J’ai laissé la cohue,
la colère, la foule
et les colonnes de chiffres
pour un voyage d’arc-en-ciel,
les mains noires de la terre,
les deux pieds dans le rêve,
les amis descendus de partout
rompre le pain de la parole,
les poèmes qui brûlent
au milieu de la nuit
comme des lucioles en fête.
Je t’écris pour te dire
que la chasse est ouverte
mais les fusils sont vides,
que la porte est fermée
aux prophètes de malheur
mais les fenêtres ouvertes
sur le vol des outardes.
Je t’écris pour te dire
que le soleil éclaire
les chemins noirs du temps,
que j’ai planté des mots
à la place des tomates
pour que germent à jamais
les âmes de nos chats
qui sont mort avant nous,
que j’ai planté du pot
pour en faire mes choux gras.
Je t’écris pour te dire
que le bleu des montagnes
crève son placenta,
que les volets du toit
chantent encore en anglais
de vieux contes celtiques,
que la pouliche du vent
porte un nouveau poulain
et que les draps du lit
sentent encore ta présence.
Je t’écris pour te dire
que les pommiers sont saouls
dès le premier bourgeon
mais que je reste sobre
comme un poteau de clôture,
que notre loup Chibouki
courent encore les lièvres
mais les ramènent vivants
pour s'en faire des amis,
que la pluie cicatrise
les entailles des érables
mais ne peut rien pour moi.
Je t’écris pour te dire
que mon cœur saigne encore
sans ta main sur ma peau
et ton cul sur la paille.
Quand je pense à autre chose
c’est à toi que je pense.
Je n’ai pour me défendre
que les poings de l’amour
mais je reste sans haine
devant l’éternité.
D'un mot l'autre