e lègue à mes banquiers
le rire de mes dettes
sur l’ardoise du temps,
je lègue aux généraux
les armes d’un soldat
que la tendresse enraye,
les larmes d’une mère
toujours prêtes à sauter
quand on blesse un enfant,
je lègue à mes bourreaux
les épines et les clous,
je lègue aux psychologues
le linge de famille
qu’on lave dans le sang
et le complexe d’Œdipe
en guise d’épitaphe,
je lègue aux professeurs
le bleu des zéros purs
et la fraîcheur des cancres,
je lègue aux pollueurs
mon cancer de la prostate
et mes cirrhoses du foie,
je lègue aux cages à poule
des œufs de forêt vierge,
la marée noire aux pétrolières
et les plumes engluées
des dernières outardes,
la chevrotine de plomb
aux fesses des chasseurs,
je lègue aux barbelés
la rouille et la colère,
aux murs des prisons
des échelles de lierre,
aux hommes trop petits
les échasses du cœur,
je lègue aux incroyants
la beauté du diable,
je lègue aux cerfs-volants
des ficelles invisibles,
des chaînes aux marionnettes,
je lègue aux ruelles
la mauvaise herbe de l’amour,
je plante des épines
dans le cul des assis,
je lègue aux fous de la route
un peu plus d’angles morts,
au sérieux des comptables
des fourmis dans la tête,
je lègue aux affamés
la terre et les semences,
aux chansons muettes
la langue de nos mères,
aux yeux blancs des aveugles
cette encre de silence
pleine d’images en attente,
je lègue à mes amis
les âmes de mes chats
que je porte en collier,
les souvenirs d’enfance
qui me servent de route,
je lègue à mes enfants
le crayon de mon âme,
les bourgeons en retard
qui s’ouvrent dans les portes,
tous les oiseaux d’hiver
qui réchauffent la neige,
toutes les fleurs oubliées
au sexe des abeilles,
je lègue à ceux qui viennent
un monde mal en point
et le devoir d’en faire
un peu mieux qu’un enfer,
à ceux qui se souviennent
la mémoire des étoiles,
je lègue à ceux qui meurent
la vie de ceux qui naissent.
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n rame comme on peut
ous la dictée du vent

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