Pour les bêtes apeurées au fond des abattoirs,
les rêveurs enchaînés sur une ligne de montage,
pour les vies qui finissent dans un parc à vieillards,
les étrangers qu'on trie comme on le fait du bétail,
la bonté rabrouée par le froid des banquiers,
la beauté mise en joue par la laideur ambiante,
je réclame la paix.
Pour les enfants des favelas braquant le désespoir,
pour les enfants d'Afrique aux yeux baignés de mouches,
pour les enfants si maigres jouant la roulette russe,
pour celui des banlieues s'injectant l'héroïne,
pour les enfants qui naissent au milieu des décharges,
les fillettes qu'on jette dans les bras des touristes,
je réclame une épaule.
Pour l'enfant déjà mort dans le ventre d'une mère,
pour les otages des banques que personne n'échange,
pour les amours perdus au fond des répondeurs,
pour l'oiseau mazouté dans la mer qui se meurt,
les enterrés debout faisant la file indienne,
les hommes de terre privé de fleurs,
les femmes de mer privées de vagues,
je réclame le pain.
car pour si peu que rien depuis quatre jours les beaux jours
donnaient raison aux béatitudes
dans l'inconnu d'un lac à peine nommé...
dans la sauvagerie boréale de la forêt...
là où les directions se cherchent une aiguille
dans le grand jamais des conifères...
et il s'enchantait de la moindre chose
à portée de la moindre main...
du merle des merveilles rouge-gorge
qu'on nomme depuis bientôt toujours, ici,
la grive,
en souvenir d'une outre-mer délaissée
et de l'empremier des navigations
et du vieux pays où rimbaud est né...
et du grand pic écarlate et tambourineur
qui bûcheronne la mort des arbres
et sollicite la grotte des échos
pour cartographier le grand silence
et prendre ses distances avec le reste du monde
du bourgeonnier bougon à son tour
dans ses confitures de mûres et de merises
en attendant l'hiver des sorbiers pimbinas
où il écarlate...
et de la longue robe à l'aiguille
des épinettes de bure
qui pêchent à la ligne des miroirs
les derniers reflets d'un ciel moribond
et s'entêtent à brandir deux têtes jumelles
et même parfois jusqu'à trois
au lieu d'une seule comme tout le monde
pour n'en pas croire les yeux qui s'étonnent...
qui s'exclament... et cherchent
à satisfaire une curiosité sans borne...
un homme à la retraite prud'homme
et qui recommence le monde à son avantage
est-il entièrement divulgué par le grand jour
qui chante de tous ses oiseaux
entre les branches
pour l'amadouer... ?
et dont il est question à longueur de journée...
entre nous et le bel été qui s'enchante de toutes fleurs
et exulte d'oiseaux grapilleurs
à peine esquissés entre les branches des arbres piailleurs
qui merisent à tout rompre
Pierre Perreault
Ce n'est pas moi qui bouge mais les mots qui se touchent. À défaut de silence, je m'engouffre dans un cri. J'ai des bosses étranges sur les bras. Des mots me poussent sous la peau, des phrases
entières, même des paragraphes. Je ne suis plus qu'un livre. Quand j'avance d'un pas, j'entends le crissement des pages. Je me fais du sang d'encre, un cœur en Garamond, une âme en Elzévir. Les
mots m'empêchent de courir mais aussi de mourir. Je me gratte pour me lire. J'aimerais mieux des caresses. Je tends la bouche vers le vide pour le remplir de mots. Je tends la main d'une virgule
à l'autre. Je trébuche entre les parenthèses. Mes vertèbres ne sont qu'une colonne verbale. Mes neurones se confondent aux voyelles. En creusant la mémoire, je cherche la première copie, le
brouillon d'origine. Les doigts sont des réponses à la main des questions. À partir de quel mot ais-je commencer de vieillir ? Les verbes se conjuguent à mes rides. Je porte en moi des lettres
qui s'égarent et cherchent la parole. Mes mains font des gestes d'images et laissent sur l'épaule une phrase incomplète. Je ne m'habitue pas à dormir en virgule, la tête sur un point et les pieds
dans la marge. J'ai les joues qui rougissent comme des métaphores, des bosses sur les bras et des ampoules aux pieds. Je ne vis plus, j'écris.
par la freniere
publié dans :
Prose
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