Jeudi 12 juillet 2007

Né le 25 mai 1928 À Angoulême d’une famille poitevine (Au XVIe siècle, ses ancêtres étaient laboureurs à Mauprevoir (Vienne). Études secondaires au Lycée de Tarbes. Maîtrise et D.E.A. de Lettres. Prépare pour 1989 une thèse de Doctorat sur August Strindberg à l’Université de Paris. Ancien journaliste et cinéaste, travaille comme réalisateur et reporter à la chaîne nationale de Radio France-Culture. Membre du comité de fonctionnement de l’Union des Écrivains de France et de la commission des traducteurs au Conseil Permanent des Écrivains. Il a publié L’Amour du jour (1952), Double Équateur (1954), Les Runes (1975), Les Jardins rétrogrades (1978), Chaleur du tendre (1982). Il a collaboré à Action Poétique, La N.R.F., La Quinzaine Littéraire, le Magasine Littéraire. Deux séjours au Québec : 1977 et 1983. A traduit en français Herman Melville, Chester Himes, Jan Myrdal, Erik-Axel Karlfeldt, Par Lagerkvist et surtout Gunnar Ekelof et August Strindberg.

 
Saint-Gatien-Laurent-Lapointe

J’ai vu le Nil, le Rhin, le Rhône et le Gange

L’Aar et l’immense Amazone

J’ai le Po et la rivière Charles

Le Tibre, l’Adige et la Tamise

Et en Afrique noire d’ivoire

Bandama rouge, Bandama bleu

Et j’ai vécu sur les bords de la Seine

Le tiers en cours de ma vie…

 

Mais le Saint-Laurent restera pour moi

Le Père de tous les fleuves et de Trois-Rivières

Et l’océan majesté depuis l’Arctique survolé

Jusque au Mont-Royal…

 

Et Gatien en était le Prince

En son vaisseau solaire

Sur le fleuve ou presque, au plus près

Face aux six kilomètres de l’autre rive…

 

Notre première rencontre fut donc l’avant-dernière

Sur la photo tu me regardes

Comme si tu ne devais plus me revoir

Moi, ton aîné de quarante-trois mois…

 

Et dans ton antre vaste à la mesure du fleuve mitoyen

À mi-chemin du ciel et du fleuve

 

Il y avait Bernard Pozier

Le «titi parigot» de la Mauricie

Des Anges et du rythme réunis

Et aussi de la belle Grimaldi

Louise Blouin, muse de ses recherches

Rêvant de bicyclette en Italie

Comptable des voix du passé

Des voix qui se sont tues sur les ondes éthérées

 

Il y avait aussi Alphonse Piché

L’ancien au nom qui porte à boire

Et à chanter près des anciennes tables

Comme à bord des bateaux

Qui nous offrait son dernier profil

Et Dargis, le sosie des vikings

Au scénario grammatical

Et moi, et moi, et moi

Venu du vieux pays.

 
Art poétique

On ne me trouvera pas

Dans l’«Anthologie quatre-vingt»

Du «Castor Astral» et de «l’Atelier de l’agneau»

Dans l’odre alphabétique

Entre MARTIN Yves et MATHOUL Jean-Marie

Je suis né dix-neuf mois trop tôt.

 

Je ne figure pas non plus

Dans «La poésie contemporaine

De langue française depuis 1945»

Aux Éditions Saint-Germain des Prés :

On m’a encore oublié…

 

Je ne suis pas non plus cité

Dans l’«Année Poétique 1975»

Bien que, cette année-là

J’ai publié «Les Runes»

Obtenant pour cela

Le prix Aurel.

 

Inconnu au bataillon

Pour les «Années Poétiques» suivantes

Bien qu’en 1977, Action Poétique et

En 78, Miroirs aient publié

Tout juste de quoi

Faire savoir que je n’étais pas mort

Et que je respirais encore

Poétiquement parlant.

 
Vœu de non-chasteté

Que la lune soit rose au soir ouvrant les draps

Que tout globe soit jumeau proposé à mes doigts

Que le bonheur soit dru comme averse de mars

Chaque jour sans amour est doublement perdu.

 
Petit testament

Je voudrais mourir de ta main

Par une nuit sans brume et sans bruit

Je voudrais mourir de ta main

Par une nuit sans témoin

 

Seuls nos regards entrecroisés

Le mien, sur ta nudité

Accordée comme au temps passé

Et le tien, sur mon immortalité

 

Seuls nos regards entrecroisés

Sauront, dans les siècles des siècles

Seuls nos regards entrecroisés

Sauront garder le secret.

 
André Mathieu
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Dimanche 1 juillet 2007


Né à Asnières en France en 1929, Michel van Schendel a émigré au Québec en 1952. Tour à tour rédacteur à la Société Radio-Canada, journaliste au Devoir et au Nouveau Journal, traducteur pour la Commission royale d'enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme (commission Laurendeau-Dunton), secrétaire de la Commission provinciale d'enquête sur l'urbanisme (commission La Haye), Michel van Schendel a participé activement à la vie intellectuelle de son pays d'adoption ; il a collaboré, entre autres, aux revues Liberté, Cité libre et Parti pris, et il a dirigé de 1968 à 1971 la revue Socialisme. Il a aussi mené une importante carrière universitaire. Professeur de littérature française et québécoise, il a été l'un des fondateurs de l'Université du Québec à Montréal, où il a enseigné pendant trente ans au département d'études littéraires et milité au syndicat des professeurs jusqu'à sa retraite en 1999.
Michel van Schendel a obtenu en 2003 le prestigieux prix Athanase-David du Québec pour l'ensemble de son œuvre littéraire. Parmi ses recueils de poésie, citons Autres, autrement (1983), Extrême livre des voyages (1987), Bitumes (1998), Quand demeure (2002), Choses nues passage (2004) et Mille pas dans le jardin font aussi le tour du monde (2005). La rétrospective De l'œil et de l'écoute, qui regroupe ses poèmes parus de 1956 à 1976, lui a valu en 1980 le Prix du gouverneur général du Canada. Pour Michel van Schendel, le travail du théoricien était intimement lié à celui du poète et le versant critique de son œuvre révèle une densité et une puissance d'évocation remarquables. Parmi ses essais littéraires, mentionnons notamment ses Rebonds critiques. Michel van Schendel a aussi publié des textes plus difficiles à classer, entre l'essai et la fiction, comme Jousse ou la traversée des Amériques, en 1996, et L'œil allumé, contes de la colère triste, en 2004, ainsi que le premier tome de mémoires dont il assume l'inévitable part d'autofiction, Un temps éventuel, histoire d'un homme et de plusieurs, en 2002. Il laisse plusieurs manuscrits achevés qui paraîtront à l'Hexagone, là où Gaston Miron l'avait accueilli en 1958 en publiant son recueil Poèmes de l'Amérique étrangère.

 
 
Bondir, rebondir
 

Michel van Schendel n’a jamais écrit d’essais, mais des rebonds, qu’il qualifiait de critiques, des sauts et des sursauts plus ou moins risqués, selon une méthode, un methodos, un chemin, jonché d’ornières et de cahots provoquant d’innombrables rebondissements. M. v. S. aura donc écrit des œuvres de pensée non seulement pour « penser », dans le libre exercice du jugement et de la connaissance, envisagés du point de vue de leur totale gratuité, mais pour bondir et rebondir, au sens étymologique du terme, du latin populaire bombire qui veut dire « résonner » : il partage avec chacun ce qui le fait bondir, littéralement, l’étonne ou bien l’indigne, le met hors de lui dans une colère ou un enthousiasme irrésistibles, ce qui résonne en lui comme l’effet d’une bombe, justement, et le fait du même coup rebondir ou reprendre vie dans un nouvel élan.

 

« Prendre un nouveau développement après un arrêt, une pause », voilà l’un des sens du verbe rebondir selon Le Robert : la pensée, chez M. v. S., est ce développement nouveau, comme un élan ou comme un saut, après la pause provoquée par ce qui nous arrête. Un obstacle est devant nous, un mur, un précipice, un gouffre, qui nécessite un temps d’arrêt, où la pensée se recroqueville, non pas pour se replier, se retrancher en elle, dans son abri, mais pour mieux bondir et rebondir, se tassant et se blottissant, se rétractant et se ramassant pour sauter plus haut, plus loin, selon une traction incompressible, qui la déploie dans toute son extension, dans toute sa force et sa puissance. Voilà le motus, le motif ou la motivation de cette pensée : ce qui la met en branle, c’est ce qui l’ébranle, se met sur son chemin comme un obstacle qui l’arrête, d’abord, la met à l’affût ou aux aguets, la contracte dans tous ses nerfs et tous ses tendons — car la pensée est un muscle chez M. v. S. comme chez Artaud —, puis la lance comme une bombe de sens neufs et d’idées fortes dans un tel bond ou un tel rebond qu’elle dépasse ou fait sauter l’obstacle sur lequel elle avait initialement buté.

 

L’esprit « critique », chez lui, on pourrait dire l’esprit « crisique »,  en fait, ce n’est pas tant le jugement à froid, dans la distance et le désengagement incarné par une certaine pratique des sciences, que le bondissement et le rebondissement de la pensée sur le chemin qu’elle emprunte ou fraye, où elle perd pied le plus souvent, se cogne et se frappe à toutes sortes d’embûches, sur ce terrain miné de notre histoire et de notre monde, de nos discours aussi bien, où l’on s’engage à fond, sans possibilité de retour, de repli ou de retrait sinon pour rebondir ou mieux sauter dans un élan qui nous mène au-delà, dans un franchissement de la crise qui nous fait tressauter ou tressaillir, certes, mais nous donne en même temps un nouvel impetus, une nouvelle énergie, la force de rebondir devant toute situation critique.

 
*
  J’ai appris à penser dans et avec l’œuvre critique de Michel van Schendel. Je me souviens entre autres d’une lecture toute en rebonds et d’une interprétation pleine de rebondissements qu’il avait faites d’un célèbre poème de Paul-Marie Lapointe, « ICBM (International Balistic Missile) ». C’était à l’occasion d’un colloque des « sociétés savantes », au début des années 1970, où étaient présents, notamment, Hubert Aquin et André Belleau, dont on sentait l’écoute tendue dans la parole elle aussi tendue de M. v. S. La forme dialogique de sa réflexion, qui sait faire résonner en elle non seulement la pensée du texte étudié mais celle, aussi, qu’elle appelle et anticipe à la fois, de ses nombreux interlocuteurs, m’a toujours semblé, depuis cette date en particulier, la forme la plus juste que pouvait prendre la parole critique, qui doit faire rebondir l’une sur l’autre les différentes voix dont dépendent l’écriture et la lecture, la production et la réception de tout texte et de tout discours. J’ai appris cela de van Schendel : on n’est pas seul à penser, même en soi, on est légion, dans l’adversité comme dans la solidarité. Il ne faut jamais taire cette socialité parfois conflictuelle ou dissensuelle de la parole et de la pensée, qu’on doit au contraire faire entendre et résonner à haute et intelligible voix dans sa propre voix, même dans ses torsions et ses distorsions les plus dissonantes.

 

 

L’autre chose qu’on apprend vite en lisant ou en écoutant Michel van Schendel, c’est la double exigence d’une participation de la pensée à la chose publique, à la vie commune, populaire, politique, à laquelle nous enjoint notre existence de sujets historiques, redevables face au temps et face aux autres, et d’une inscription de cette même pensée dans une langue qui a sa densité propre, une langue commune, certes, mais singulière dans son ton, son style, son rythme, une langue proprement poïétique, créative, productive, effective. C’est dans l’étroite conjonction de cette double exigence, politique et poétique, que la pensée de M. v. S. s’est dessinée depuis les débuts, traçant la voie qui pourrait mener à une réarticulation à la fois sociale et discursive de l’individuel et du collectif, de l’originalité irréductible de la voix de chacun et de la solidarité indéfectible des voix de tous et de toutes. La parole critique est chorale, orchestrale : elle fait entendre l’extrême diversité des tessitures de la pensée, selon une partition où les arguments se déploient en contrepoints, dans une orchestration colorée d’idées et de propositions dont le contenu et la portée sont inséparables des enjeux politiques qu’ils soulèvent comme du jeu poétique qui les porte et qui les emporte. C’est la leçon que l’on retient : toute pensée est incarnée, dans un monde, essentiellement politique, et dans une langue, essentiellement poétique.

 

C’est la raison pour laquelle la pensée de Michel van Schendel confine tantôt au pamphlet, à la diatribe, à la satire ou au libelle, où se manifeste sa « colère triste » sinon enjouée, tantôt au poème, au conte, à la fable, voire à l’autofiction, où s’exprime ce qu’il appelle son « temps éventuel », celui où tout pourrait être autrement, même si cela a déjà été. L’œil allumé. Contes de la colère triste a paru à juste titre dans une collection d’essais, que j’ai le plaisir d’animer, même s’il s’agit, pour les deux tiers du livre, d’une suite de récits, et Un temps éventuel. Histoire d’un homme et de plusieurs a reçu le prix Spirale de l’essai de même que le Prix de l’essai de l’Académie des lettres du Québec, même s’il s’agit d’une sorte d’autobiographie intellectuelle plus ou moins fictionnalisée. C’est que la pensée critique de M. v. S., qu’elle prenne un tour polémique, comme dans le premier livre, ou un tour plus introspectif, comme dans le second, prend chair non seulement dans l’Histoire comme telle, où s’incarne chacune de nos idées, avec son poids de réalité, sa charge signifiante, ses effets de sens, mais aussi dans des histoires au sens propre, celles d’un homme et de plusieurs, des récits de vie qui sont aussi des récits de mots, de phrases, de rythmes et de figures où l’on entend une voix unique et devine un vrai visage, avec le regard singulier qu’il jette sur chaque chose.

 
*
  Mais M. v. S. est aussi un penseur qui sait affronter la théorie… sans jamais, toutefois, l’abstraire des enjeux pratiques et du contexte social où elle s’ancre. Entre la sociocritique, la sémiotique (peircéenne, surtout), la rhétorique (des tropes et de l’argumentation), l’analyse du discours et des idéologies et ce qu’on appelle, plus globalement, la théorie littéraire, sa pensée s’est déployée dans tous les champs des sciences humaines avec une aisance et une puissance remarquables, associant érudition, rigueur, originalité dans une parole et une écriture d’une justesse qui m’a toujours paru exemplaire, loin du ton souvent faux de nos pensums universitaires. Il y a un savant qui parle dans les Rebonds critiques, de même que dans les nombreux articles qu’il a fait paraître dans Liberté, Brèches, Sédiments, Voix et images, Dialectiques ou Littérature, aussi bien que dans Yale French Studies ou University of Toronto Quaterly, mais ce savant n’ignore pas les limites de tout savoir, le bord extérieur de toute science, qui touche à la fois à l’illimitation du monde et à l’infinité du sens, qu’il nous fait sentir ou éprouver par la qualité de sa voix, la densité de sa langue, l’extrême perspicacité de son style qui voit et va plus loin que les notions et les concepts qu’il met en forme et auxquels il donne sa force.

(...) 

  On ne se console pas de la perte d’une voix amie, d’une pensée proche, mais les livres qu’elles nous lèguent contiennent à jamais l’image réverbérante, l’écho rebondissant dans lesquels elles continuent de vivre en nous. Lisons ces livres, écoutons-les : ils nous parlent de ce qui ne finit pas… thème secret de tout essai, motif de tout poème, figure caché du récit de toute une vie… Ils allument notre œil, ils nous font vivre ce temps éventuel où passé, présent et avenir sont confondus, réconciliés, par-delà toute disparition, dans les sauts et les sursauts ou les bonds et les rebonds que la parole ne cesse de faire sentir dans ce pouls du monde qu’elle prend en le pensant comme si elle lui donnait le jour.

 

Pierre Ouellet 

 
Bibliographie:

Poèmes de l’Amérique étrangère, L’Hexagone (1958)
La poésie et nous,
L’Hexagone (1958)
Ducharme l’admirable,
L’Hexagone (1967)
De l’œil et de l’écoute,
L’Hexagone (1991)
Extrême livre des voyages,
L’Hexagone (1991)
Autres autrement,
L’Hexagone (1991)
L’Impression du souci,
L’Hexagone (1993)
Rebonds critiques 1
 L’Hexagone (1993)
Rebonds critiques 2
 L’Hexagone (1993)
Jousse ou la traversée américaine,
L’Hexagone (1996)
Bitumes,
L’Hexagone (1998)
Quand demeure
, L’Hexagone (2002)
Temps éventuel,
L’Hexagone (2002)
Choses nues passages,
L’Hexagone (2004)
L’œil allumé,
L’Hexagone (2004)
Mille pas dans le jardin font aussi le tour du monde
(2005)
Oiseau, Vieux-Port et charpentier
, L’Hexagone(2006)
Épars et le continu – Rebonds critiques 3
L’Hexagone (2006)
Écrits politiques, L’Hexagone
(2007)

 
 
 
 
 
Amérique étrangère

Amérique Amérique
Terre carnivore aux brèches du désir
Amérique
Éponge humide des brasiers de ton sang
Lande d'yeux qui brûlent au fond de tes poubelles
Amérique Amérique de soufre
Amérique d'écorce hoquet des hurleries et saxo noir des fous
Amérique tendue aux quatre clous des vents
Chiffonnière des nuages des cornes de fumée roulent à la jetée du ciel cent taureaux tremblent à perte d'envie dans tes loques de cris
Amérique d'angine peau de râpe cœur de givre toi
ma gerçure
Amérique concave enfant vieillot manne vaine dont la mort n'est jamais blanche et dont la vie n'est jamais rose
Amérique plaqueuse de goudron sur les barreaux de ton bonheur
Amérique abattue abattoir de tes rouilles
Ivrogne du matin léchant des horizons de pluie
Terre de futur vague et de rencontre Amérique

SANS TITRE

Mais regarde

Elle est allée pour un peu de farine
elle est allée pour un peu d’eau
elle est allée pour un peu d’air

La farine est moisie
l’eau est déviée
l’air est brisé d’un mur de feu
la main brûle

regarde

Elle est revenue à son toit
un peu de terre et de paille en main
elle est revenue pour vivre un peu

le toit se déchire au vent du sol
la maison est détruite au chien d’acier
cent personnes l’habitaient cent personnes sont aux gravats
terre et paille ne servent plus vont au chiendent

Elle a déblayé un peu de pierre
elle a trouvé un peu de linge
elle a cherché l’enfant

regarde
et n’oublie pas

 
Ils ont maquillé les comptes

Les maîtres sont tranquilles

prétendent-ils

peut-être pas mais si

ils insistent du doigt

ils insistent d’un cil

 

Les maîtres sont inquiets

ne le disent pas

ont peur

ont de quoi rompre l’os

et tarir l’eau

sont coits

 

Les maîtres ont peur n’aiment pas

ils mordent la raclure la jambe la cervelle

échappent au juge

cassent le juge

et cassent l’œuf

 

Crève ils disent crève

 

Les maîtres sont tranquilles

quand on ne veut pas

quand on ne veut plus

 

Les discours sur la nature

cachent le scélérat

 

Ils ont gagné beaucoup d’argent

ils ont maquillé les comptes

 

Ils aiment les chiens

ils aiment les fleurs le disent

 

Ils écrasent le hère

ils compatissent

 

Ils tuent comme ils baisent

ils ont de la bonté

 
*
 
Mille pas dans le jardin
Font aussi le tour du monde
 
Mille pas vers le monde
Font un banc près de l’arbre
 
Mille fleurs
Ne demandent qu’un peu d’eau
 
Mille abeilles
Font l’éclosion
 
Mille sources
Inondent l’herbe
 
Mille regards
Font un bruit d’essaim
 
Mille pas font une claie d’osier
Entre les mains du jardinier
 
 
Michel van Schendel
 
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Dimanche 1 juillet 2007

G.Henault.jpg
Hénault, Gilles, écrivain (Saint-Majorique, 1er août 1920 -- 1996). Après des études au Collège Mont Saint-Louis, il entreprend un programme de lecture et d'écriture auto-dirigé et publie plusieurs poèmes dans les magazines Horizons (1937) et La Nouvelle Relève (1941). Il se tourne alors vers le journalisme, se liant d'amitié avec différentes figures du monde littéraire, dont Jean-Aubert Loranger et particulièrement Éloi de Grandmont). C'est avec Grandmont qu'il fonde les Cahiers de la file indienne (1946), une collection consacrée à des expériences d'écriture automatiste dans laquelle il publie Théâtre en plein air (1946).

Sa décision de se joindre au journal communiste Combat avec Pierre Gélinas (le journal ferme définitivement en 1947, à la suite de la loi du cadenas du gouvernement de Maurice Duplessis lui ferme temporairement d'autres portes du monde journalistique. Hénault travaille ensuite comme organisateur syndical dans une mine de nickel de Sudbury et publie bon nombre de poèmes dissidents.

En 1953, de retour à Montréal, il travaille à la radio, à la télévision et au cinéma, comme journaliste, scénariste et animateur. Il devient rédacteur littéraire et artistique au Devoir en 1959, et directeur du Musée d'art contemporain de Montréal de 1966 à 1971. Il est écrivain-résidant à l'U. de l'Ontario en 1975-1976 et responsable du département des arts plastiques de l'UQAM en 1983-1984.

Il continue à écrire de la poésie : Totems, illustré par Albert Dumouchel (1953); Voyage au pays de mémoire, illustré par Marcelle Ferron 1960); À l'orée de l'oeil, illustré par Roland Giguère (1981); À l'inconnue nue, illustré par Léon Bellefleur (1984), Noyade, illustré par Monique Charbonneau (1986) et À l'écoute de l'écoumène (1991). Il est le récipiendaire de prix importants, notamment le Prix du Gouverneur général pour son livre Signaux pour les voyants (1972) et le Prix David pour l'ensemble de son oeuvre (1993).

 

...] quand on a été un grand intellectuel et un homme politiquement de gauche, on ne peut pas faire œuvre ordinaire, on porte en soi son temps et sa critique, on porte en soi la vivacité d'un pays et l'urgence d'écrire de facon à témoigner de sa propre expérience. Toute la modernité de l'œuvre de Gilles Hénault tient à cette exigence de rester lucide sans désespérer, lui qui a manié, ce qui est si difficile et risqué, l'humour jusque dans ses poèmes pour que la vie témoigne toujours de sa force de résistance. [...] Hénault aura traduit sa pensée et son monde d'images en des textes formés de très grandes proses, en des pages pleines et amples, comme dans des poèmes aux vers généreux ou laconiques, même par quelques calligrammes ou cryptogrammes, afin d'accorder dans ses textes rythme et pensée, fulgurance de la figure et sens bouleversé. Et chaque fois on est comme surpris de voir à quel point ce poète a su toujours trouver le bon ton, l'exacte forme pour que s'accomplisse le poème. [...] Alors, relisons, silencieux et admiratifs, cette œuvre incarnée dans la plus grande magie, celle qui va au-devant du miracle inattendu des images fulgurantes. Hugues Corriveau

« Le poème n 'est pas un accident chez G, c'est l'envie de tenir une parole libre dans un monde où nous ne cessons d'être contrôlés, de nous contrôler [...] Quand je lis G, il y a un homme à l'écoute du monde ; il écoute tout, il devient tout : la toundra, une femme, un œuf, Mozart, une guerre. » Philippe Haeck

Théâtre en plein air, Cahiers de la file indienne, 1946

Totems, Éditions Erta, 1953

Voyage au pays de mémoire, Éditions Erta, 1959

Sémaphore suivi de Voyage au pays de mémoire, L’Hexagone, 1962

Signaux pour les voyants, poèmes 1941-1962, L’Hexagone, 1984

À l’inconnue nue, Parti pris, 1984

À l’écoute de l’écoumène, L’Hexagone, 1992

Poèmes 1937-1993, Les éditions Sémaphore, 2006

 
 

Chanson des mégots

I

Elle est partie en laissant ses mégots.
Eh ! pourquoi pas, le feu est sans histoire
Et l'art de bien fumer pare les continents.
Qu'en dites-vous, lutins des magiques journées ?
Ces temps sont révolus parce que l'âme clame en toi
la floraison des voyages délétères.

II

Elle est partie en laissant ses mégots.
Transparente est la fuite des voilures lisses
au bord d'un horizon mémorial
où la rame indéfiniment rature les vagues du rêve.
Elle est partie sans ses poissons dorés au coeur de cerise
sans le rayon des jours sans pluie
sans le manteau de bruit que tisse le passage des trains
sans le petit chaperon rouge des soleils en-allés
sans l'ourson assis dans la désolation du déluge.

III

Elle est partie sens devant derrière
sa jeunesse décousue
en laissant le poisson comme un fruit.
Le couteau est moins aigu qu'un éclat de rire
La face convulsée est un écran très lumineux
La première journée, elle avait fait couler une source de ses cheveux
Qu'il t'en souvienne
La deuxième journée fut celle de l'amour sans nuages dans les îles de l'été
Et les autres journées furent les journées-caravane
Les orients pâlissaient devant le monstre bicéphale
Et la dernière journée elle partit
en laissant ses mégots
en laissant son éventail de frasques incomprises
Ses cheveux aux serrures
Ses empreintes digitales au plafond
Ses colères éclatées
par où entre le vent des futures années.

 

Intermède

Vous dormez dans les eaux nacrées
vous dormez dans les eaux navrantes d'hier
(la rivière est couverte d'éphémères)
Répétez d'Héraclite l'axiome
toujours changeant :
« Jamais deux fois dans le même
fleuve on se baigne
« Jamais une seule fois dans
le même fleuve...
« Jamais dans un même fleuve
on se baigne
« Jamais on se baigne sinon
dans des fleuves toujours fluants »
ainsi va la poésie ainsi vont
les sanglots et les sèves
(ainsi gire l'énergie)
Le mouvement dénonce la photographie
et l'annule

 
 

Sémaphore

Les signes vont au silence
Les signes vont au sable du songe et s'y perdent
Les signes s'insinuent au ciel renversé de la pupille
Les signes crépitent, radiations d'une essence délétère, chimie de formes cinétiques, filigranes d'aurores boréales.
Et tout se tisse de souvenirs feuillus, de gestes palmés éventant l'aire des lisses liesses.
Les signes sont racines, tiges éployées, frondaisons de signaux dans le vent qui feuillette son grimoire.
C'est l'hiver et le pays revêt sa robe sans couture dans un grand envol de feuilles et de plumes, dans un geste de sorcier saluant les derniers spasmes de la flamme.
Sous la voussure du ciel
S'allume une bourrasque de sel
Signe d'un silence qui sourd du songe et de l'ennui
Le silence darde sa lance au cœur du paysage soudain cinglé de souffles véhéments et la tempête monte comme une écume de légende pour ternir les bagues de la nuit.
L'homme dans le mitan de son âge ne sait plus de quelle rive lui vient la vie

 
Enfance

Á Gaëtan

Il fait clair de neige dans ma tête.
Les loups sont à la piste des Noëls anciens.
Par le gong et par le glas cinglés de poudrerie
J’évoque ici l’enfance des châteaux en Espagne
Vitriol des années bleues
Douceur du feu aux doigts de chanvre
Chandelles et mirlitons faussés
De la ritournelle du temps jadis
Orgue de barbarie des civilizations mourantes.

Le monde se retire comme la marée
À mesure qu’on pense plus et qu’on voit moins.

Gilles Hénault
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Dimanche 17 juin 2007

benoit-conort.gif
Né en 1956. Ancien élève de l'Ecole nationale supérieure de Saint-Cloud, Benoit Conort a enseigné au Sri Lanka, en Pologne et au Portugal de 1981 à 1992. Il a également voyagé dans de nombreux pays, en Inde, au Népal, en Thaïlande, au Japon et aux Etats-Unis. Il a soutenu une thèse de doctorat sur la mort dans l'oeuvre poétique de Pierre Jean Jouve. Maître de conférences à l'Université de Paris X-Nanterre, il travaille sur l'écriture de la mort dans la poésie française du XXe siècle. Il est membre du comité de rédaction de la revue Le nouveau Recueil et collabore à de nombreuses revues.
Il anime des ateliers d'écriture en collèges et lycées et participe à la formation des enseignants du secondaire à la poésie française contemporaine, à l'Académie de Versailles. Il a fondé avec Patrick Souchon le Carrefour des Ecritures, association visant à promouvoir la pratique des ateliers d'écriture dans l'enseignement et en bibliothèque. Il a été membre de la commission poésie du CNL de 1996 à 1999.

 
Bibliographie :

 Aux Editions Champ Vallon:

 Main de nuit                       1998 ,      prix Mallarmé

Cette vie est la nôtre               2001,   prix de l’Académie Mallarmé

 Aux Editions Gallimard,  collection   “ le chemin”

 Pour une île à venir             1998,       prix Fénéon ;   prix F. Jammes

 Au-delà des cercles,           1992,         prix  Tzara

 
Pour une île à venir (extrait)

Il se souvient de la petite soeur partie pour l'hôpital une ambulance devant la porte le berceau vide

Rester allongé ne plus bouger attendre attendre encore un seul geste pouvait briser le bleu d'azur et porcelaine

Il n'avait pas compris ne comprend toujours pas

"Elle s'est absentée sous la pierre nue du petit cimetière"

Dans la cour des cris d'enfant séchaient sur des linges trop blancs

Le rêve se poursuit le songe est à la traîne et tire le bras endolori

Il voudrait bien poser la tête sur le bord du chemin ne plus porter sa voix comme on vit au désert il voudrait s'endormir

D'un sommeil lourd profond

Il voudrait tant tant de choses qu'il ne peut nommer

Tant de choses interdites au langage innocent

Il voudrait bien renaître se laver de son corps faire rouler la pierre

Il voudrait bien lever le bras avant de disparaître

Tenir sa voix

Mais l'effort est trop grand et sa fatigue immense tournoie sur le ciel vide

 
Cette vie est la nôtre (extrait)

c’est toujours les enfants qui tombent dans les piscines

les rivières celui-là

tout habillé tout ligoté il est tombé bien sûr on a dû le

pousser

le diable pour savoir qui ça bataille ferme dans les media

tout le monde participe au match on ouvre les paris

depuis longtemps oublié

le petit corps ruisselant d’eau rigide quand on l’a sorti

de l’eau

on l’a oublié depuis longtemps oublié l’intéressant c’est

les vivants le papier qu’on peut gratter

les enfants c’est pas grave on peut en faire

à la douzaine il suffit d’arrêter la pilule où calcule spon-

­tanément

le moment le plus favorable ça vient tout seul l’amour

ça se débite naturellement c’est une denrée

avant on disait de la chair à canon mais de nos jours dans

nos contrées les canons c’est juste pour les défilés

dans nos contrées les canons on se juche dessus les soirs

de grande victoire dans les grands stades les canons ils

sont ailleurs

ils tirent ailleurs les canons dans des pays où de toute façon

les enfants s’ils meurent c’est d’autre chose c’était déjà avant

la guerre de faim de maladie

dans des pays où les enfants c’est pas grave ils en font

tant ils ne font que ça

les enfants à la pelle ils les font et c’est à la pelle qu’ils les

enterrent

plus tard c’est à la pelle qu’ils creusent

fosses communes en lieux communs si communs ils

tombent ensemble

de machettes en bombes ils tombent c’est beau un

enfant qui tombe

en tombeau commun on y pense puis on oublie

 
envoi

un peu de terre sur si petites chairs un peu de terre il

suffit de si peu pour recouvrir ces corps si peu pour

oublier

un jour une main

toute petite de la terre

a dépassé une main s’est tendue s’est repliée une main a

pleuré toutes les larmes de son corps une main a replié

ses doigts une main est devenue poing une main a

pleuré sans larme ni sang une main a gémi

frères humains qui après nous vivez le croirez-vous

tous ces mouvements de pelle ils ne résonnent pas sur les

chairs dévorées

frères humains ne nous pardonnez pas

nous n’avons nulle excuse qui après nous vivez

même si le remords c’est toujours la femme tondue et le

vain cœur et c’est l’enfant tombé

sur le chemin de jungle c’est l’enfant mutilé au creux

d’une vallée de mosquées en églises de temples en syna-

­gogues c’est l’enfance violée

dans les bras du vieil art on l’appelle la guerre

 
Benoit Conort
 
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Vendredi 15 juin 2007


De son vrai nom Ludwig Pfeuffer, il est né en 1924 à Würzburg en Allemagne, et émigre avec sa famille en Palestine en 1936. Après avoir complété ses études, notamment littéraires et religieuses, il s'engage dans la brigade juive de l'armée britannique pendant la Seconde Guerre mondiale puis dans le Palmach (le bras armé de la Haganah) durant la guerre d'indépendance de 1948. Il a longtemps enseigné. Celui qui se définit comme « un fanatique de la paix » et qui a travaillé avec des écrivains palestiniens est devenu un avocat du dialogue et de la réconciliation dans la région.

 
Poèmes, Actes Sud, 1992

Poèmes de Jérusalem, Éditions de l'Éclat, 1992

Anthologie personnelle, Actes Sud, 1992

Les morts de mon père et autres nouvelles, Éditions de l'Éclat, 2001

Début fin début (poésie), Éditions de l'Éclat, 2001

Perdu dans la grâce (poèmes choisis), Gallimard, 2006

 
Vers le soir m’éveillant du sommeil


« Tu ne désireras pas » pépie l’oiseau.
« Tu ne te feras pas d’idole » crie un autre oiseau.
Les cieux étaient rouges au-dessus de Petah Tikvah
comme l’intérieur du corps des hommes.
Et moi, qui vais certainement mourir dans une des années à venir,
je m’éveille d’une sieste d’après-midi pour la vie éternelle
jusqu’à la nuit tombée.
Le mélange de mon père et de ma mère
se brise en moi en parties séparées.
Je suis aussi heureux qu’une cage vide sans oiseau.
Je suis aussi mélancolique qu’une cage vide sans oiseau.


Mon seul drapeau ce sont mes habits
mon seul hymne est mon souffle,
et le premier et le dernier mot est :
« ICI. »

*

Le lieu où je n’ai pas été,

Jamais je n’y serai.

Le lieu où j’ai été, j’ai l’impression

De n’y avoir pas été.

Les hommes errent

Loin du lieu de leur naissance

Et loin des mots prononcés

Par leurs propres bouches,

À l’extérieur des promesses

Qu’on a faites.

*

Dieu a pitié des enfants de la maternelle

Et un peu moins de ceux de l’école.

Quand aux grands, il n’a plus pour eux nulle pitié,

Et les laisse seuls,

Il leur faudra parfois ramper

Dans le sable brûlant

Pour atteindre le point de ramassage

Tout ensanglantés.
 

Peut-être qu’à ceux qui s’aiment véritablement

Il accordera sa pitié, les épargnant et les ombrageant

Comme l’arbre le dormeur sur un des bancs

De l’avenue.

*

La solitude a des fenêtres et une porte,

Des tuyaux à l’intérieur et à l’extérieur,

Comme toutes les maisons.

 

Et ce qui s’étend devant moi est grand silencieux

Comme la partie encore vide d’un cimetière.

*

Mon sang a de nombreux parents.

Ils ne lui rendent jamais visite.

Mais quand ils meurent,

Mon sang hérite.

*
Quelle sorte de personne


« Quelle sorte de personne êtes-vous donc », je les entends me demander cela.
Je suis une personne avec une âme à la tuyauterie complexe,
des outils sophistiqués pour ressentir et un système
de mémoire contrôlée de la fin du vingtième siècle,
mais avec un vieux corps des temps anciens
et avec un Dieu encore plus vieux que mon corps.
Je suis une personne pour la surface de la terre.
Les lieux bas, les caves et les fossés
me font peur. Les pics des montagnes
et les grands buildings me terrifient.
Je ne suis pas comme une fourchette insérée,
non plus un couteau tranchant, non plus une cuillère figée.
Je ne suis pas plat et furtif
comme une spatule rampant de haut en bas,
tout au plus je suis un lourd et maladroit pilon
écrasant le bien et le mal ensemble
pour un peu de goût
et un peu de parfum.
Les flèches ne me dirigent pas. Je conduis
mon commerce prudemment et calmement
comme une grande volonté qui commence à être écrite
depuis l’instant où je suis né.

Maintenant je suis debout du côté de la rue
las, accoudé à un parcmètre.
Je peux rester là pour rien, libre.

Je ne suis pas une voiture, je suis une personne,
un homme-dieu, un dieu-homme
dont les jours sont comptés. Allélouilla

 
Yehuda Amichai

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autres publications:
Pour en finir avec la mort, Légitime démence, 1990

La nuit des gueux, collectif, La Plume libre, 2006

Photomaton, collectif, En Ligne Éditions, 2006

Scribulations 0-1, collectif, Éditions La Madolière, 2008





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