Samedi 21 avril 2007
Quand l'homme aura tué la dernière bête, abattu le dernier arbre, asséché la dernière goutte de pluie, il comprendra enfin que l'argent n'est pas comestible.
par la freniere publié dans : Paroles indiennes
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Mardi 20 mars 2007

Diane Glancy est née en 1941, à Kansas city dans le Missouri d’un père Cherokee et d’une mère de descendance Anglo-Allemande. Elle a été longtemps une artiste en résidence pour le STATE ARTS COUNCIL d’Oklahoma. Plusieurs de ses livres relatent cette expérience. Aujourd’hui elle enseigne au Macalester College de St-Paul dans le Minnesota, où elle est professeur dans le département d’Anglais, elle enseigne la poésie, l’écriture et la création tant dans le domaine de la fiction que dans celui des scripts ou du théâtre, elle donne des cours et anime des séminaires de littérature Indienne.

 " Je suis venue à l’écriture de poésie parce que les voix de mes ancêtres me manquaient. Je suis née entre deux cultures, Européenne et Indienne. Mon père avait quitté son environnement Cherokee et les siens pour trouver du travail pendant la dépression des années trente. Il s’est marié à une femme de descendance Anglaise et Allemande. Il disait que nous devions vivre dans ce monde, en cela il signifiait que nous ne devions pas regarder en arrière mais aller de l’avant. Je n’ai pas été élevée auprès de ma famille Cherokee, et je me suis mise à écrire pour remplir les cases vides de cet héritage, cases où la connaissance de la culture Cherokee aurait du se tenir.

A mes débuts, il y a à peu près vingt cinq ans, personne ne s’intéressait aux auteurs Indiens. Puis, quand le multi-culturalisme fût promu aux U.S.A, les seules voix Indiennes que recherchaient les éditeurs, étaient celles parlant des Plaines, les chasseurs nomades des bisons, les tipees et les coiffes de plumes. Les Cherokee étaient des fermiers cultivant le maïs. Ils élevaient des animaux domestiques : vaches et cochons. Je n’avais jamais vu à l’époque de tipee ou de bison. Les parents de mon père vivaient dans des huttes. Le maïs était l’aliment de base, pas le bison. Ce fut donc plus tard qu’une place fut faite à mes ouvrages. Mais pas avant que les éditeurs ne réalisent que les types de cultures Indiennes étaient différentes entre elles, et qu’il existait de nombreuses tribus. Alors je pus enfin trouver les voix perdues de mon héritage Indien, ce qui me permit d’abandonner l’imaginaire stéréotypé de mes écrits.

Mes paysages sont les prairies d’Oklahoma : les grandes étendues d’herbe haute. J’aime aussi beaucoup la route à perte de vue, dans la campagne, ce parce que je voyage souvent sur le couloir central, l’axe nord-sud qui traverse les U.S.A. Je vis dans le Minnesota depuis maintenant dix sept ans parce que j’enseigne dans une université de cet état. Je retourne souvent à Kansas-city, où mon père s’est installé pour travailler il y a si longtemps. C’est là qu’il est enterré, mes deux parents y sont enterrés. Le langage écrit est apparu tard pour les Indiens d’Amérique, mais c’est le véhicule que j’utilise pour tracer mon chemin.

Mon dernier livre ( 2004 éditions SALT PUBLISHING ) est dédié à la poésie et à l’idée de "ville champignon", car celle-ci recèle toute une collection de poèmes. Je viens d’Oklahoma où ces villes surgissaient soudain en une nuit. C’était l’époque de la course pour posséder une terre, puis ensuite l’époque de la ruée vers l’or noir. Ce livre est également dédié à la terre, au couloir central de l’Amérique où j’ai vécu, traversé du sud au nord, et où l’image des villes champignons devient celle des cabanes de pêcheurs, ces abris construits sur la glace d’un lac du Minnesota. Dans le froid, poussent petites villes champignons du souffle, l’haleine, qui recouvre la signification profonde dans les cultures Indiennes du mot poème."



Primer of the obsolete


Jut a word into the silence
hardly anyone notices
the corner room
a blue piece of wall
the sausage on a plate
as if looking for an airport.

It was not the same sound running over us
heard until we could not think.

My wife (meal maker for me) ) a-g(w’)-s-ta’-yu-hv-s-gi’
cornbread maïs a-l(i)s-ta-i-di
sweet potatoes se’lu ga’-du
pumpkin pie nu :-n(a) a-ni’nv-hi’d(a).

It was a wave sort.

A nothing at the rim.

Something at the core.

A switch from being watched.

 
 

Amorce de désuétude

Avancez un mot dans le silence
violemment tout le monde remarque
le coin de la pièce
un pan de mur bleu
la sauce sur une assiette
comme si elle cherchait un aéroport.

Nous n’entendions pas le même son autour de nous
en attendant que nous ne puissions plus penser.

Ma femme (prépare le repas pour moi) a-g(w’)-s-ta’-yu-hv-s-gi’
farine de maïs a-l(i)s-ta-i-di
patates douces se’lu ga’-du
tarte à la courge nu :-n(a) a-ni’nv-hi’d(a).

C’était une sorte de vague.

Rien au bord.

Quelque chose au centre.

Un changement d’où être regardé.

 
In A primer of the obsolete, Chax Press, 1988
 
 

Crows

There were three crows in the morning grass wiping the underside of their wings with dew. The back of their heads like Indian hair, their shoulders holding out their feathers. You think at first they’re three dark spirits transformed by the wetness of light after their nightshift. They’re cleaning the coal dust and soot from their wings still black at dawn. they wipe their bodies with their own tongues. They lick the fire out.

 
Corbeaux
 

Il y avait trois corbeaux sur l’herbe matinale qui se frottaient le dessous des ailes avec de la rosée. L’arrière de leur tête est pareil aux cheveux des Indiens, les plumes de leurs épaules bien tendues. A première vue vous pensez à trois esprits sombres métamorphosés par l’humidité de la lumière après leur périple nocturne. Ils débarrassent leurs ailes, toujours noires à l’aube, de la poussière charbonneuse et de la suie . Ils se nettoient le corps de leur propre langue. Ils lèchent le feu qui sourd.

 
Diane Glancy
 
Traduction Béatrice Machet
 
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Mercredi 28 février 2007
Le congélateur
 
 
Hey le Blanc homme civilisé
Toi qui as tout cultivé
Merci pour ton savon aseptique
qui astique la graisse de mon cerveau
et fait muer la couleur de ma peau
Merci pour ton éducation si logique
qui rend mes neurones plus élastiques
Merci pour ta grande démocratie
fondée sur la hiérarchie
qui encense les plus grands
avec la cendre des plus petits
 
Hey le Blanc sais-tu ce que veut dire «Inuit»
Traduit dans ta langue mon nom veut dire «homme»
Et même si je suis celui dont tu profites
Tu ne peux effacer de mes rêves l’Inuk autonome
 
Toi qui as mis au congélateur
la crème glacée de ma mémoire
en y gardant bien au froid ton cœur
dans tes beaux grands livres d’histoire
tu me comptes dans la marge des erreurs
tu me lis entre les lignes de ta gloire
et c’est en blanc que mon nom est écrit
 
Raoul Duguay Luoar Yaugud
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Mercredi 28 février 2007
Deborah Miranda

" Je suis une métis. Mon père est d’ascendance Esselen et Chumash (Santa Barbara, Monterey, Santa Ynez, Californie). Ma mère a des ascendances Française et juive .Mon expérience des tribus apparaît avec l’histoire des missions et l’histoire des Indiens de la côte ouest du sud de la Californie, se poursuit avec le ressort et la résistance de ces peuples et leur résurgence viviviante, réjouissante. Je suis née à L’hôpital de UCLA, j’ai grandi jusqu’à l’âge de cinq ans à Los Angeles, puis ma mère a déménagé pour l’état de Washington. Mon père nous y a rejoint huit ans plus tard. Tous les trois avons alors essayé de renouer et d’appliquer les modes de vie tribaux jamais oubliés, jamais perdus. Ma mère a fait des recherches généalogiques, mon père avait de très nombreux et très riches souvenirs de son enfance car la précédente génération avait fait l’expérience physique d’une cohésion tribale intacte. Mon goût prononcé de raconter, d’écrire, a fait le reste car nous avons ainsi pu réunir, recomposer des familles perdues de vue depuis longtemps, et des membres de la tribu Esselen vont ainsi pouvoir obtenir un statut reconnu. Je suis fière d’avoir contribué à cet effort."
 
Une cérémonie des pleurs

Pleurez pour la naissance, pour la façon dont le pouvoir entre
et sort simultanément.

Pleurez pour l’étonnement qui nous est donné
telles des étoiles au dessus d’une route sombre.

Pleurez pour le silence, la silhouette
d’un cerf dans les prairies au petit matin.

Pleurez pour la confiance, telle une fleur jaune
s’épanouissant dans des lits de lave noire.

Pleurez pour la mémoire pareille à des os dans la terre la plus douce
qu’on aurait pas dérangés.

Pleurez pour la compréhension, identique au son
d’eau pure émis par la source.

Pleurez pour les retrouvailles, la façon dont les miracles même
se produisent auprès des survivants.

Pleurez pour le désir, le passage vers le centre
d’une montagne ancienne.

Pleurez pour la plénitude , un rêve à l’intérieur d’un rêve
dont on vous fait don pour le louanger.

Pleurez pour la force, comment elle monte en spirale
telle la fumée qui véhicule des prières.

Pleurez pour la foi, telle une plante sacrée
elle arrive à maturité avec un épais et riche feuillage.

Deborah Miranda

Traduction et commentaire de Béatrice Machet

 
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Mardi 27 février 2007

Joseph Bruchac est l’auteur aussi bien de récits de fiction que de poésie. Il a également recueilli les contes des peuples Iroquois et Abenaki dont le fameux : Thirteen Moons on The Turtle’s Back. Récompensé par un prix littéraire, il apparaît, en tant qu’auteur ou co-auteur, dans plus de cinq cent publications et dans une bonne soixantaine de livres. Il a fondé avec sa femme Carol la maison d’édition The Greenfield Review Press, et il est le directeur de la revue littéraire  The Greenfield review. Son travail d’éditeur et de revuiste ont débouché sur des ouvrages d’anthologie. Il aime aller à la rencontre des artistes comme lui, d’ascendance Indienne En effet Joseph Bruchac est certainement aux U.S.A. celui qui connaît le mieux la poésie Indienne et ses auteurs, en cela il est leur plus ardent défenseur. Il vit au pied de la montagne Adirondack, dans la ville de Greenfield, dans le nord de l’état de New-York, dans la maison où ses grands parents maternels, membres de la nation Abenaki, l’avaient élevé. Malgré des ascendances Anglaises et Slovaques, il affirme que c’est son héritage Indien qui l’a le plus nourri.

 En 2003-2004, Joseph a vu édités deux recueils de poèmes (éditions West End Press) : NDAKINA (notre terre en langue Abenaki) et ABOVE THE LINE.

En mars 2005 paraît un roman, intitulé CODE TALKER, retraçant la participation des Indiens Navajo à la deuxième guerre mondiale, notamment dans le codage des messages secrets de l’armée , à travers la vie d’un jeune héros de 16 ans.

Joseph Bruchac, est le plus ardent défenseur de la littérature Indienne sur le sol Nord-Américain. Il dédie son recueil NO BORDERS ( dont sont extraits les trois poèmes) à tous ceux qui pour regarder la terre n’ont pas recours aux cartes. Ces textes tout droit tirés de son héritage Abenaki, sont un témoignage mais aussi une réflexion sur la notion de frontière : un terme cher au mythe de la conquête de l’ouest qu’il convient de remettre en question sous l’éclairage des événements mondiaux contemporains.

 Ce livre est tout à fait représentatif de ce qu’on appelle aujourd’hui " littérature Indienne " : ni description de la déchéance de certains de leurs frères, ni trahison de leurs cultures orales, mais bien émergence d’une écriture littéraire résolument consciente d’une identité riche et bien vivante. Cependant attention ! les auteurs Indiens ne veulent pas être enfermés et réduits à ce simple et terrible adjectif d’indien, ils s’adressent à tous les humains sans distinction de culture ou de couleur. Rappelez-vous : aucune frontière, pas d’étiquettes, pas de tiroirs mais l’ouverture du cœur.

 Recueil traduit par Béatrice Machet et disponible aux éditions VOIX , collection " vents contraires.

 
 

LUNE DU SIROP D’ERABLE

Quand la neige commencera juste à disparaître,
à l’orée de nos bois nordiques,
les érables encore une fois nous apporteront,
montée de leurs racines, une douce sève.
Une histoire Abenaki racontait ceci :
Une fois, les érables versèrent du pur sirop.
Tout au long de l’année, il suffisait de casser un rameau
pour remplir votre coupe en écorce de bouleau.
C’était si facile, les gens en devinrent paresseux.
Ils se contentaient de s’allonger sous les arbres,
la bouche ouverte, et de boire toute la journée.
Glooskap, le géant qui aidait le peuple,
vit que c’était là mal faire, et donc il
mit en réserve
beaucoup d’eau dans chaque érable.
Et depuis ce jour, ce n’est pas aisé
de faire notre récolte auprès des arbres.
Nous faisons bouillir quarante litres de sève
pour n’obtenir qu’un seul de sirop d’érable.
Mais bien que Glooskap l’ait durci,
ce travail rend le goût de notre sirop bien meilleur.

 

LES ANGLES


Aux coins des rues
devant les magasins de boissons alcoolisées
les gens s’appuient au mur
dans des volutes de fumée
que le vent pousse
au bout du monde
Dans ces angles aigus
ils oublient un monde
qui une fois fut rond
et, hors de leur conscience , ce vent
les emporte par dessus une limite
plus tranchante et plus impitoyable
que les éclats de verre
de la bouteille qui tombe
et brise les ailes de l’Oiseau Tonnerre.


Les oiseaux Tonnerre, ou l’Oiseau Tonnerre est une émanation du grand Esprit, dite puissance rouge chez les Sioux. Rêver de L’Oiseau Tonnerre est une vision très puissante qui détermine un grand changement dans la vie d’un homme, voire dessine sa destinée . N.d.t.

 
Joseph Bruchac
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