Le texte comme chair voudrait sans parenthèses conjuguer son présent. Dire le mot vivant, le sentir sur la langue, le tourner lentement. Je vis de ce moment, ce long enjambement, cette échappée du reste. Et ta voix sur la mienne. Comment dormir après. Je t'aime. Les mots tombent. Il me faudrait prêter des gestes à tous les gestes et ceux qui n'en sont pas. Pour dire. Et pour encore. Pour donner tous mes sens et que les mains écrivent ce qu'ils me sont vraiment. Et de longs doigts d'étoiles pour allumer le texte. Que la nuit prenne feu de ce qu'on est dedans. Craquent les allumettes pour éclairer le fil. Prisonnière des lignes, même pas verticale, je m'appuie sur la mer, la marmite salée où les écailles sombres, comme volets d'eau mauve, voilent les yeux de l'eau. Je rêve. Déjà loin, je veux dire plus près, je glisse sur la page jusques aux bras solides. Une sueur de soir en son ombre d'aisselle visite le cahier. "Aère un peu ton texte". Je lève lentement une robe de trop. Juste en dessous les mots ont bandé tous leurs muscles. Le ciel est un jardin. Et sa lumière bleue, haute comme une rive. Le texte comme chair voudrait sans parenthèses conjuguer son présent. Dire le mot vivant, le sentir sur la langue, le tourner lentement. Je vis de ce moment, ce long enjambement, cette échappée du reste. Et ta voix sur la mienne. Comment dormir après. Je t'aime. Les mots tombent. Il me faudrait prêter des gestes à tous les gestes et ceux qui n'en sont pas. Pour dire. Et pour encore. Pour donner tous mes sens et que les mains écrivent ce qu'ils me sont vraiment. Et de longs doigts d'étoiles pour allumer le texte. Que la nuit prenne feu de ce qu'on est dedans. Craquent les allumettes pour éclairer le fil. Prisonnière des lignes, même pas verticale, je m'appuie sur la mer, la marmite salée où les écailles sombres, comme volets d'eau mauve, voilent les yeux de l'eau. Je rêve. Déjà loin, je veux dire plus près, je glisse sur la page jusques aux bras solides. Une sueur de soir en son ombre d'aisselle visite le cahier. "Aère un peu ton texte". Je lève lentement une robe de trop. Juste en dessous les mots ont bandé tous leurs muscles. Le ciel est un jardin. Et sa lumière bleue, haute comme une rive.
Ile Eniger
Toujours la terre recommence. L'orage s'en souvient qui met le ciel à sac. Une chaleur se prend dans les traînes d'été. Les couleurs en saccades font des éclats de vent. Il pleut. De feuilles et d'eau, il pleut. L'allée et le portail sont une même rouille. J'écoute l'air que j'aime, ici glisse là-bas sa petite robe rouge. Rouge de tous les rouges, de la boue à l'humus, de la terre à la brique. J'écris dans l'échancrure, les dernières sueurs, les mots sans retenue se collent au papier. Certains taillent les arbres, d'autres font autre chose. Et moi, sans savoir rien, bien moins que le jasmin, ou l'ortie ou la main, j'écris pour être juste. Et la langue râpeuse des premières châtaignes est une pierre à sel. J'écoute ce vieil air qui fait ici là-bas. Les vignes ont déjà mis leurs breloques vineuses, déjà la veste d'ombre en un soleil rayé fait les jours raccourcis. Et les nuits cisaillées comme raisins d'octobre tombent un peu plus tôt. J'écoute ce vieil air. Les mots sans retenue se collent au voyage. Font la page encombrée. Je suis de ce désordre. Des flammes de bougies quand les plombs ont sauté, des nervures de feuilles quand les doigts s'engourdissent, des sarments obstinés à la dernière fête. Et des creux de fortune pour les oiseaux d'hiver. Je suis de cette vie réchappée des décombres. Une phrase un peu lente sur la paille brûlée. Juste un air aujourd'hui, et ranimer le feu.
Ile Eniger, Terres de Vendanges
Vendredi 15 septembre 2006
Elle fait une omelette de flocons de neige.J'entends déjà les incrédules, les pragmatiques de tous bords, les sentences grises qui disent qu'une omelette ne se fait, qu'avec des oeufs, des oeufs cassés ! Pas du tout ! Il suffit de tracer un chemin dans la mousse, de réchauffer à coeur et d'ajouter des joies. Les joies de tous les nids des arrière-saisons qui agitent fébriles leurs possibles printemps. Il conviendra aussi que le clocher libère les heures prisonnières et que la faim d'y croire frednne un vieux tempo, puis qu'une lune rousse émoustille de jaune un soleil rougissant pour avoir tous les ingrédients. Mais surtout, mais surtout, et c'est fondamental, il faut toucher la neige avec des yeux d'enfant, avec un coeur d'oiseau qui protège ses oeufs, et croire au Père Noel. Alors, peut-être, comme elle, loin des lois, des principes, vous pourrez quelquefois, dans un éclat de rire, jouer de l'impossible et, les flocons aidant, faire cette omelette et vous rouler dedans.Ile Eniger Le bleu des ronces, Editions Chemins de Plume
Mercredi 6 septembre 2006
Un gravier entre le pied et la semelle, on va dans son histoire en souliers du moment. On devrait aller nu. Mélangés à la route, ces visages, en arrière alourdissent l’espoir. Ces rêves déjà mordus et ces embarcadères, ces griffes de vieux lierres, ces bateaux échoués, ces choses déjà vécues, encombrent. Une pensée amère pelure ses oranges. La fureur des oiseaux, l’éclatement des graines n’y pourront rien changer. Ni la force du jour. J’avance dans le marbre, les mains en porte-à-faux, comme Camille. L’oraison maladroite, je cherche l’orichalque. De la première à la dernière porte, mes doigts auront tremblé. Les vieilles eaux qui roulent et fabriquent la neige savent tout des douleurs. Des buées, des ruisseaux, des torrents et rivières, fleuves, mers, océans, autres larmes et nuages, savent tout des douleurs. La jeune étoile rouge tombe sans le savoir en l’extrême du bleu, la suprême brûlure, juste avant l’explosion. Entre la déchirure et l’immobilité, mes jupes dans les ronces ne craignent plus grand-chose. Mais ces voix d’avant-hier que m’apporte le vent gardent des inflexions qui blessent mon poignet. Hier pèse si lourd qui appuie l’imparfait, aux nerfs, aux ligaments. Qui essaie ses crochets, ses clous de dernière heure. Les mots arrivent las sur la page virgine, étranges et boiteux. Je préfère le pur que je ne connais pas, la parole des pierres, le silence des herbes, la constance des terres. A la fouille des os, la première nervure défend son territoire, Des racines aux feuilles, pas de péage pour la sève, souffle l’arbre. La flaque parle encore de la pluie à venir. Et la dernière face est un soleil de plus. Je ne veux pas d’amour mais l’amour. Un jour, je serai grande. Des chemins de traverses et des enroncements, du rêche des broussailles, je le ramènerai, ce bleu.
Ile Eniger - Le bleu des ronces - Editions Chemins de Plume
Mercredi 6 septembre 2006
Extrait du recueil "Le bleu des ronces" actuellement en souscription aux Ed. Chemins de Plume, parution fin avril 06.
D'un mot l'autre