Mardi 14 mars 2006

e lègue à mes banquiers
le rire de mes dettes
sur l’ardoise du temps,
je lègue aux généraux
les armes d’un soldat
que la tendresse enraye,
les larmes d’une mère
toujours prêtes à sauter
quand on blesse un enfant,
je lègue à mes bourreaux
les épines et les clous,
je lègue aux psychologues
le linge de famille
qu’on lave dans le sang
et le complexe d’Œdipe
en guise d’épitaphe,
je lègue aux professeurs
le bleu des zéros purs
et la fraîcheur des cancres,
je lègue aux pollueurs
mon cancer de la prostate
et mes cirrhoses du foie,
je lègue aux cages à poule
des œufs de forêt vierge,
la marée noire aux pétrolières
et les plumes engluées
des dernières outardes,
la chevrotine de plomb
aux fesses des chasseurs,
je lègue aux barbelés
la rouille et la colère,
aux murs des prisons
des échelles de lierre,
aux hommes trop petits
les échasses du cœur,
je lègue aux incroyants
la beauté du diable,
je lègue aux cerfs-volants
des ficelles invisibles,
des chaînes aux marionnettes,
je lègue aux ruelles
la mauvaise herbe de l’amour,
je plante des épines
dans le cul des assis,
je lègue aux fous de la route
un peu plus d’angles morts,
au sérieux des comptables
des fourmis dans la tête,
je lègue aux affamés
la terre et les semences,
aux chansons muettes
la langue de nos mères,
aux yeux blancs des aveugles
cette encre de silence
pleine d’images en attente,
je lègue à mes amis
les âmes de mes chats
que je porte en collier,
les souvenirs d’enfance
qui me servent de route,
je lègue à mes enfants
le crayon de mon âme,
les bourgeons en retard
qui s’ouvrent dans les portes,
tous les oiseaux d’hiver
qui réchauffent la neige,
toutes les fleurs oubliées
au sexe des abeilles,
je lègue à ceux qui viennent
un monde mal en point
et le devoir d’en faire
un peu mieux qu’un enfer,
à ceux qui se souviennent
la mémoire des étoiles,
je lègue à ceux qui meurent
la vie de ceux qui naissent.

par la freniere publié dans : Chienne de vie
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Lundi 13 mars 2006

n rame comme on peut
Dans la galère du temps.
On coupe. On écope.
On syncope.
J’entends rugir la mer
Dans le ventre du verbe
Avec des mots blessés
Au récif des hommes.
Dans la voix des poètes
Les moutons hurlent avec les loups
Et des phares s’allument
Dans les yeux des noyés.

On rame d’île en île
À bout de gestes, à bout de rimes.
On a dans l’âme un cri d’oiseau
Et des soupirs de dentelle
Dans le désordre des bagages.
On attend Dieu ou le bourreau,
Le pain du jour ou la fessée.
On attend l’heure de se taire,
L’heure du loup, l’hiver au cœur.
On vole d’arbre en arbre
À bout de plumes, à bout de chant
Par les chemins vêtus de feuilles.

On rame tous un peu
Entre le bord du vide
Et l’appel des cieux.
On a tous dans l’âme
Un train qui ne part pas
Retenant sur le quai
La somme des départs.
On a tous une porte
À ouvrir ou fermer
Quand le poids des années
Prend la figure des choses.

Quand l’horizon débonde
Aux hanches des gitanes,
Quand la musique bande
Aux manches des guitares
La voix est comme un sexe
Dans le vagin des mots,
L’ouverture d’un bal
Dans les gestes empesés.
Plantée comme une dent
Dans la gencive du monde
La parole mord l’azur
Comme on embrasse l’aube.

J’ai un cheval au cœur
Qui rue des quatre fers,
Une parole au cul
Qui chie sur le réel.
J’ai des ratures aux yeux,
Des cicatrices aux mots,
Des lambeaux de révolte
Qui colorent le temps.

Dans le vent de ma tête
Un bateau se réveille.
Tous les cris de la mer
Emportent mes regrets.
On ne fait que passer
Sans repousser les rides.
On ne fait que chanter
Sans savoir la musique.

J’écris, je vis, je chante,
Ailleurs, ici, n’importe où,
À cœur ouvert, à mots armés,
Entre les arbres et les oiseaux,
Entre l’espoir et la douleur.
Je taille dans la nuit
Des portes de lumière
Pour accueillir le rêve.
par la freniere publié dans : Chienne de vie
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Lundi 13 mars 2006

n éteint trop souvent
Le feu de chaque jour
Et le goût de la terre
Sous le béton armé.

J’ai rencontré la mort.
Je l’ai prise pour la vie
Avec ses vieux bas sales
Et ses trous dans les yeux.

J’ai rencontré la soif,
Elle m’a offert un verre.
J’ai rencontré la faim
Entre deux miettes de pain.

J’ai rencontré des mots
Qui se cherchaient de l’encre.
J’ai caressé de l’œil
La hanche basse d’un livre
Sans rencontrer d’images.

J’ai rencontré l’amour.
Je ne l’ai pas reconnu
Avec son ventre vide
Et le cœur mis en berne.
Le temps pour cette année
N’accouchera pas d’été.

Accoudé sur la nuit
Je vois de gros nuages
Et un morceau de lune
Faire la gueule aux enfants.

Je plante des syllabes
Dans la poussière du monde
Pour que la terre demain
Se couvre de poèmes.

Avec des petits mots,
Avec des petits pas,
J’espère que l’horizon
Finira par chanter.
par la freniere publié dans : Chienne de vie
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Dimanche 12 mars 2006
ous la dictée du vent
J’écope l’eau des arcs-en-ciel.

Je butine l’espoir
À même la misère.

Je regarde la vie
Par les yeux d’un oiseau.

Sous mon râteau cassé
La terre fait sa toilette
Et peigne l’odorat
Avec ses doigts de fleurs.

La nuit n’est qu’un soleil
Qui replie ses lunettes.
par la freniere publié dans : Chienne de vie
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Jeudi 9 mars 2006

Parmi les mille choses
qui répondent à la vie
il y a un peu de tout,
un cœur de cerisier,
une fleur qui tousse,
un mimosa qui pousse
sur la poutre du temps,
une rose des sables
qui s’agrippe à la soif,
une pierre qui chante
dans une langue inconnue,
l’odeur du soleil
dans un regard de fille,
le bruissement des feuilles
dans un murmure de vieux,
le cœur qui vit toujours
en-dessous de ses moyens,
la poésie qui chante
au-dessus de ses forces,
des images sans odeur
que celle du regard,
des espoirs incurvés
comme une plante de pied,
des îles aux ailes roses,
des enfants qui mendient
quelques miettes d’azur,
des villages de feuilles
pour le rêve des nids,
des abeilles, des mille-pattes,
des poissons qui braconnent
dans les ruisseaux du cœur,
des arcs-en-ciel de fleurs
tout autour de la terre,
des clous, des limaces, des pains.
L’absolu des insectes
vaut plus qu’une prière
apprise dans un livre
et l’aile d’un papillon
que la carlingue d’un jet.
par la freniere publié dans : Chienne de vie
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autres publications:
Pour en finir avec la mort, Légitime démence, 1990

La nuit des gueux, collectif, La Plume libre, 2006

Photomaton, collectif, En Ligne Éditions, 2006

Scribulations 0-1, collectif, Éditions La Madolière, 2008





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