Vendredi 21 décembre 2007

Une carte du monde
pour ne jamais partir,
une carte d'affaires
pour écraser les autres,
une carte de jeu
pour tromper le hasard,
une carte de membre
pour se sentir moins seul,
une carte à puces
pour perdre la mémoire,
une carte d'invitation
où l'on n'ira jamais,
une carte de parti
pour se mettre à genoux,
une carte de souhait
pour se faire pardonner,
une carte de train
pour ne pas dérailler,
une carte de fête
pour ne pas faire la fête,
une carte de presse
pour mentir à la une,
une carte blanche
dans un paquet voleur,
une dernière carte
pour se sortir du jeu,
une carte de crédit
pour se trancher les veines.




par la freniere publié dans : Poésie
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Mardi 18 décembre 2007

Sous les chemises déchirées,

les bruits de paille et d'herbe,
la lumière des os
dans la tombe trop noire,
dans le froid d'une crypte
ou la chaleur d'un lit,
dans les frisons du cou
ou les tilleuls d'or,
sur le duvet de l'aube,
au milieu des dégâts,
au milieu des fatras,
sous les ratures noires
et la sève des croix,
dans la colère des mots,
la douceur des plaisirs,
la couleur des raisins,
la douleur des enfants,
dans l'encre des images,
sur le flôt des vingt ans,
la beauté des rivières,
la promesse des fruits,
l'allégresse des jeux,
la sagesse des vieux,
la vérité des ronces,
fermer le livre des querelles
brûlé par les deux bouts,
passer la main des mots
sur la cuisse des idées.






par la freniere publié dans : Poésie
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Samedi 24 novembre 2007

Je t'aime à tu et à toi,
à nu et à nous,
en route et sous le toit,
en lune et en soleil,
en soupente, en lucarne,
envers et contre tout,
de l'envers à l'endroit,
en tous et en chacun,
en abîme et en ciel,
de l'oreille à la voix,
tout à toi,
tout en toi,
toujours encore,
de l'éclair et l'instinct,
de l'aube à l'infini,
en dehors, en dedans,
en coup d'œil, en coup de pompe,
en argile et en bois,
en fougère et en foudre,
en rivière et en arbre,
de sa robe d'écorces
à la paille des nids,
en racine et en fruit,
en pollen et en poil,
de la rumeur des abeilles
à l'haleine des bêtes,
de la dernière vague
à la première étoile,
je t'aime.



 

par la freniere publié dans : Poésie
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Dimanche 4 novembre 2007


En ce moment dans le monde

pendant qu’on vend un million de Barbie

plus de vingt milles enfants meurent de faim.

En ce moment dans le monde

pendant qu’une fillette saute à la corde

dans une ruelle propre de Westmount,

une autre saute sur une mine

dans un désert de sable en Angola.

En ce moment dans le monde

pendant qu’un altiste fait ses gammes

à Paris ou ailleurs,

un soldat fou tire dans la foule

à Pékin ou ici.

En ce moment dans le monde

pendant qu’un vieux flatte son chien

deux cent chasseurs braquent un fusil

sur un seul vol de canards.

En ce moment dans le monde,

la chair de poule se couvre de jurons,

le verbe haïr se conjugue à la foi,

le verbe aimer à l’imparfait du temps.

En ce moment dans le monde

seuls les fusils mangent à leur faim,

la main du rêve n’a que ses ongles à ronger,

l’échine de l’espoir doit gruger ses vertèbres.

En ce moment dans le monde,

pendant que les enfants regardent un papillon

ou parlent aux étoiles,

on ment, on triche, on tue

à la table des grands,

l’humanité entière se divise en clients.

On vend le miel aux abeilles,

l’accolade aux manchots,

le ciel aux mécréants.

Aujourd’hui dans ce monde

où plus rien ne se donne

que voulez-vous que je fasse

d’une poignée de mots

qui vous tendent la main ?





 

par la freniere publié dans : Poésie
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Lundi 15 octobre 2007


à Yoan et Loup

Il y a des oiseaux-mouches,
Des chats-chiens,
Des soleils dans la lune,
Des pêches avec des yeux de poisson,
Des cœurs de pomme qui sont
Des motels à pépins,
Des captus à pois,
Des épiques de douceur,
Des tables en miettes,
Des miettes de table,
Des tables en pain,
De la farine de bois
Où lèvent des maisons,
Des clochettes à moustache,
Des bibittes à poil,
Des oiseaux tout chauves
Qui volent à l’envers
Et des sourires d’enfant
Plus fort que les canons.

Est-ce Yoan et Loup
Qui roucoulent déjà
Et mettent du soleil
Dans leur gosier gracieux,
Le beau, le chaud, le tendre
Dans la peau du silence,
Du poivre de douceur
Dans la salière du cœur
Et du poil à gratter
Dans la litière du chat.

La terre a mis ses ailes
Pour embrasser le soleil.
La terre a mis ses pattes
Pour marcher jusqu’au ciel.
La mer a mis ses mains
Pour caresser les îles.

J’ai arraché du temps
Les gants gris du réel.
Je suis une eau qui coule
Entre vos mains ouvertes.
Hier j'étais vêtu d’oiseaux morts,
Aujourd’hui m’habille de rosée.
Sur le banc des hommes
Je suis le vent qui passe
En apportant le chant,
Distribuant ses papiers fous
Aux yeux du paysage,
Déshabillant la route,
Déchaussant les racines
Qui veulent s’envoler.

J’étais la main noircie
D’un fantôme anonyme,
L’herbe éteinte en hiver.
Je ne mens plus aux arbres,
Aux pierres ni aux bêtes.
Je porte sur ma peau
Leurs vieilles cicatrices.
Vous êtes leur espoir.


 
par la freniere publié dans : Poésie
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Ed.Chemins de Plume 156, Corniche des Oliviers-V 30 - 06000 Nice

 

autres publications:
Pour en finir avec la mort, Légitime démence, 1990

La nuit des gueux, collectif, La Plume libre, 2006

Photomaton, collectif, En Ligne Éditions, 2006

 

 

 

 

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