Samedi 6 septembre 2008

La soif du profit a mis son doigt d'acier dans la chair tendre du monde. Il saigne de partout. Cachant le sang versé, l'argent qu'on blanchit prend la couleur des banques. Si l'herbe guérit le fer, peut-être que les mots, une colère d'ortie, une bonté de miel, guériront de la haine. Quelque chose d'inouï, d'impératif ou de futur, peut surgir d'un verbe, une faille dans le métal, une faute sur la page, une lézarde dans l'homme, une raison d'aimer. En regard des étoiles, un seconde est un siècle ou des millions d'années. La télé fait de nous des aveugles et la radio des sourds. C'est par la porte du papier que j'entrevois la vie. Un trait d'encre entrebâille l'espace. La poésie est la défaite du commerce, une horloge sans heure effaçant les horaires, une balle enrayant le fusil, une échelle de corde accrochée aux nuages, une fenêtre ouverte dans la cellule du crâne. Les choses qui nous entourent ne seront que déchets mais la caresse restera sur le grain de la peau. Je cherche dans le rien une âme qui survive, le parfum d'une fleur, une trace de doigt. Je me souviens du premier papillon qui a croisé ma route mais j'ignore encore ma pointure de soulier. Je m'habille de neige et de l'eau des ruisseaux. Je marche les mains vides pour accueillir l'amour. À part mes livres, toutes mes affaires tiennent dans une boîte en carton. Je laisse sur la route les problèmes de poussière. Je n'ai à balayer que le plancher du cœur et mes pas sur le sol. Trop d'hommes sont des enfants interrompus, des âmes inachevées, des cœurs fermés à clef. Ils brisent leurs jouets sans apprendre à mourir.

Sur le pont des soupirs, il n'y a plus que les noms qui s'embrassent, troquant l'espoir des genêts pour des bibelots de papier. La prétention nous empêche de voir l'autre côté du monde. Il y a tout l'univers dans un grain de poussière. J'écris pour redresser le dos. Dans le carré des préjugés, il suffit d'une seule phrase pour ouvrir les angles. Je voudrais que mon corps soit une chaise pour le repos des morts, que le soleil s'y reflète dans un miroir de poche. Si ma montre est à l'heure, je demeure hors du temps. Dès que je mets le pied dans une ville, je suis un étranger. À la campagne, je tutoie tous les arbres. Comme eux je tends les bras et mes cheveux s'effeuillent. Les oiseaux me font signe. Les pierres m'attendent pour jouer une éternelle partie d'échecs. Je renifle le vent par le poil des bêtes. Je fais la pomme sur le sommet d'un arbre, l'oiseau sur la branche, la fraise hors du panier, la phrase sur la langue et l'encre sur la page. J'habite dans le feuillage d'un érable ou le chant d'un oiseau. Je voyage très loin dans les yeux d'un renard. Je n'ai pas vu Paris mais je vois la rosée, le givre, l'infini. Le chant est un ruisseau. La page blanche est un champ. Le vent s'accroche aux doigts du lilas ouvrant ses milles pores au souffle du pollen. L'orage vient jeter une limaille de rêve sur l'aimant de la phrase. Il m'arrive de voir entre la terre et la parole une tige invisible. La sève d'or des plantes épouse l'encre noire.


Qu'il y ait à toutes les secondes deux personnes qui s'embrassent, un enfant qui sourit, une bête qui pisse et le monde est sauvé. Quelqu'un cogne au chambranle, à chaque instant. Il faut cesser d'être sourd et lui ouvrir la porte. Tout homme qui cesse de s'émerveiller devient très vite un assassin d'enfant, celui qu'il a été. Les vendeurs auront beau dilapider la vie, du sel de mer jusqu'aux os des mammouths, leurs manèges qui tournent, je n'y monterai pas. Je me berce en rêvant sur la galerie du cœur. J'attends sans savoir ce que j'attends. Je n'ai jamais prié dans une église, préférant une chorale d'oiseaux dans la cage d'un arbre, une cage ouverte évidemment. Mes deux mains sont des phrases. Elles font glisser leurs doigts sur la peau des saisons. Chaque matin, j'attends le tamia rayé comme on attend le facteur. Ses pattes en prière m'apportent la lumière. Le grand livre du monde déploie ses lignes en forme d'ailes. Je voudrais écrire comme les étoiles sur la page du ciel. Même les illettrés y lisent l'infini.



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Jeudi 4 septembre 2008

J'écris surtout la nuit quand l'encre se mélange à la neige des mots. Le blanc n'est pas acquis ni le noir ni la vie. Il faut sans cesse aimer ce qui nous donne un cœur. Je tutoie l'inconnu tout en le respectant. J'y trouve des chemins que je n'aurais pas pris. La fleur qui se ferme est mon dernier refuge. Les yeux pris en otage par la lumière du jour ne s'ouvrent que la nuit. J'écris comme si les mots pouvaient racheter le temps. À chaque étage du silence, je laisse une page inachevée. Je ne cesse de naître dans ma langue, aux choses comme aux êtres, depuis le premier cri jusqu'au bruit des outils. Il y aura toujours une phrase en attente dans l'eau d'une rivière ou l'herbe d'un jardin, le babil d'un enfant ou le râle d'un mourant. Je mesure l'espace aux battements du cœur. Combien en faudra-t-il pour toucher l'infini ?

Je n'ai plus peur de la nuit. S'il me faut une veilleuse, c'est maintenant pour écrire. J'ai posé un cahier entre une vieille lampe et la photo de ma blonde, mon crayon sur une pierre échappée d'un ruisseau. Je ne rêve plus en couleurs mais en mots sur la page. Je laisse retomber sur les épaules d'hier la neige d'aujourd'hui. Des pas se froissent sur le papier. Des mains s'étreignent. La peau du livre se souvient des caresses. Je tiens la mer dans un mot, tout l'horizon dans un carreau, le souvenir des gestes au bout de chaque doigt. Poussant la fleur jusqu'à sa conséquence, le goût de l'aventure a trouvé ses racines à l'apogée du fruit.


Pour le dos du rêveur, le réel manque de vertèbres. Les uns partent, les autres restent. Les uns prient, les uns pleurent, tant d'autres font semblant. Les uns jouent de l'accordéon, les autres jouent du tiroir-caisse. Le temps travaille pour nous sauf si l'homme s'en fait une monnaie d'échange. Je le préfère modulant sa rengaine aux chiffres des horaires. L'infini aura toujours raison sur les mauvaises nouvelles. Quand j'enfonce mon stylo dans la chair des pages, l'hématome des mots lui donne ses couleurs. Que m'importe la mort, je lui fais des ronds de jambe avec le pied des mots. Que m'importe le pont quand les vagues m'appellent. Toutes les terres lointaines, les chemins inconnus, les astres inaccessibles, j'y suis passé jadis dans les pas d'un enfant. À force d'aller nue, mon âme cherche encore un vêtement à sa taille.


Chaque mot est un coup de sonde dans la clameur multiforme, une sève nocturne, une braise encore chaude sur la glace du temps. Qu'en est-il d'une musique que l'on n'entend jamais, d'un mot qui ne vient pas. Serait-ce déjà la mort ? Serait-ce la vie qui cogne sur une porte absente ? Dans mon terrier d'étoiles, j'épie l'envers du monde. Chaque chose est habitée comme un corps dans un corps. Je mêle mon haleine à celle des racines, ma sueur à la soif, ma parole aux galets. Dans ce siècle de verre, je cherche une lumière qui ne soit pas factice. Portant mon âme sur les épaules, je tends les bras vers le soleil.



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Mardi 2 septembre 2008

Je suis un faux ermite; tant de livres m'entourent comme une foule d'amis. J'écoute les mots qui se taquinent et les autres qui pleurent. Quand j'écris le mot lac, je peux entendre l'eau et m'y laver les yeux. La mémoire a conservé des caches dans les trous du langage. Les voyelles chantent en moi au son de l'épinette, des érables, des mûres, des taches de rousseur envahissant les pommes. Un essaim de guêpes folles bourdonne sans arrêt à l'oreille des fleurs. Les bouleaux me regardent avec leurs yeux bonasses. Les pierres méditent en philosophes tranquilles. Une brindille ou deux semblent prendre des notes. La moindre des odeurs vient jouer sur le muscle du cœur. Systoles et diastoles font danser les neurones. Des fruits gonflés de graines s'envolent en pollen. Le gel de l'hiver, la chaleur de l'été, le poids du ciel et de la terre me ramènent aux siècles où j'ai déjà vécu. Le moindre des sous-bois est un pays de gnomes, de magiciens, de fées. Les efforts de l'eau charrient une énorme mémoire. La pluie, si dépourvue de colonne vertébrale, soulève des montagnes. Je ne suis qu'un regard parmi ceux des oiseaux, des roseaux, des cristaux. Je ne suis qu'une bouche sur les lèvres de l'eau. Je ne suis qu'une oreille dans les cris des insectes. Les bras de l'espace sont rongés par le temps. Je ne sais rien. Je ne sais pas. C'est par ce manque que j'écris. Je ravaude l'espoir avec le fil de l'horizon. Je ne saurai jamais finir un livre. J'écris au beau milieu des choses, des images, des gestes. Je n'ajouterai rien à la littérature si ce n'est mon sang d'homme.

Les moments faits de rien me remplissent de vie. L'odeur des feuilles me ramène aux temps immémoriaux. Cherchant le premier feu, j'aiguise mon crayon comme un silex. J'écris d'après ouï-dire, à l'oreille, à la musique, au son. Il y a longtemps que mon vieux dictionnaire sert de cale au chambranle. Les puces y font leur nid entre les compléments et les objets directs. J'écris comme on tricote en échappant des mailles. J'écris à petits pas, sur la pointe des pieds ou bien je cours avec des mots tachés de boue, enjambant le silence comme on le fait d'un mur. Quand je dessine un arbre, ses branches nues rêvent de feuilles. Mon cahier plein de larmes, j'y glisse des sourires. J'époussette le vide. Pour retrouver ma route, je sème des cailloux dans l'alphabet du monde. Devant ce monde en perdition, je ravaude l'écho avec un peu d'espoir.


Le monde n'est pas vieux mais la folie des hommes le rend paraplégique. Les masques n'ont pas d'âme. Ils en cachent l'absence. Le bûcheron d'aujourd'hui ne coupe plus les arbres, il les tue. Il tient sa tronçonneuse comme une mitrailleuse. Ne restent sur le sol que des sciures de mots, des écorces tordues, des écopeaux de bruit tachant le vestibule des oreilles. La sève coule encore dans le grain du papier. Les phonèmes s'engluent dans la pâte à résine. Il faut crier entre les lignes, ramasser les débris. Les mots collent partout, sur le sol des pages, aux vitres des images, aux phrases qui dépassent. Des troncs mal équarris sortent parfois des poupées de lumière plus fines que la soie, des friselis d'images reflétant le soleil. Je laisse glisser l'encre entre les pattes d'oiseaux, les dentelures de l'ombre. La voix sort de sa grotte et marche sur le sol avec des pieds sonores. Les images guindées, les voyelles en smoking ne résistent pas au passage du vent.


Retourné sur le dos, je gratte avec mes yeux le ventre bleu du ciel. Je cours dans les flaques avec des pas d'oiseau. Les arbres ont commencé d'enlever leur perruque. Je guette l'autre vie, celle aux ombres inversées. Le gros érable rouge, on dirait une femme portant sa chevelure comme un diadème de rubis. Les insectes ont leurs petites altitudes vouées au minime infini. Les astres qui voient grand n'ont pas plus d'importance. J'apprends à m'élever dans le secret des chutes. Un jour sans but suffit pour renaître à la vie.

On passe du feu à l'eau sans s'en apercevoir. On ne colmate plus les sentiments qui fuient. On ouvre la télé pour oublier de vivre. Une lumière d'avant les hommes m'éclaire dans la nuit. Des chemins inconnus me poussent dans la tête, des idées saugrenues, des terres où je n'irai jamais, des mots que je tairai, des fanfares de blé qu'écoutent les insectes. Je note des petits riens pour en faire du pain, celui qu'on beurre avec les mots des morts. Trébuchant sur la vie, je saute quelques marches à l'escalier du coeur. Préférant les ruelles aux vitrines chromées, les conteurs aux comptables, les bateaux de papier aux tables de travail et les affaires de cœur aux cartes d'affaires, je visite le monde par les sorties de secours. Sur mes cahiers d'école, chaque page était une île, une forêt lointaine, un arbre, un bourgeon, un cœur de noyer, une simple trace de pas. Sans se décourager, la sève court sous le flanc des vieux arbres et les sapins repoussent dans le mâchefer des mines. Le sel de la mer fait cloquer le minium. Ce n'est pas au gasoil que les bêtes font le plein mais à l'essence de la terre. Je voudrais que mes mots aient une haleine d'herbe, un souffle de pollen, un goût de bleuet mûr.

J'ai eu comme professeur une longue rivière. J'ai plus appris des vagues que des tableaux d'ardoise. Un bout de bois flottant m'a enseigné l'algèbre, un galet l'alphabet et l'ombre d'une branche la force du soleil. Je n'ai jamais compris les théorèmes des nuages. Un castelet de foin où dansent des fourmis m'a servi de théâtre, une cabane à outils de château en Espagne. Dans un vieil autobus démuni de ses roues, je partais pour la lune et même Aldébaran. Je prenais une grotte pour le nombril du monde. Dans l'atelier de bois où j'ai appris la gouge, la neige des copeaux valait celle des Alpes. Je tenais mon journal sur l'écorce des arbres. J'allais à l'aventure parmi les champs de blé d'Inde, à la fête aux framboises, à la chasse aux snelles. Me suis-je trop penché sur l'abîme du monde ? Aujourd'hui, face aux parois de livres, j'escalade le sens. Je voudrais faire du jour un poème en couleurs, une phrase grandeur nature, une maison de mots, une chrysalide de rêve. Je garde pour l'hiver des frissons de luciole et mets des feuilles d'érable sur le calendrier. Il suffit qu'une lumière penche pour appuyer l'épaule sur un pourtour d'ombre. Il suffit que la mer existe quelque part, que les bourgeons le sachent. Il suffit qu'un stylo barbouille l'horizon, qu'un barbot cogne ses ailes sur la vitre du cœur. Allant venant sans cesse sur le blanc du papier, ma main cherche dans l'encre le pouls divin du monde.

 

 

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Mardi 2 septembre 2008

J'habite sur la terre, dans le remous du temps et l'écho du silence. J'y fais ma petite route de mots parmi le bruit des autres. Un livre veille à mon chevet, parfois celui que je relis, parfois celui qu'on n'écrit pas, parfois celui que je deviens. Le monde est en chantier mais ce n'est pas le bon. La ligne droite remplace le bonheur des ronds, le dos de l'arc-en-ciel, l'infinité du cercle ouvert sur la vie. La musique se fane dans le bruit des moteurs. Les vivants bougent derrière le verre. Seuls les morts ont une vie de papier. On s'habille trop souvent pour le regard des autres sans se déshabiller pour soi. Quelques mots brillent sous la poudre du temps. Il faut les recueillir sans briser leurs voyelles ni leur sens. Que de chaos pour un seul pas, pour un seul doigt dans l'engrenage de l'espoir. Je voudrais passer par le trou de mes lèvres toute la mémoire du monde.


Les insectes montés sur ressort affolent les brindilles mais d'autres les apaisent. En bout de ligne, l'orage s'harmonise avec l'accalmie. Chaque pierre raconte une histoire. L'espace illustre le temps. Le soleil découpe les ombrages. Chacun laisse sa peau sur le sable des plages, les draps de la nuit, sous le tissu des slips, du rêve sur les pages, le cœur à l'ouvrage, des signes sur la neige, des pelletées de chagrin dans un trou de mémoire. La vie tombe des branches pour repousser plus loin. Tassée sous le bitume, elle fait des herbes folles le long des autoroutes. Des oiseaux nidifient sur les tours à bureaux et chantent sur les fils. Des enfants rêvent au cœur des HLM. Des pissenlits jaunissent les craques des trottoirs. Des cœurs s'emballent au milieu des moteurs. La sève fait suer la plomberie des racines. La neige vient défaire les lacets de la route. La graine se cache sous la terre avant de s'habiller en fleur, en feuille et même en arbre portant jusqu'aux oiseaux l'écriture des fruits.


Qui consolera les arbres aux muscles endoloris, le souffle court des bêtes qu'on pourchasse, l'enfance qui ne veut pas finir ? Dans l'hiver de ce siècle, la vérité grelotte, mise à nue par le faux. Les fleurs aux pieds coupés retombent sur le sol. Quand l'enfant mort se réveille sous la peau des vieillards, il est déjà trop tard. L'obscur métier de vivre cherche encore une lampe. Je marche avec tous ceux que l'on n'applaudit pas comme une amande se cache pour accueillir le jour. Il y a des maux sans témoin comme les détresses d'enfant. Chaque doigt d'une main a sa propre histoire. Chaque neurone abrite des galaxies perdues. Je mets sur la balance ce que je ne sais pas, un soupçon d'illusion dans le café du jour, des images imprévues parmi les mots manquants. Je fouille du crayon des argiles millénaires. Je pose mon échelle au bord du précipice. J'y grimpe mot à mot jusqu'à l'espoir des phrases. Sur une brouette pleine d'échardes où je saigne des mains, je ramasse à la pelle les souvenirs éteints Les lignes droites s'égarent du vivant. Les pas perdus se trouvent dans la patience du hasard. Parmi sa luxuriante géométrie, le chaos contient des figures parfaites.



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Samedi 30 août 2008

Je suis un faux ermite; tant de livres m'entourent comme une foule d'amis. J'écoute les mots qui se taquinent et les autres qui pleurent. Quand j'écris le mot lac, je peux entendre l'eau et m'y laver les yeux. La mémoire a conservé des caches dans les trous du langage. Les voyelles chantent en moi au son de l'épinette, des érables, des mûres, des taches de rousseur envahissant les pommes. Un essaim de guêpes folles bourdonne sans arrêt à l'oreille des fleurs. Les bouleaux me regardent avec leurs yeux bonasses. Les pierres méditent en philosophes tranquilles. Une brindille ou deux semblent prendre des notes. La moindre des odeurs vient jouer sur le muscle du cœur. Systoles et diastoles font danser les neurones. Des fruits gonflés de graines s'envolent en pollen. Le gel de l'hiver, la chaleur de l'été, le poids du ciel et de la terre me ramènent aux siècles où j'ai déjà vécu. Le moindre des sous-bois est un pays de gnomes, de magiciens, de fées. Les efforts de l'eau charrient une énorme mémoire. La pluie, si dépourvue de colonne vertébrale, soulève des montagnes. Je ne suis qu'un regard parmi ceux des oiseaux, des roseaux, des cristaux. Je ne suis qu'une bouche dans les lèvres de l'eau. Je ne suis qu'une oreille dans les cris des insectes. Les bras de l'espace sont rongés par le temps. Je ne sais rien. Je ne sais pas. C'est par ce manque que j'écris. Je ravaude l'espoir avec le fil de l'horizon. Je ne saurai jamais finir un livre. J'écris au beau milieu des choses, des images, des gestes. Je n'ajouterai rien à la littérature si ce n'est mon sang d'homme.


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