, la crécelle d'un nid, l'écho des martinets et le tambour d'un pic bois qui cherche des insectes. Ce qui n'est plus ici n'est pas ailleurs non plus. Le temps n'est pas synchrone à l'espace. Les âmes des animaux survivent à la chasse. Il y a de la lumière dans les trous noirs du monde. Mettre les mains dans l'eau, c'est toucher à la mer, faire l'amour avec les vagues. Le soleil plante des arbres pour ceux qui veulent de l'ombre et la lune fait battre la moindre goutte d'eau.


Du silence à la page, un dialogue s'établit. C'est là que je trouve mes mots. Avec les oreillers sur la tête du lit, j'entends passer le rêve. J'ai toujours aimé ce qui vit, les plantes, les bêtes, les vagues de la mer, les hommes aussi, parfois. Quand je croise la foule, trop d'espoir s'efface. Je suis resté sauvage pour continuer d'écrire. Je me confie au vent, à l'orage, aux cailloux. Je ne suis ni parti ni par terre. J'étouffe dans une cage. Pendant qu'on pique des drapeaux sur la peau des atlas, je cherche l'autre qui m'appelle. Les hommes s'apprennent un par un, les yeux en face des trous et la main dans la main, une main à la charrue et l'autre à la pâte, un sac sur l'épaule et l'épaule à la roue. Un fantôme tout en haut m'interpelle souvent : «N'oublie pas La Frenière, chaque marche est la première. Il n'y a pas de dernier mot.» J'aurai toujours trouvé une lueur dans les livres, même les plus obscurs. Chaque phrase écope le vide et laisse à la place une louche de mots qu'un muet vient laper. Chaque matin, quand le soleil se lève, j'ai dans le cœur comme un battement d'ailes. Je ne sais si je monte ou descends. Je ne sais que le vent qui emporte ma voix, le bonheur d'entamer une nouvelle page.


par la freniere publié dans : Prose
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Vendredi 27 juin 2008

Il n'y a rien de pire que les idées toute faites. Elles se prolongent en armes.
par la freniere publié dans : Aphorisme du jour
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mardi 24 juin 2008
À ceux qui pansent le cercueil quand c'est le cœur qui saigne,
à ceux qui pensent comme on dépense en vendant notre peau,
à ceux qui cousent nos paupières avec le fil du discours,
à ceux qui cousent des drapeaux et décousent les nids,
à ceux qui noient l'amour dans le cours de la Bourse,
à ceux qui ne se saoulent qu'à l'égout des égos,
à ceux qui transforment l'espoir en loterie monétaire,
les jardins d'enfants en fabrique à soldats
et le chant des cigales en grillon du foyer,
aux prophètes du Texas qui se prennent pour Dieu,
aux vendeurs de pilules, de prières et de bombes,
aux atroces impunis, aux bourreaux qu'on encense,
aux saccageurs de rêves, aux pilleurs de tombeaux
qui renversent les pôles sans inverser les rôles,
aux signeurs de décrets, aux saigneurs d'abattoir,
aux seigneurs des finances, des églises et des stades,
à ceux qui sèment la tempête sans connaître le vent,
à ceux qui comptent la mer à tant le grain de sel
et vendent les châteaux à tant le grain de sable,
aux flics, aux banquiers, aux notables,
à ceux qui font leur beurre avec la loi,
à la racaille qui nous juge,
aux assassins qui nous gouvernent,
je ne dis pas je vous hais
mais je vous souhaite le malheur.


 

par la freniere publié dans : Poésie
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander
Mardi 24 juin 2008

Il pleut dehors. C'est l'orage et le vent. Des doigts d'éclairs soulèvent le chapeau des nuages. Il fait noir tout à coup. Le temps s'est arrêté. La pluie éteint ses phares. Le film s'est cassé. La radio se confond aux vagues de la mer. Les gestes sont figés comme les acteurs d'un film prisonniers de l'histoire. La foudre vient mourir dans les bras du silence. Les mots n'habitent plus le sens mais l'image des mots. Le temps se défait, image par image. Le paysage disparaît sous le compas des géomètres. Le vent frappe à la porte. Il ne veut pas rester dehors. Il m'apporte des mots en échange d'un feu. La pluie est là aussi, debout et lisse. Je coule entre ses bras, de la veille au sommeil. Les fantômes voyagent de la cave au grenier. Je les entends gratter le sol avec des souliers morts. Je n'attends pas la fin mais la faim du poème. La nuit s'enroule autour des meubles. Je tire sur les fils d'araignée pour en faire une pelote de rêves. J'affûte mes crayons de couleur. Je cherche le soleil à chaque étage du cœur, au fond des garde-robes, dans les trous des souliers. Les escaliers ont mis leurs ailes pour aller plus haut. Les fenêtres ont des regards espiègles. Elles envoient des baisers aux corneilles qui passent. L'énergie des abeilles embrase les jardins. Il fait beau sur la page malgré le mauvais temps. Il fait toujours plus beau en sandales de cuir même si les phrases boitent. Il fait toujours plus chaud sur la paille des mots. Le soleil fait sourire les vitres. Les sauvagines à tire-d'aile, les sauvageons des arbres, les fleurs sauvages à plein pétales artisanent les champs. Le ciel tombe du ciel comme une pluie d'étoiles.

Dans la rumeur du monde, je marche sans boussole vers un but inconnu, parmi les mots sans écriture, les peintures à l'aveugle, les rêves sans nuit blanche, les trop tard, les trop tôt, les verbes sans jamais, les espoirs en chantier. Le vol des oiseaux mémorise le ciel. Chaque phrase recommence le monde par une vague, une voyelle, une épaule. Elle marche avec des ailes sur la terre piétonne. Elle ne compte pas les jours mais les amélanchiers, les bleuets, les merises. Elle n'écrit pas la mer mais les bouscueils, les ramas, les rompis. Elle délace les arbres de leurs souliers de glaise. Elle prénomme icelui, icelle ou bien ceux-ci. Elle avance à quatre pattes dans la boue détrempée mais brode à nos oreilles la dentelle du vent. Elle sort de ses gonds, arrache les cadenas, réveillant l'âme des départs. L'infini cherche ses lèvres au bord des mots, une bouche au silence, le cœur au bord des lèvres, le souffle de la forge, la magie des images, le mirage des mages. Comment se souvenir quand le lichen efface la mémoire des os ? Sur les plats-bords du temps, mes mains s'accrochent aux planches de salut. Dans ce nord sans aiguille sauf celle des conifères, ma voix s'empare de la bouée du sens. Je marche avec les phrases comme des souliers de mots, comme un oiseau se branche dans le grand nid des feuilles, comme un cœur en émoi qui bouscule sa cage.


par la freniere publié dans : Prose
ajouter un commentaire commentaires (0)    créer un trackback recommander

D'un mot l'autre

Recherche

Calendrier

Juillet 2008
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

Images Aléatoires

Parutions

Aux éditions Chemins de plume:

L'Autre versant, 2006

Parce que, 2007

pour commander:

au Québec:

Jean- Marc La Frenière – 344 rang 6 Saint-Ferdinand Québec G0N1N0

en France:

Ed.Chemins de Plume 156, Corniche des Oliviers-V 30 - 06000 Nice

 

autres publications:
Pour en finir avec la mort, Légitime démence, 1990

La nuit des gueux, collectif, La Plume libre, 2006

Photomaton, collectif, En Ligne Éditions, 2006

 

 

 

 

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus