Mercredi 18 juin 2008

Admettons d'abord qu'il y a deux bouts à un bâton, établissons ensuite qu'il y a plusieurs "bouts" dans le monde et que la Bretagne et sa pointe avancée, "Penn Ar Bed", ne sauraient prétendre à un monopole.
C'est pourquoi nous tenons au pluriel de notre célébration « Poésie des Bouts du Monde », manière aussi de rappeler qu'en poésie comme en amour on ne saurait sans risques mortels ou de stérilité opposer la partie et le tout. La dialectique, c'est la circulation intelligente et sensible du feu vital.
Une conception planétaire de la condition humaine, une pratique humaniste, le souvenir que nous sommes tous « poussières d'étoiles », c'est la portée qui permet l'écriture d'une ligne mélodique, sans quoi les mots ne sont que cacophonie ou rencontres de hasard.
Je suis et je reste, avec des millions d'autres, de ceux qui se baignent dans l'Orénoque ou le fleuve Amour, dans le Nil bleu ou le Mékong, de ceux qu'émeuvent et excitent certains noms : Zanzibar et Vladivostok, Pondichéry et Valparaiso, Istanbul et Marrakech, certaines formules : « Tierra y libertad », « Salut et fraternité », « l'Homme ne se nourrit pas que de pain », « la terre à ceux qui la travaillent », « la liberté ou la mort ». De ceux qui boivent le thé chaud avec les «derniers rois de Thulé » ou avec les hommes bleus de la route du sel, les cavaliers de la horde d'or, les marins de Hambourg. De ceux qui aiment et célèbrent les vaisseaux de haut bord ou les barques fragiles de l'amour. De ceux qui ne posent sac à terre que pour pouvoir mieux partir et sac à bord que pour mieux éprouver un jour la douloureuse joie du retour.
J'ai des cousins cajuns dans les bayous, et d'autres, acadiens, au grand Québec. Chez eux la musique des mots sonne bourguignonne, poitevine ou Bretonne.
Je suis, Ô chance infinie, de ceux qui ont voyagé dans le Transsibérien avec Blaise Cendrars et y ont croisé la Kolontaï et l'Ange bleu fumant des cigarettes turques à bouts dorés, à Harlem avec Louise Brooks.
Je suis entré avec Rimbaud « aux splendides villes » et « mes italiennes » découpées dans des journaux illustrés s'appelaient Silvana Mangano ou Monica Vitti.
J'ai vu Vladimir Maïakovski jouer aux échecs avec un vieux chinois dans le Barrio Gotico à Barcelone et j'ai bu le maté avec le dernier indien Tehuelche et Bruce Chatwin tout au bout de la Patagonie, nous avons rincé nos tasses dans le Détroit de Magellan.
Aux barricades d'Oviedo, j'ai bourré les grenades de fer blanc des mineurs asturiens avec les beaux mots de la révolution.
J'ai aimé les « filles de feu » de Nerval et fait route avec Isabelle Eberhardt. Entre deux caravansérails, quelques belles étrangères m'ont fait des enfants magnifiques.
A bord de l'IKARIA LO 686070 sur la Basse an Ero , à moins que ce ne fut à ToulKoch, j'ai à nouveau pris «conscience de la folie d'être marin » comme autrefois, au long cours, sur le Ronsard ou le DuBellay qui fumaient dans le Golfe Persique ou la Mer Noire. Ici, la quille a talonné la roche, le capitaine Alain Jégou. fit malicieusement jouer l'accordéon des paupières, pour proposer à la camarde, au cas où... « de chalouper un tango ».
J'ai écrit et brodé sur mes oriflammes et mes bannières des noms qui chantent les combats nécessaires et font sonner le vent : Spartacus et Saint-Just, Louise Michel et Rosa la Rouge, Nazim Hikmet et Mamoud Darwich, Andrès Nin et Durruti, Rimbaud et Kafka, Giordano Bruno et Robert Desnos, Garcia Lorca et André Laude, et les cohortes combattantes des amoureux de la « liberté libre ».
Avec des millions d'autres, je partage cette conviction profonde, JE SAIS, que la poésie à devoir de subversion, charge d'amour. Je sais qu'elle peut faire sauter des verrous, chanter la liberté, et parfois réchauffer les corps et étancher les soifs. La poésie... je sais qu'elle est acte de résistance, qu'elle procède, lorsqu'elle est bien pensée, écrite, dite, vécue, de la dignité humaine, de la beauté du monde.
Récemment, la revue Courrier International, dans un cahier de vingt-quatre pages, établissait que partout dans le monde, la poésie est en pleine renaissance. Ce n'est pas un hasard. C'est que devant l'affaissement généralisé de la pensée libre, devant la mondialisation rouleau-compresseur qui écrase et nivelle tout ce qui ne procède pas du commerce et de la finance internationale, monstres brutaux et spoliateurs, il est des millions d'hommes et de femmes qui cherchent les voix et les moyens des combats pour empêcher l'humanité sous la férule de conducteurs fous de rouler à l'abîme, de basculer dans un pandémonium final.
Avec des millions d'autres, je sais que l'heure est à la résistance, que l'urgence est au cri. Je sais qu'il y a plusieurs bouts dans le monde et qu'à partir de celui que nous occupons, il convient de crier : Vive la poésie ! Vive la vie !

Salut et fraternité

Yann Orveillon

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Mercredi 18 juin 2008

à Jean-Marc La Frenière


Toute définition de la poésie se heurte évidemment à l'indéfinissable. De plus en plus, cet art que je qualifie volontiers de marginal, du fait d'une audience quasi inexistante, en dépit de quelques coups de force flamboyants de la part des uns ou des autres (groupes poétiques, revues, éditeurs...), la poésie se joue en cercles restreints, sans répercussions décisives sur ce qui fait ou défait les modes de penser très versatiles des citoyens les plus avertis, les plus lucides. En règle générale, la poésie distrait, titille, scandalise parfois, le temps d'une apparition très vite refoulée. De l'émotion profonde retrouvée, ses auditeurs ne retiennent au mieux que l'expression d'une femme ou d'un homme en rupture de ban, et n'attendent des lectures et performances, souvent assez ennuyeuses, il convient de le reconnaître, qu'une distraction gratuite ou presque, ou, pour les plus fervents d'entre eux, une mini-révolution en vase clos, qui finira dans les charnières d'une oeuvre destinée à une possible postérité. La véritable malédiction des poètes se révèle dans ces parages nauséabonds ou les honneurs et le commerce se lient bon gré mal gré et ou la production de recueils ou de livres tient lieu de laisser-passer.

L'urgence d'une écriture rebelle à tous les conditionnements d'une société marchande de plus en plus vorace, est devenue elle-même un leurre puisque les éditeurs eux-mêmes rentrent au plus vite dans les rangs dès que retentissent les sonnettes d'alarme si jamais un cri sublime délivre la vitalité d'une liberté sans concession aux sempiternelles lâchetés qui composent l'ordinaire des élites intellectuelles auto proclamées lesquelles sévissent d'un bout du champs culturel à l'autre pour qu'on ne les oublie point. Ainsi, ce qui se donne pour de la poésie, en emprunte les formes et un certain ton grandiloquent ou minimaliste, se vend en réalité à la littérature, genre généralement respectable et admiré entre tous. "La récupération est un signe des temps" disait goguenard Léo Ferré. Et justement, la littérature a fini par dévorer bien des poètes dont la révolte s'est enlisée légalement dans les ornières bourgeoises et les circonvolutions académiques. Mais comme chaque individu se déclarant poète finit par y croire en faisant des mines pour que chacun y croit, nous assistons actuellement à une incorrigible confusion des genres. Au dix-neuvième siècle, il suffisait de sculpter de beaux vers en alexandrins, de produire des sonnets parsemés de références gréco-romaines ou orientalisantes, pour être admis au firmament des poètes. Un Banville avait certainement plus de lecteurs qu'un Baudelaire. Rimbaud en son temps resta un parfait anonyme, en dehors de quelques rares cénacles d'insoumis qui brûlaient de jeter bas les vieilles dentelles poétiques en s'aventurant plus avant sur les pas du jeune renégat lequel, écoeuré par les moeurs immoraux de son temps, rejeta tous les prestiges, et s'enfuit pour vivre sa vraie vie sans plus se préoccuper de ses écrits de jeunesse. Avec fougue et dégoût, il laissa tout en plan: amis, manuscrits, poésie... et ne revint jamais sur sa décision. Ayant, presqu'à son insu, définitivement libéré la poésie du carcan rigide des écoles littéraires, il a préféré l'oubli conscient pour s'échapper vers un éden sans rémission, et vivre en quelque sorte l'enfer qu'il s'était prophétisé. Pour lui, et pour quelques autres après lui, la poésie ne relève que de la vie même et devrait en être une des expression les plus aboutie, enfer et paradis (c'est à dire souffrance et plénitude) étant les passages obligés vers un monde que l'amour de soi et d'autrui humanise, sans l'interférence d'un dieu qui n'est qu'une maladie chronique de l'esprit. Seuls les poètes terrifiés s'en remettent encore aveuglément à cette immense supercherie au nom de laquelle dictateurs et bouchers s'en sont donnés à Sacré-Coeur joie afin d'avilir en la détournant cette expression vive du désir d'un monde créatif et généreux, épris de justice et d'harmonie. Dans notre société profane, ce dieu maléfique a la vie dure, il s'est perpétré malignement à travers les arcanes du pouvoir et la jouissance égoïste des possessions.

Il faudrait des poètes bien raisonnables pour chanter l'orgie monstrueuse de cette prétendue mondialisation qu'on nous assène de force. Alors si c'est le cas, je REFUSE d'en être. Ici et maintenant, en Europe, ils grillent toutes les étapes en refusant aux peuples la responsabilité de leurs choix. Ces chers salauds de gouvernants des nations, ils nous bouffent la couenne et viendront bientôt nous gratter les os.

Oui, chanter la beauté, l'amour, l'amitié, la diversité infinie des sensations et des perceptions telles qu'elles se manifestent, comme par magie, rendre visible l'invisible, réenchanter les communautés humaines avec l'innocence d'un premier regard amoureux ou d'un simple sourire fraternel, découvrir des territoires inconnus, bousculer la logique et la raison, mais surtout réinventer une langue vraie, commune et solidaire à l'écart du chacun pour soi qui est la règle et le credo général de tous ceux qui agissent et légifèrent comme s'ils étaient les maîtres du monde, jusqu'à la nausée, la destruction de tout par tous. Reprendre en main notre dignité de terriens, et participer, sans privilèges, à la recréation de sociétés capables de s'autogérer, suffisamment conscientes de leurs capacités inépuisables à pétrir, cuire et à partager le pain de la joie et de la peine.

À partir de maintenant, sur DANGER POESIE, nous lâcherons davantage prise , prendrons les risques qui s'imposent afin que plus personne ne soit dupe du jeu incongru des gurus de la Kulture Kontemporaine Krétinisante, cette grosse machine à sous, gérée en grande partie par l'ennemi. La poésie ne saurait être une fabrique de canons esthétiques. Et Merdre!

André Chenet

Danger poésie


 

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Samedi 14 juin 2008

Le succès planétaire de Disneyland montre que le coup de force est en train de réussir. Car ce ne sont plus seulement nos rapports à l'espace et au temps qui y sont manipulés. C'est notre pouvoir ancestral de nier l'un et l'autre au nom du merveilleux qui s'y trouve littéralement pétrifié. Aussi, le seul fait que le monde des contes de fées y soit réduit à la plus grossière réalité tridimensionnelle constitue une catastrophe comparable à la dévastation des grands ensembles forestiers. C'est pourquoi il ne suffit pas de déplorer cette bétonisation du merveilleux sans en mesurer les conséquences : si la richesse du monde en oxygène est liée à la masse de ses forêts et si cette dévastation de la forêt mentale équivaut à celle des forêts réelles, de quel rêve pourrions-nous encore vivre quand nous voilà conviés d'assister à la détérioration systématique de l'une et de l'autre ?

Annie Le Brun     Du trop de réalité, Folio
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Samedi 7 juin 2008

Un manifeste

Nous savons aujourd'hui que des forces de destruction nous menacent tous et, avec nous, la Terre des vivants. Ces forces sont démesurées mais c'est nous, les humains, qui sommes responsables de leur déchaînement. L'avidité, la violence et l'ignorance, volontaire ou non, sont à la source du mal.

Comme des millions de femmes, d'hommes et d'enfants de par le monde, nous refusons de nous laisser piéger dans la peur, le déni ou le cynisme. Nous répugnons à faire du néant notre pain quotidien. Chacun a reçu cette Terre en héritage et en partage le séjour, pour le meilleur ou pour le pire, avec tous les autres. Nous refusons d'être complices de l'horreur des temps présents. Nous sommes décidés à résister à tout ce qui vise à nous intimider, à nous mutiler, à nous anéantir.

Mais où trouver la force pour résister à l'obscurité des pouvoirs qui ont rendu orphelins tant de cœurs humains ? Est-ce demander l'impossible ? À cela nous répondons que nous avons fait le pari de donner toutes ses chances à cet impossible, afin de dégager l'avenir d'une Terre renouvelée en ses vivants et réconciliée en ses peuples.

Si le mal est en nous, le remède à la dévastation et au désespoir ne se retrouve qu'en nous. Accepter sa propre faiblesse ouvre la voie à une ferme aspiration à l'intégrité de la vie et toute sa puissance de guérison.

L'appât du gain, la soif de domination, la rage de soumettre ou d'anéantir celui qu'on tient pour un ennemi ne viendront jamais à bout de l'angoisse que provoque en chacun l'inévitable sentiment de sa précarité. L'humus nous précède et nous survivra. Que ça nous plaise ou non, la puissance qui nous a mis au monde et nous fera disparaître se joue de nos bravades et de nos prétentions. Ça suffit la suffisance !

Aux forces de destruction massive nous opposons l'amour que nous savons pouvoir dégager de la mutuelle reconnaissance de notre commune détresse originaire. C'est en consentant sans réserve et avec humilité à l'aveu de notre propre fragilité que nous ouvrons à la vie, aux autres et à l'infini qui respire en chacun.

Un seul mot de moi à toi, de toi à moi, et l'univers reviendra battre dans nos veines. Nous n'aspirons à plus grand poème que l'œuvre de guérison et d'invention d'un séjour terrestre enfin accordé à la dignité et à la beauté intrinsèque de chacun. Voilà pourquoi nous nous sommes engagés à pratiquer ce précepte :
    TU N'HUMILIERAS PERSONNE.

Tu parviendras ainsi au bout de ton chemin. Fais acte de tendresse gratuite : va au-devant de ce que tu n'as jamais pensé être, abandonne-toi à tout ce que tu vois ne pas être toi. Ne cache pas le soleil au soleil. Ta seule dette est envers sa lumière, qui n'a jamais attendu de toi que de faire un avec elle. Tu es la mémoire de l'avenir si tu n'opposes pas ton présent à l'avenir de la mémoire.


Ont signé et lu publiquement ce manifeste lors d'un acte poétique, place Gérald-Godin, le dimanche 16 septembre 2007, dans le cadre du 13e Festival international de la Littérature, les poètes José Acquelin, Paul Chamberland, Joel Pourbaix et l'artiste visuel Michel Depatie.


 

 

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Lundi 26 mai 2008

Le niveau des océans se situait à environ 300m au dessus du niveau actuel, il y a 95 millions d'années.

Il était à 600m au dessus du niveau actuel il ya 450 millions d'années.

Il y a 18 000 ans, pendant la dernière glaciation; il est descendu 100m en dessous du niveau actuel.

Une fonte complète des calottes glacières entraînerait une montée d'environ 70 à 80 mètres.

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