Au fond des yeux
masques de carnaval,
prunes vertes,
manège enchanté.
Dans le noisetier
une corneille s'est posée.
Au rouet d'âge tendre
le chanvre s'est rompu,
les lilas vont mourir.
La robe rouge, écorchée,
ne veut plus gambader.
Les gestes, pliés,
dorment dans les livres.
Le jardin grappille
ses dernières groseilles.
Au bord des lèvres
un sentier s'est perdu.
Une vieille pluie
a rouillé
la girouette des cyprès
et les jouets suffoquent
de n'être plus touchés.
Le ciel s'éloigne,
privé d'éclaircie.
Partout
s'allument des cris.
Brigitte Broc
Vendredi 26 septembre 2008
Enfin des mots crachés saturés des alcôves sur le pli qui suppure et là sur la couture un silence greffé. Quelques mots en boutures qui sèchent aux crochets, salaisons
trop passées, moisissures en gouttes. La peau qui fane, c'est un miel collé de mouches. Je sais. J'ai renversé tout les liquides pour ce manque de temps, les mots, l'opium fumé sur peu de
notes.
Surtout, je ne dirige rien, je rédige du vent, mes sueurs et mes larmes, et le sperme et la pisse, et la douleur arrive.
J'ai trouvé, j'ai la vie jouée au troisième acte, quand le rideau se baisse en flocons de poussières.
Des rides d'œillet triste, une voix de crécelle, j'aurai gagné du bronze.
Il pleut, mais juste un peu pour garder de l'humide, l'olivier vieux chavire quand ses feuilles sont grises, et moi, à la fenêtre, les coudes sur le froid, suis-je vieux ?
Peut-être que je crache mes dernières bordées, ma dernière guitare aux cordes effilochées, ma dernière insolence.
Les mauvais coups, les coups tordus, les pas trop cons et les silences, les pas de danse et le granit, on fait sa nuit, on s'aventure.
Et si j'osai entrer dans l'étendue du temps passé, et si je perdais pieds avec une rime au silence, compte réglé au bout des soldes ?
Avec dans le grand sac tous ces mots en broutilles qui font semblant de naître.
Plus de nouvelles, et pourtant, j'avais payé très cher ma place dans les ruines.
Je vais fuir au fond des failles, derrière le mur de l'aquarelle de mon père, sur la place aux platanes, sur cette chaise en paille du paysage desserré.
Robert Cuffy
(J'ai écrit ce texte extemporé ce matin, suite à la tuerie qui est arrivé hier dans une école en Finlande, c'était à 130 kms de chez moi. on était en alerte. Mais on n'a pas eu de travail,
parce qu'on ne sait pas encore guérir les morts.
Le pire de la tristesse, c'est que la même chose est arrivé en Finlande aussi, il y a un an, presque jour pour jour.
Un pays sur la carte de la tristesse du monde... un de plus.)
La Finlande est un pays où il ne se passe rien
un pays que personne ne sait où il est
les gens y sont tristes
les gens boivent parce qu'ils sont tristes
puis ils boivent pour oublier qu'ils ont bu
ils marchent les épaules au fond des poches
l'âme de leurs ancêtres vit au fond des pierres
La Finlande est un pays où il ne se passe rien
les élans ne lèvent même pas la tête quand un menhir passe
les corneilles ne parlent pas parce qu'elles n'ont rien à dire
les oiseaux migrateurs apportent le ciel au printemps
et le remportent en automne
soigneusement plié dans leurs ailes
C'est un pays où les paysages sont beaux et les gens tristes.
c'est un pays dont on ne parle jamais.
sauf des pilotes de course et des tueurs
C'est le pays où j'habite mais qui n'a jamais été le mien
Par contre vous pouvez venir me voir
Je vous montrerai l'automne le plus beau du monde
comment cuisent les compotes de pommes
je vous amènerai sur le marché des feuilles
où les bouleaux s'échangent des louis d'or
je vous montrerai des renards se choisir une fourrure
dans les couleurs des aurores boréales
je vous montrerai des filles éclairer la nuit à la lueur de leur yeux
des baies de sorbiers au bout des ongles
La Finlande est un pays triste
c'est un pays où l'on tue d'être triste
c'est le pays où j'habite
Aar
Texte publié sur le site d'Ile Eniger
Mercredi 24 septembre 2008
Prisonniers de ce monde sans recours
entre la tyrannie et le cœur
chaque jour qui passe est à redouter
dans la lumière jetée aux fers
nous sommes rassemblés et atteints
les bras ouverts jusqu'au sang
à genoux sur la liberté humiliée
Le sol ne se cesse de se dérober
sous le poids des fables et des égarements
misérables deuils
pour une aumône d'amour
nos vies persistent à s'unir
au soleil ordonnent de se lever
en pièces détachées
ils ont fait éclater l'avenir
tout ce qui leur est étranger
dans des malles ils ont mis à l'ombre
une confiance voyageuse
le mystère de nos existences
le temps se veut éternel
en Amérique ou ailleurs
sur une plage enveloppée par la mer
le silence commence toujours par une chanson
avec des mots qui continuent à correspondre
nous périssons en compagnie de nos images
derrière les voiles du mensonge
notre vérité respire encore
les plus élémentaires solitudes ne nous quittent jamais
en contrebande rien n'est passager
une innocente tendresse ravage nos blessures
comme une prière parmi les bombes.
Louise Fournier
Tu dis "tout tient à l'intérieur d'un rêve"
Et tu crois avoir ainsi résolu
L'inconcevable énigme de ton souffle
Mais les rêves l'un dans l'autre s'emboîtent
Et tu ne sais si tu es dans le rêve
Ou dans le rêve d'un rêve rêvé par
Le dormeur d'un autre monde onirique
Si ta prison une fois démontée
N'ouvre pas sur une prison plus vaste
Elle même enclose en d'autres corridors
Si obsédé par cette perspective
Que tu tends à négliger l'essentiel :
Faire vivre le rêve ou bien t'en évader
Quitte, une fois les cloisons abattues,
À te trouver face à la nudité
Du blanc aveuglant du non-advenu
Et n'avoir en toi pour le repeupler
Que larmes acides et sourires subreptices
Si tu décidais d'habiter le rêve
Habites-le pleinement, goulument
Comme si les battements de ton cœur même
En dépendaient et ne te livres pas
À ta façon indécente de muter
Les miracles en actes administratifs !
Pascal Perrot
D'un mot l'autre