Les cerisiers, vieux chiens mouillés, traînent leurs bosses entre les gouttes froides. Au fond du ciel
quelqu’un s’essuie avec obstination les pieds sur la lumière. Le temps patiente derrière les vitres.
Les flaques naissent, milliers de minuscules mondes inutiles, pour faire ricocher nos solitudes. Et
les amibes se prennent pour les reines du monde.
Thomas Vinau
Le vol lourd
d’une tronçonneuse
de pollen
Il sait bien
qu’on ne vole pas droit
contre le vent
Escalader
les parois fragiles
d’une fleur de cerisier
De fleur en fleur
la tournée des bistrots
pollen jusqu’à plus soif
Le bourdon repu
accoudé au zinc
des pétales
Thomas Vinau
Être le chien du petit matin, les quatre pattes plantées dans la boue froide.
Le ventre rond de l’aube qui fait de l’ombre aux nuages.
La goutte au bout du bec d’une mésange qui frissonne.
Être la carcasse docile des collines, cet étrange troupeau courbé qui se désaltère au pied du jour.
La vague et l’eau du ciel, mouvement de ses contraires, plate ruminance de la lumière.
Être l’ironie de l’ombre.
Être la fine couche de glace entre l’eau de la flaque d’hier et l’eau de la flaque d’aujourd’hui.
Le bord abandonné d’une route.
Le cheval vapeur du facteur cheval.
Un crayon de couleur.
Être le fil d’araignée qui redresse le monde.
Thomas Vinau
À jml
Le vieux fou
bêche à la main
prêt à gratter la peau des choses
Il aurait tout aussi bien pu
devenir loup, perdreaux, talus
fenêtre
Il aurait tout aussi bien pu
devenir une boîte d'allumettes
une graine, une plume
un instant perdu
ou le reflet de la lumière
sur la neige
Le vieux fou
bêche à la main
prêt à goûter la peau des choses
Chaque jour
il essayait
de faire germer
des points de suspension
...
Thomas Vinau
D'un mot l'autre