Vendredi 24 février 2006

Ne laissez pas vos pas

faire des racines
au pied des murs
ni les dieux douaniers
peser le poids de l’âme
à la pointe du fusil.
Ne laissez pas vos gestes
à la merci des gants
ni la soie des drapeaux
remplacer votre peau.
Nos histoires se croisent
autant qu’il y a de routes.

Je peux voir la mort
monter en graines,
le sang des épines
colorer l’absolu,
la mer rentrer bredouille,
la main chercher son poing
sous l’amas des caresses.
Je peux suivre les oiseaux
sans apprendre à voler,
parler aux bêtes
sans savoir leur langue.
Je ne peux pas manger
sans mettre le couvert
pour les âmes absentes.

La peau de vache enragée
j’en ai fait un canot,
la branche cassée
un aviron d’espoir
et de l’eau des nuages
un fleuve sans frontières.

par la freniere publié dans : Chienne de vie
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Mercredi 15 février 2006


Sans que je crois en Dieu
la rosée du matin

m’enseigne la prière.

Je salue le soleil

et les nuages qui flottent

dans la soupe du ciel.

Je remercie l’hiver
d’enlever ses souliers,

le soldat qui déserte,
la peur en bandoulière,

les accolades,

les pommes volées,

l’azur qui lève dans les yeux,

les œufs de Pâques dans les poules,

les fourmis, les chevreuils.

avec des mots rescapés de l’enfance

Je mène les fleurs à l’abreuvoir

et le malheur à l’abattoir.

Je suis la trace des libellules,

des anthères, des oiseaux,

les lignes de la main

qui dérapent du temps,

la fuite des idées
dans le chant d’un pinson,
le regard des enfants

et le cri des corneilles.

Chaque matin d’un mot

je nettoie le silence

comme un oiseau qui prie

dans l’église des feuilles.


par la freniere publié dans : Chienne de vie
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Vendredi 10 février 2006


On a pris l’homme
la main dans le temps.
Il volait des souvenirs
pour agrandir ses pas.

Condamné au futur
il doit apprendre à lire
au-delà du regard.

Le cœur qu’on passe
par les larmes
renaît peut-être ailleurs
dans un rire d’enfant.


par la freniere publié dans : Chienne de vie
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Vendredi 3 février 2006


Excusez-moi du peu.
Je n’ai pas d’ailes pour voler
Des chausse-trapes aux chaussettes.
Je n’ai pour vous parler
que quelques cris du cœur,
les dix doigts de la main
pour retenir le temps
comme on retient la pluie,
le rouge des oreilles
qui tache la musique
et le rouge des joues
qui remonte à l’enfance,
la page inachevée
sur laquelle je m’endors,
du vin blond, du vin fou
sur la nappe des yeux,
de la couleur dans l’ombre
et ses poils en pinceau,
des mots roulés en boule

dans une poche kangourou,
des poissons bizarres
qui traînent leur bocal
avec une laisse en eau,

un vieux chat qui ronronne
dans ma gorge nouée,
le pollen des amis
qui me saoule de mots,
le bleu du Richelieu
qui coule dans mes bras.
et porte dans ma voix
tous les genoux qui saignent
et les cailloux lancés
sur le pas des vieillards.

Excusez-moi du peu.
J’ai troqué ma valise
pour le cheval du rêve.
Je n’ai qu’un peu d’avoine
pour traverser l’hiver,
le mouvement des bras
amorçant l’accolade,
la terre des voyelles
où croissent des images,
un soleil en pied de bas
et des abeilles en fleurs
.


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Lundi 30 janvier 2006

Ton cœur piquait
Sous sa chemise de paille.

J’ai encore une brindille

Incrustée sur la voix.

Elle me ramène l’odeur

Des pique-nique sans fin

Sur le bord du ruisseau.

Son eau s’appelait Rose

Sans qu’on sache pourquoi.

La fraise de ta langue

Tachait mon espérance
Du rouge des enfants.

J’ai tes éclats de rire

Dans mes rimes en casseaux,

Tes éclairs de génie
Dans mon cœur en orage.

J’ai laissé mes pupilles
Se perdre dans tes yeux.
La nuit me sert de regard
Où j’avance à tâtons
Vers l’horizon qui fuit.
J’ai laissé mes guenilles

Se pendre sur la nuit.

Elles flottent sans défense

Et cherchent ta présence.

La pluie seule réveille

Mon corps à ciel ouvert.

Je fais semblant de croire
À tes eaux qui reviennent
Caresser mes cailloux.

J’ai allumé la lampe

Devant ta chaise vide.

Le bruit de chaque pas

Réveille notre chien
Mais ce n’est jamais toi
Qui frappe à la porte.

Tu veilles dans la lune

Et me lances des mots.

Je monte dans la phrase

Pour les cueillir au vol.

Sur la page d’azur

Je signerai ton nom.

 

par la freniere publié dans : Chienne de vie
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autres publications:
Pour en finir avec la mort, Légitime démence, 1990

La nuit des gueux, collectif, La Plume libre, 2006

Photomaton, collectif, En Ligne Éditions, 2006

Scribulations 0-1, collectif, Éditions La Madolière, 2008





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