Mardi 8 août 2006


Le paysage s'est arrêté. Une rumeur revient, toujours la même, la soif des fontaines sur un pays sans eau. Si je bouge, je tombe. Nur rebord. Le loup amoureux, le chaperon, le beurre et la grand-mère sont au fond du panier, recouverts de quotidien. Je marche à l'avant du déchir. Le jour glisse et quand j'essuie mes yeux, c'est du bleu que j'arrache. Une couleuvre change de pierrier, un oiseau se fracasse contre la vitre. Elle copiait le ciel. Le sang ne bat plus à la tempe des doigts, la buée d'un bain chaud n'efface pas l'escalier qui longe le néant. Des coquelicots meurent à peine regardés. L'amour n'était qu'une enfance qui jouait à la marchande. Derrière moi, la mort d'une femme.

Ile Eniger   L'Inconfiance


sérigraphie: Claire Cuenot

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Mercredi 26 juillet 2006

C’est un jardin de cotonnade blanche, un amandier à l’autel de l’hiver.
Miette de mésange aux nappes des nuages, elle écrit tout, dit tout, en
rangées de phrases qui font des vagues sur sa mer. C’est une fille d’eau, de
graines d’arbres, de gestes en liberté. Une maison de chemin qui place le
portail au beau milieu d’ailleurs. La chaleur de ses mains apaise les
douleurs. Sur la rouille des fils, dans les points de clarté, elle touche la
joie et ramène la braise. Elle a des yeux de louve qui profondent la nuit.
Et le crépitement qui enflamme, c’est sa robe qui tombe.

Ile Eniger

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Mercredi 26 juillet 2006

C'est un silence étroit de pierres et de pas dans les ronces. Une exigence aride. Elle est celle qui passe, avec à l'un ou l'autre instant, cette lame d'ombre, ce cri de feuille. Elle n'imite rien, d'autres le font. Plus aucune nuit ne blesse en tombant. Le noir vidé de jour fait un rempart contre l'agitation du monde. Elle croit pourtant la lumière et dit que la terre sait aussi cela, qui s'ouvre et se ferme sans inquiétude. Jusque sur la table l'advenir est simple de la surface lisse des murs qui garde trace des tableaux à l'odeur des Chasselas d'enfance. D'une gorgée d'été, elle dit qu'un seul rire éclaire. Elle dit que la pluie donne toujours quelque chose du ciel.

Ile Eniger

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Mercredi 26 juillet 2006

Elle rôde, elle est forte. En fond de cale et noir de cave, elle attend son moment. Au millimètre près, elle mesure les distances, évalue les états, paramètre les chances. Tapie pour calculer l'élan, elle circonstancie les manières d'agir. Sa marche douce recouvre tous les emportements, elle ne donne à voir qu'une raison passive, emmitouflée d'indifférence. Les images passées, les moments fantasmés, ne sont pas lettre morte, ellle attend son moment. Son vouloir est poison qui ranime l'espoir. Cette proie qu'elle veut, elle la veut encore. C'est la femme des nuits dans le bout des jardins, l'ombre mêlée aux ombres de la rive d'attente. L'inquiétude du soir aux marécages des séductions. Les alouettes mortes aux miroirs des refus qui prévoient le phoénix. Elle a fait de son temps un atout essentiel.  Silence pointé de quelque miel, elle abrite sa froideur, patience d'araignée. C'est une experte ! décidée à reprendre, son repli fait stratège dans un coin d'abandon.

Ile Eniger - Une clé sous la pierre

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Mercredi 26 juillet 2006


Le vent portait comme des fleurs, des fruits. L'indéfini parcours de pollens inconnus. Les oiseaux dans les graines, les tamias sur les chaises, le fleuve déroulé aux crosses des fougères, les longues routes longues qui ne mesurent rien, et les lilas ouverts comme huiles précieuses, je parle d'un pays qui m'a parlé de moi quand il parlait de lui. C'est comme une chaleur, des doigts sous ma chemise, la parole d'un loup, la verdeur confondue des sinoples profonds à la phosphorescence. C'est l'immense  pays, le cri des ouaouarons dans le mouillé des herbes, des nuages en neige qui froncent leurs couleurs sur l'orage du soir, les bois-francs ramenés pour le froid à venir et la chaleur du feu qui ne s'éteindra pas. L'érosion ajoutée aux rondeurs des montagnes Appalache les terres d'une mémoire en plus. Quelques vieux cimetières dorment éparpillés comme de vieux sourires, aux côtelés violines que le ciel monte à cru, les jupes des cascades défont leurs hanches souples. C'est quelque part ailleurs, une présence juste, l'érable et la forêt qui enfantent le miel. Aujourd'hui au présent, l'agrume du soleil réchauffe les absences dans la tasse du jour. L'image est bien vivante au cheval des distances. L'usé des traces rouges a mêlé mon poignet au sang des mots à vivre. Et la force du bois s'élève pour jaillir dans le feu de mes mains.

Ile Eniger

 

 

 

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autres publications:
Pour en finir avec la mort, Légitime démence, 1990

La nuit des gueux, collectif, La Plume libre, 2006

Photomaton, collectif, En Ligne Éditions, 2006

Scribulations 0-1, collectif, Éditions La Madolière, 2008





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